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Chronique d'un Petit Prince #1 : roulerait-il à 80km/h ?

Le 6 avril 1943, Saint Exupéry publiait ce qui allait devenir l’un des plus grand phénomène d’édition du monde. 75 ans après, le parlement débat sur une réduction de la vitesse sur les doubles voies de 90 à 80km/h. Ce qui laisse une question centrale, bien trop oubliée dans le débat public : s’il avait conduit, […]

Le 6 avril 1943, Saint Exupéry publiait ce qui allait devenir l’un des plus grand phénomène d’édition du monde. 75 ans après, le parlement débat sur une réduction de la vitesse sur les doubles voies de 90 à 80km/h. Ce qui laisse une question centrale, bien trop oubliée dans le débat public : s’il avait conduit, le petit prince aurait-il conduit moins vite ?

Pourquoi le petit prince est-il mort ? Il n’a pas roulé trop vite, aucun accident, rien. Non, c’est une mort choisie : l’euthanasie juvénile la plus célèbre de la littérature. C’était la seule idée qui continuait à me résister obstinément. Pourquoi meurt-il ? Est-ce une forme de réalisme cynique de Saint Exupéry ? Pense-t-il que son message passera, comme les autres, et ne changera rien ? Peut-être.

Rouler moins vite : mourir moins et après ?

Je n’arrivais pas à m’en convaincre. Bon sang ! Il devait y avoir autre chose ! Pourquoi le Petit Prince décide-t-il de mourir ?!

Je crois que j’ai compris, le jour où un ami gaucho-révolutionnaire a essayé de m’expliquer le bienfait de réduire la limitation de vitesse de 90 à 80km/h. Pour être honnête, je n’avais pas vraiment d’idée sur la question. Rouler un peu moins vite ne changera pas grand-chose pour moi, je n’ai jamais été un grand adepte de la vitesse. Et puis, statistiquement parlant, ça allait sauver des vies. Tant mieux alors ! Rouler moins vite conduit logiquement à une réduction des morts sur la route, parce que moins vite, moins mal. Et c’est là que je me suis dit, tiens-tiens ! Il y a là des mots qui ressemblent au comptable du Petit Prince.

Par cette mesure, le gouvernement veut donc réduire le nombre de mort sur les routes. Eviter que la vie ne soit brutalement interrompue. Qui pourrait être contre cette idée dans le fond ? Mais cela relève d’une méthode de penser singulière. En effet, le gouvernement, par cette mesure, souhaite prolonger la vie. Empêcher qu’elle ne s’arrête. Logique qui, poussée à l’extrême, n’est rien d’autre que ce rêve d’immortalité. L’homme ne devrait plus mourir. Eh bien si. C’est pour cela que le petit prince est mort : il a trouvé un sens à sa vie. L’homme n’est pas né immortel, et essayer de pousser la vie toujours un peu plus loin n’a pas de sens. Vivre plus longtemps ? Pour quoi faire ?

Penser ainsi c’est se tromper de cible. C’est vivre mieux qu’il faut. On peut vivre des milliers d’années, sans jamais le moindre sens à son existence. L’Etat est le système qui permet le vivre ensemble et il doit, même si les deux bouts peuvent être contradictoires, prolonger les intérêts des individus pour qu’ils s’épanouissent au sein du groupe. Rouler moins vite, ce qui reste bien sûr anecdotique, montre finalement l’échec d’un Etat qui ne cherche plus à développer le sens de la vie des hommes, mais à pousser la vie toujours un peu plus loin. Ce n’est pas tant rouler à 80km/h plutôt qu’à 90 qui pose problème, c’est pourquoi réduire ? Qu’est-ce que cela révèle comme méthode de penser.

Vivre, c’est apprendre à mourir

Il faut savoir mourir, c’est ce vers quoi toute l’existence est tournée : terminer en se disant que ce qu’il me reste à la fin c’est « mon panache ». Parce que l’homme a réussi à s’accomplir.

Alors pourquoi pas ces mesurettes qui ne changeront pas grand-chose, sauf des chiffres en baisse par rapport aux autres années. Mais réduire des statistiques ne redonnera jamais le sens de l’existence aux hommes, et c’est ce qu’il manque. Parce que notre crise n’est certainement pas économique, ou si, dans le sens où l’économique a pris le pas sur la vie. Notre crise est plutôt d’ordre « spirituel » : c’est un sens à la vie qu’il manque. Le petit prince, ce visage sans âge, est mort parce qu’il a terminé sa quête de sens. Pourquoi s’obstiner à prolonger une existence si elle n’a pas trouvé de sens ?

L’Etat doit se repenser profondément et donc changer complètement de paradigme. Combler des besoins matériaux, c’est répondre à des consommateurs. S’obstiner à la vie, c’est prolonger alors une existence vide. L’Etat doit repenser à donner un sens à la vie des gens, qu’on roule, ou non, à 90km/h.

crédit photo : Monnaie de Paris

Lilian Vimal de Murs

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