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Printemps de l’économie 2018

L’édition 2018 du Printemps de l’économie est arrivée à son terme. L’occasion de dresser le bilan d’un rendez-vous ayant réuni un public plus varié et nombreux que jamais. Sorb’on a interviewé son vice-président, Rémi Jeannin.

Le Printemps de l’économie a été créé en 2013 suite à une idée de son fondateur Pierre-Pascal Boulanger et de l’ancien Premier ministre Michel Rocard. L’événement devient chaque année un peu plus incontournable pour tout amateur d’économie. Cette année, à travers une trentaine de conférences réunissant de nombreux économistes, chercheurs et experts, la question des désillusions de la mondialisation est venue côtoyer celle des illusions de la démondialisation… Un thème d’actualité qui suscite un grand scepticisme de la part des Français [1]. Vice-président du Printemps de l’économie, Rémi Jeannin revient sur cette semaine de débats et de rencontres économiques.

  • Quel bilan tirez-vous de cette 6ème édition du Printemps de l’économie ?

Le bilan est positif. Nous avons globalement réussi à remplir les différentes conférences : 6300 participants selon un premier comptage. Seule la journée de jeudi, marquée par d’importantes grèves, a connu une baisse d’affluence le soir, car beaucoup de gens ont dû partir tôt… Mais le reste de cette journée, nous avons rempli un amphithéâtre de 500 places. Cela prouve que des personnes de tous horizons étaient assez intéressées pour assister aux différents évènements proposés, malgré les difficultés d’accès.

Par ailleurs, nous avons réussi à mobiliser des acteurs différents, en premier lieu nos partenaires, mais également les étudiants. Ces derniers se sont beaucoup mobilisés au sein du Conseil Étudiant cette année. Ils ont produit de nombreuses ressources, notamment en alimentant la chaîne YouTube [2] du Printemps de l’économie avec des vidéos différentes (des Fast & Curious, battles…) de ce que l’on peut voir ailleurs sur l’économie.

  • Pourquoi avoir choisi le thème de « Démondialisation ? Des mondialisations ! »

C’est un choix qui s’est vite imposé au sein de notre conseil scientifique. Nous avons mis en ligne une vidéo [3] de Jézabel Couppey-Soubeyran (maître de conférences à Paris 1) qui explique ce choix.

La mondialisation est un thème si vaste que nous pourrions faire chaque année un Printemps sur ce sujet. Mais, plus que jamais, la démondialisation est dans l’ère du temps, avec à la fois le vote pour le Brexit en Grande-Bretagne ou le vote en faveur de Donald Trump aux États-Unis. Cela reflète une défiance vis-à-vis de la mondialisation et une tentation protectionniste.

Dans le même temps, il y a la publication d’indicateurs qui montrent non pas une démondialisation, mais un ralentissement de la mondialisation. Ce phénomène interroge : nous sommes clairement sortis de la phase d’accélération de la mondialisation. C’est suffisamment intéressant pour qu’il y ait de quoi nourrir un grand événement avec une trentaine de conférences et de débats qui couvrent ce thème.

  • Selon vous, comment peut-on développer la culture économique en France ?

Tout d’abord, cela commence par l’école : il faut bien sûr que l’enseignement des Sciences Économiques et Sociales continue à jouer un rôle important au lycée.  Par exemple qu’en seconde il touche tous les élèves, avec des horaires conséquents. Cette matière joue en effet un rôle essentiel : non pas parce que les élèves voudraient forcément tous faire de l’économie par la suite, mais parce qu’elle représente une dimension essentielle de la formation citoyenne. Cette matière offre une éducation à l’économie, mais aussi globalement aux sciences sociales.  L’économie doit s’appréhender en croisant des regards. On est, par exemple, mieux disposé à comprendre l’entreprise si on a fait aussi un peu de sociologie…

Le Printemps de l’économie est aussi une réponse. Beaucoup de citoyens sont sortis du système scolaire depuis plusieurs années, quand d’autres n’ont pas ou très peu eu accès à cet enseignement. Plus globalement, il y a un intérêt croissant pour les enjeux économiques, mais aussi une très grande incompréhension. Il y a donc une nécessité d’évènements où des économistes, sociologues, journalistes, politiques, chefs d’entreprise, syndicalistes, rencontrent le public, afin de mieux faire comprendre l’économie et ses enjeux actuels au plus grand nombre.

  • Justement, en tant que professeur de SES, pensez-vous que les réformes au lycée envisagées (réforme du baccalauréat, suppression des filières…) vont dans le bon sens ?

Il est difficile de se prononcer à ce stade. Pour l’instant, nous connaissons seulement les modifications envisagées pour le cycle de la première et de la terminale, où davantage de liberté semble vouloir être donnée dans les choix de spécialités, par rapport aux séries actuelles.

Mais ce qu’on ne sait pas encore au moment où je vous parle, c’est quel sera le statut de l’enseignement des SES en classe de seconde. Or, c’est un enjeu essentiel.  À la fois, bien sûr, pour donner envie de poursuivre l’enseignement de SES en première et en terminale. Mais surtout pour compléter la formation citoyenne qui ne peut plus faire l’impasse sur ces sujets.

  • Pour conclure, il y a-t-il une image ou un moment fort que vous retiendrez de cette édition 2018 du Printemps de l’économie ?

Je retiendrai particulièrement une des sessions où il y a eu le moins de monde, en raison de la grève. Le jeudi 22 en fin de journée, nous avons fait venir trois personnalités de l’économie du numérique pour une conférence sur le thème de la gouvernance du numérique. Nous avons eu une séance exceptionnelle. Elle a réuni Alexis Collomb -titulaire de la Chaire finance au CNAM-, Primavera de Filippi, une des grandes spécialistes de la Blockchain (la technologie révolutionnaire qui entoure le Bitcoin), ainsi que Gilles Babinet, « digital champion » de la France. Il la représente en effet auprès de la Commission Européenne sur toutes les questions du numérique.

Durant cette conférence, une grande partie des questions ont été tournées autour de la régulation et de la protection des données, de la place de ce qu’on appelle les GAFAM et leur position dominante dans l’économie mondiale. Mais aussi du rôle du numérique dans l’éducation. En plus d’être passionnante, cette session a mis en lumière des perspectives pour demain. J’ai l’impression qu’elle a fait ouvrir les yeux de ceux qui y ont eu la chance d’y assister, sur des enjeux dont beaucoup n’avaient pas conscience.

Images du Printemps de l’économie 2018

Le Printemps de l’économie 2018 a démarré au Conservatoire national des Arts et Métiers le 15 mars. Il s’est ensuite poursuivi au Ministère de l’économie et des finances les deux journées suivantes.
Xavier Timbaud, directeur de l’OFCE a ouvert le bal du Printemps de l’économie. Il était entre autre  entouré entre autres d’Agnès Benassy-Quéré et Jézabel Couppey-Soubeyran (économistes et professeurs à la Sorbonne). Au programme, la conférence « Peut-on faire le bilan de la mondialisation ? ».
Le 22 mars a marqué un retour au Conservatoire national des Arts et Métiers. Ce lieu a entre autre été le  théâtre de débats sur la mondialisation Chinoise. Malgré d’importantes grèves, la journée a fait salle comble.
Les dernières conférences se sont déroulées dans la Mairie du 3ème arrondissement de Paris. Il y a  eu un débat sur l’enseignement des sciences sociales au lycée. Avant cela, les thèmes du climat et de l’énergie ont notamment été traités. L’occasion de remettre les prix du concours lycéen de vidéo « 3 minutes pour comprendre », qui a clôturé cette sixième édition.

Le site internet officiel du Printemps de l’économie  

[1] : https://www.boursier.com/actualites/economie/les-francais-jugent-severement-la-mondialisation-38377.html

[2] https://goo.gl/h2NQP7)

[3] https://www.youtube.com/watch?v=cZmGoMDrluw

Vincent Leday

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