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Le dernier Steven Spielberg : quand le virtuel prend le pas sur le réel !

Il y a beaucoup à dire sur ce nouveau film du cinéaste américain Steven Spielberg, Ready Player One. Ainsi, nous vous proposons deux avis divergents de nos spécialistes de la critique cinématographique. La question soulevée par le film est la suivante : au jour où le virtuel et Internet prennent de plus en plus d’importance dans notre […]

Il y a beaucoup à dire sur ce nouveau film du cinéaste américain Steven Spielberg, Ready Player One. Ainsi, nous vous proposons deux avis divergents de nos spécialistes de la critique cinématographique. La question soulevée par le film est la suivante : au jour où le virtuel et Internet prennent de plus en plus d’importance dans notre société, est-ce qu’un monde où la réalité serait mise en arrière-plan peut être désirable ?

Ready Player One est une adaptation du roman de science-fiction écrit par Ernest Cline paru en 2011. L’histoire se déroule en 2045, dans un monde dystopique en proie au dérèglement climatique, la famine, la pauvreté et les conflits armés. Le seul moyen de s’échapper de ce monde chaotique réside dans l’OASIS qui est un système mondial de réalité virtuelle où est caché l’« Easter Egg » (œuf de Pâques ; il s’agit soit d’une fonction cachée en informatique ou dans un jeu vidéo, soit de références à la pop culture). Ce MMORPG est devenu au fil du temps une véritable société virtuelle dont toute l’humanité se sert comme échappatoire. C’est donc dans cette immense chasse au trésor que le jeune orphelin Wade Watts vivra l’aventure. À travers son avatar Parzival, alias « Z », il tentera de trouver l’œuf en faisant face avec l’aide de plusieurs alliés à de nombreux obstacles.

Critique du film Ready Player One — Par Cynthia Zantout

Un film qui pousse les portes d’une nouvelle ère technologique

De nombreux films ont déjà tenté d’imaginer un futur lointain. Celui-ci explore un futur beaucoup plus proche, dans seulement 30 ans, aux traits exacerbés mais indéniablement réalistes. Une multitude de clins d’œil en guise d’« easter eggs » scénaristiques se sont également immiscés dans le film. Nous n’allons pas en faire une liste exhaustive mais parmi eux, on retrouve notamment de nombreuses références musicales des années 1970 ainsi que des références pensées par Spielberg tels que la fameuse DeLorean de Retour vers le futur, les jeux vidéo comme Overwatch, Halo ou des films comme Star Trek, Le Seigneur des anneaux, King Kong ou Shining de Stanley Kubrick qui s’y sont glissés. Cela pourrait bien exprimer une forme de nostalgie et de regrets de l’ancien temps. Les humains seraient-ils allés trop loin ? Et surtout, sommes-nous en train de basculer vers ce monde ou est-il déjà trop tard ?

D’une part, le scénario marque une nouvelle ère mais la réalisation aussi joue ce rôle. Nous ne pouvons pas parler du film sans évoquer ses effets spéciaux. La réalisation digne de ce qu’on connait des travaux de Spielberg est à couper le souffle. Spectaculaires, les effets spéciaux offrent une immersion très impressionnante. Le virtuel paraît si réel de par le réalisme de l’image mais aussi par des détails contemporains. C’est précisément ce qui nous laisse penser que nous avons déjà mis un pied dans ce futur qui peut sembler si lointain aux premiers abords…

Quand le virtuel oppresse le réel…

L’OASIS est une forme de matrice où la réalité s’est fait dépasser par un monde où tout est possible. On nous présente un futur qui n’est pas souhaitable, voire effrayant, où notre vie est remplacée par la technologie. Elle ne joue plus un rôle secondaire d’assistance mais est bien un élément inhérent de notre existence. Ce monde post-apocalyptique inhospitalier ne présage rien de bon pour les prochaines générations, tandis que l’homme ne fait plus qu’un avec le virtuel.

Le monde de la réalité augmentée devient plus qu’un outil pour s’échapper du monde réel, une véritable vie alternative dans laquelle les personnes réelles jouent un personnage fictif. Le futur représenté se déroule dans un climat d’hostilité. Le jeu vidéo est bel et bien devenu la société et cela entraîne des enjeux, notamment économiques.

Une réflexion sur l’avenir et la technologie

Le film soulève quelques autres réflexions. Tout d’abord, quel est l’avenir du virtuel ? On retrouve une forme de déshumanisation. Vivre à travers un avatar ne laisse plus de place à sa propre individualité et tous les traits qui font de nous ce qu’on est sont effacés. Deuxièmement, jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Quelles sont les limites éthiques et quelle place prendra la technologie dans notre vie ?

De plus, le film soulève le monopole et l’emprise grandissante des entreprises sur nos vies, ce qui peut se traduire par le lobbying. L’entreprise intervient alors sur le plan virtuel comme réel. Dénaturer l’OASIS, dénigrer la pop culture et tricher dans le jeu n’est simplement qu’une caricature ou un pied de nez aux entreprises qui prennent de plus en plus de place dans notre société, à tout prix. Ainsi, l’innocence qu’on trouvait au lancement du jeu bascule pour que les enjeux sociétaux grandissants prennent le dessus. Mais finalement ces questions ne sont qu’une extension du film pour aller plus loin car on se laisse très facilement porter par les effets spéciaux et l’histoire.

Critique de Ready Player One — Par Pierre de La Forest

Sorti fin mars, le nouveau film de Steven Spielberg était l’un des plus attendus de l’année. Pour cette raison, nous n’avons pas attendu sa sortie officielle pour nous rendre dans les salles obscures et découvrir ce qui pourrait bien être le chef-d’œuvre du cinéaste.

Chef-d’œuvre, non pas parce que les autres films seraient moins bien — chacun a ses préférences et heureusement ! —, mais parce qu’il semble être l’aboutissement qui donne sa cohérence à l’ensemble de l’œuvre spielbergienne. On nous l’a déjà bien expliqué, S. Spielberg adore la Science-Fiction (Artificial Intelligence, E.T, Rencontre du troisième type), et c’est pour moi son domaine d’excellence. De ce point de vue, Ready Player One est bien la claque annoncée qui, en explicitant le lien entre la S-F et le jeu vidéo, nous propulse au cœur d’un monde merveilleux sublimé par une mise en scène maîtrisée.

Personnage immergé, spectateur intégré

En 2040, suite à l’épuisement des ressources terrestres, l’humanité se réfugie dans l’OASIS. Il s’agit d’un monde de réalité virtuelle où tout est possible. On comprend rapidement pourquoi avec le plan séquence en ouverture du film. Wade Watts, notre jeune héros, habite un bidonville aérien. Alors qu’il semble prendre le chemin de l’école, on peut voir tous les autres habitants coiffés d’un casque VR (Virutal Reality). Bientôt, Wade enfile lui aussi son casque pour plonger dans l’OASIS. Là où chacun peut être qui il veut, dans ce qui est littéralement un gigantesque jeu vidéo avec ses quêtes, ses mondes et ses PNJ (personnage non-joueur). Bref, un univers parallèle qui permet à une humanité désillusionnée de croire en de nouveaux rêves.

Si Wade a son casque VR, nous avons nos lunettes 3D. Ainsi, au même titre que n’importe quel personnage du film, nous sommes complètement immergés dans l’OASIS. Bien sûr, nous sommes immobiles dans notre siège alors que Wade bouge tout son corps pour faire avancer son avatar à l’intérieur du jeu. Néanmoins, l’expérience visuelle que nous a concoctée S. Spielberg nous déconnecte complètement de la réalité. Première claque : une course automobile effrénée à travers une ville semée d’embûches et défendue par non moins qu’un T-Rex et King Kong — « Kong » pour les intimes. À partir de là, si vous pensez encore à ce que vous allez manger ce soir, quittez la salle, ce film n’est pas fait pour vous.

Mais ce serait étonnant, tant S. Spielberg a su communiquer son plaisir de joueur. Ces scènes d’actions jouissives dans des décors d’une richesse exceptionnelle, chacun devrait y trouver son compte. Notamment en raison du nombre incalculable de références à la pop culture du jeu vidéo ou du cinéma. Quelques exemples parmi tant (genre vraiment beaucoup) d’autres : le Géant de Fer se la jouant Terminator, une bataille épique calquée sur Star Wars II ou bien une cascade style Trinity.

De l’importance du jeu vidéo

L’immersion est au service du divertissement, et Ready Player One est bien un film entertainment. Pour autant, il serait naïf de n’y voir qu’un « film de geek ». Ou plutôt, de laisser cette notion de « geek » du côté du divertissement stérile et sans profondeur. Car aujourd’hui, la technologie et le monde virtuel ont une place grandissante au sein de notre société. Sur les grandes chaînes de télé sportives, on peut voir désormais des émissions dédiées à l’e-sport (compétition de jeux vidéo). Prenant acte du phénomène, S. Spielberg devient une sorte de prophète en annonçant ce futur pas si lointain où le virtuel saura remplacer la réalité.

Ce lien entre virtuel et réel n’est pas traité de manière grossière. À l’image d’une séquence où l’avatar de Wade est projeté IRL (In Real Life) sous forme d’hologramme afin de s’entretenir avec le grand méchant Nolan Sorrento, patron d’une grande entreprise qui en cherchant à faire main basse sur l’OASIS projette de contrôler le monde. Au lieu de faire un classique champ/contre-champ entre les deux protagonistes dans la même pièce (l’avatar et le boss), la mise en scène relie directement Wade à Nolan Sorrento alors même qu’ils ne se voient qu’à travers un avatar. Ainsi, on voit à l’œuvre la capacité de la technologie à abolir les distances entre les hommes, et à démultiplier notre présence dans l’espace.

Espace réel ou virtuel ? Bien que la majorité du film se déroule dans l’OASIS, S. Spielberg rappelle la loi du « gamer » : « La réalité c’est la seule chose qui est réelle ». Faire l’apologie, tant d’un point de vue esthétique que d’un point de vue humaniste, du jeu vidéo, ne revient pas à reléguer la réalité au second rang. Mais le jeu vidéo reste sous l’égide du réel. Néanmoins, ce lien fort permet de mettre en lumière plusieurs choses invisibles seulement avec la réalité. Par exemple si on s’intéresse à la façon dont S. Spielberg a représenté ses personnages IRL par rapport à leurs avatars. En ce sens, le jeu vidéo agit comme une loupe sur le caractère des individus dans la réalité.

Sans aller creuser aussi loin, Ready Player One est avant tout un spectacle visuel unique. Mis en scène par un vrai fan du genre, qui sait ce qu’il fait, mais surtout qui sait se faire plaisir ! Allez-y en 3D et vous entrerez dans une nouvelle dimension…

Crédit Photo : Warner Bros.

La rédaction

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