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Forbidden Stories : l'union sacrée des journalistes contre la censure

Lancée le 31 novembre 2017, Forbidden Stories est une plateforme qui a pour vocation de poursuivre et publier les enquêtes de journalistes menacés, assassinés ou emprisonnés dans le monde. Le but : s’assurer que les informations ne meurent pas avec les journalistes.

Lancée le 31 novembre 2017, Forbidden Stories est une plateforme qui a pour vocation de poursuivre et publier les enquêtes de journalistes menacés, assassinés ou emprisonnés dans le monde. Le but : s’assurer que les informations ne meurent pas avec les journalistes.

En 2017, selon le baromètre des violations de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), 54 journalistes, 7 journalistes citoyens et 8 collaborateurs ont été tués dans le monde et plus de 300 sont à ce jour détenus dans les prisons du monde entier. Face à ces chiffres affligeants, plusieurs organisations ont décidé de fonder Forbidden Stories. L’objectif : protéger les enquêtes des journalistes en danger.

Continuer le travail de ceux qui ne peuvent plus le faire

Créé par Laurent Richard, cofondateur de Cash Investigation, avec Freedom Voices Network et RSF, Forbidden Stories a un message clair. « Même si vous parvenez à arrêter un messager, vous n’arriverez pas à arrêter le message ».

La plateforme permet en effet de mettre directement en contact les membres de l’organisation et les journalistes menacés. Tous travaillent sur des histoires d’intérêt général (corruption, environnement, droits de l’homme…). Ils peuvent leur transmettre les éléments de leur enquête ainsi que des instructions s’ils sont tués, emprisonnés ou portés disparus. Les journalistes de Forbidden Stories ne se contentent pas de diffuser les informations reçues, ils les vérifient et les approfondissent. Ils travaillent également sur les enquêtes de journalistes déjà disparus.

Le journalisme collaboratif au service de la liberté de la presse

Dans une interview sur France Inter, Laurent Richard a souligné l’importance de Forbidden Stories et de sa dimension collaborative.

« Je crois que quand un journaliste est prêt à risquer sa vie pour une histoire et la défense de la liberté de l’information, d’autres journalistes qui partagent les mêmes idéaux doivent collaborer pour faire en sorte que son travail soit publié ».

Le collectif poursuit en effet des objectifs plus globaux. Le principal consiste à combattre la censure et les répressions envers les journalistes d’investigation à travers le monde. Pour Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, Forbidden Stories « est un signal fort que nous adressons aux prédateurs de la liberté de l’information du monde entier ». Il s’agit aussi de rappeler la fragilité de la liberté de la presse, même dans les pays développés, où des journalistes sont régulièrement menacés ou tués. Fin février, Jan Kuciak, un journaliste d’investigation slovaque, a été retrouvé mort à son domicile et la police a établi que son meurtre est « très probablement lié » à son travail. Il avait en effet publié des enquêtes révélant des soupçons de liens entre des personnalités politiques slovaques et une branche de la mafia italienne.

Des vidéos pour immortaliser les journalistes et leur travail

Traduites en 9 langues, les histoires de ces journalistes sont diffusées sur les réseaux sociaux. Ainsi, de courtes vidéos mettent en lumière le travail des journalistes et leur sort. Ces vidéos sont accompagnées d’une phrase choc : « Ce journaliste est mort pour son travail. Partagez-le ».

Parmi les histoires figure celle de Miroslava Breach, journaliste mexicaine de 54 ans tuée par balles dans sa voiture. Elle venait de publier un article révélant les liens entre des dirigeants politiques locaux et « Los Salazares », une faction du cartel le plus puissant du Mexique, le cartel de Sinaloa.

Les trois histoires publiées par Forbidden Stories concernent des journalistes mexicains. Ce sont eux qui figurent parmi les plus menacés dans le monde. Le Mexique est le pays le plus meurtrier pour les journalistes : on compte 11 tués en 2017. C’est plus qu’en Syrie ou en Afghanistan, où 8 journalistes sont morts dans chacun des deux pays cette même année.

Forbidden Stories est donc un grand défi et son ambition a notamment été saluée par les Assises internationales du journalisme de Tours. La plateforme et son créateur Laurent Richard ont en effet remporté le Grand Prix du journalisme de l’année, qui distingue chaque année le journaliste et/ou la rédaction qui a le mieux incarné la pratique du journalisme et ses valeurs lors de l’année écoulée.

Manon Minaca

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