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Black History Month: la face cachée de l’Histoire américaine

Le Black History Month est l’occasion pour les Américains et pour les Anglo-saxons de commémorer les illustres femmes et hommes noirs qui ont marqué l’Histoire. Cet événement annuel reste la cible de nombreuses critiques, et ce malgré son institutionnalisation depuis 1976. Aux États-Unis, chaque mois de février depuis 1976 se tient le Black History Month […]

Le Black History Month est l’occasion pour les Américains et pour les Anglo-saxons de commémorer les illustres femmes et hommes noirs qui ont marqué l’Histoire. Cet événement annuel reste la cible de nombreuses critiques, et ce malgré son institutionnalisation depuis 1976.

Aux États-Unis, chaque mois de février depuis 1976 se tient le Black History Month (Mois de l’histoire des Noirs) célébrant les contributions des Afro-Américains à l’Histoire du pays. L’événement avait pour dessein de faire connaître et surtout reconnaître l’histoire afro-américaine, alors exclue du récit national.

La Black Pride ou la reconnaissance de l’histoire noire

En février 1926, l’historien Carter G. Woodson et son Association for the Study of Negro Life and History (ASNLH) inaugure aux États-Unis la première Negro History Week.

Woodson choisit la deuxième semaine de février afin qu’elle coïncide avec les dates anniversaires de plusieurs grandes figures de l’histoire noire qui «furent des soldats de la liberté et pensaient que les Noirs devaient être libre» : George Washington, le défenseur de la liberté de la nouvelle nation américaine (né le 22 février 1732), Abraham Lincoln, le président responsable de l’abolition de l’esclavage en 1865 (né 12 février 1809) et Frederick Douglass, l’ancien esclave devenu brillant abolitionniste qui, ne connaissant pas sa date de naissance, choisie le 14 février.

Ce  mouvement ne s’est institutionnalisé qu’en 1976, sous l’égide du président Gerald Ford, pour le bicentenaire de l’indépendance du pays et les cinquante ans de la Negro History Week. Ce dernier publia le 3 février de cette année le premier «Message on the Observance of Black History Month», une tradition reprise depuis lors par tous les présidents du pays.

Le Black History Month a permis une réécriture de l’histoire américaine en incluant les contributions des grandes figures afro-américaines. Son institutionnalisation emphatique a un temps entraîné un apaisement d’une partie des revendications politiques de la communauté noire américaine, avec un espoir d’une réelle reconnaissance nationale.

Néanmoins, mettre en valeur l’histoire noire pendant un mois seulement et une fois par an ne renforcerait-il pas les préjugés des détracteurs sur son caractère anecdotique? En 2005, l’acteur afro-américain Morgan Freeman avait ainsi qualifié de «ridicule» le Mois de l’histoire noire, considérant que son histoire n’avait pas à être «reléguée» à un seul mois dans la mesure où «l’histoire noire est l’histoire américaine».

Le nécessaire pluralisme démocratique

En lançant la Negro History Week, Carter G. Woodson avait des objectifs politiques. Il s’agissait d’abord pour lui de faire connaître l’histoire noire aux noirs eux-mêmes, puisqu’elle n’était quasiment jamais enseignée à l’école ni évoquée dans les médias. C’est dans son ouvrage The Mis-Education of the Negro, publié en 1933, qu’il écrit «Lorsque l’on contrôle l’esprit d’un homme, on n’a pas à s’inquiéter de ses actions».

C’est en réponse à cet enseignement ne mettant en lumière principalement que les grandes figures blanches que l’historien avait montré la nécessaire diversité du récit national dans les démocraties. Encore aujourd’hui, Woodson nous aide à comprendre que la pluralité des voix dans le récit national est essentielle à la démocratie. En ce sens, sa Negro History Week en fait une entreprise universaliste : atteindre l’universel par le particulier afin de construire une société plus juste.

Faudrait-il instituer, à l’image de ce qui s’est fait pour les Noirs aux États-Unis, une période annuelle de commémoration de l’histoire des groupes minoritaires? Cela ne reviendrait-il pas à considérer que la réhabilitation d’une histoire négligée est la condition de la fierté du groupe et de sa reconnaissance politique?

Le Black History Month a été la matrice de nombreuses autres commémorations aux États-Unis. Parmi les mois consacrés à l’histoire ou à l’héritage d’un groupe ethnique ou sexuel aux États-Unis se trouve le Women’s History Month qui a lieu en mars.

Crédit photo: brooklynbridgereality.com

Maëlys Kapita

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