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« Socialismo o muerte » : la mort semble l'emporter

Un symbole. Voilà ce qu’incarne ce jeune violoniste de 23 ans, dénommé Wuilly Arteaga, violenté puis arrêté en juillet dernier pour s’être opposé aux militaires mobilisés pour réprimer les manifestations de Caracas au Venezuela. Aujourd’hui libéré, l’opposition n’en demeure pas moins dénuée de moyens de se faire entendre. En effet, que ce soit en musique […]

Un symbole. Voilà ce qu’incarne ce jeune violoniste de 23 ans, dénommé Wuilly Arteaga, violenté puis arrêté en juillet dernier pour s’être opposé aux militaires mobilisés pour réprimer les manifestations de Caracas au Venezuela. Aujourd’hui libéré, l’opposition n’en demeure pas moins dénuée de moyens de se faire entendre. En effet, que ce soit en musique ou en politique, impossible de contester le projet d’Assemblée constituante pour réécrire la Constitution du président vénézuélien Nicolas Maduro .

©AFP/Archives

Hold-up démocratique en vue de l’élection présidentielle

L’élection présidentielle devait normalement avoir lieu à la fin de l’année 2018. De son côté, le mandat du président vénézuélien Nicolas Maduro prendra fin en janvier 2019. Finalement, l’élection se tiendra le 22 avril prochain, a annoncé la semaine dernière le Conseil Nation Electoral. Nicolas Maduro s’est au préalable assuré que les principaux partis d’opposition ne pourraient y participer, du fait de leur appel au boycott des élections municipales en décembre dernier. Le candidat de la révolution vénézuélienne acte ainsi le refus définitif d’alternance politique. Le délai accordé à l’opposition pour organiser des primaires est en effet volontairement très court. Pourtant, ceux-ci réclament depuis des semaines que les élections soient organisées en juin.

Réunis à Lima, quatorze pays des Amériques et des Caraïbes ont par conséquent exigé que « les élections soient convoquées avec le délai nécessaire, avec la participation de tous les acteurs politiques vénézuéliens et avec les garanties correspondantes ». Des garanties, telles que celles de la présence d’observateurs internationaux et la tenue d’une élection sans fraude. Mais aussi par l’absence d’interdiction de candidatures, contrairement aux derniers scrutins organisés en octobre et décembre.

Une opposition muselée

Les opposants sont actuellement emprisonnés, accusés de conspiration contre le gouvernement de l’homme à moustache. Ils ont été forcés de s’exiler ou sont aujourd’hui décédés. Tous ont tenté de s’opposer à la « dérive autoritaire » engrangée par Nicolas Maduro mais aucun n’y est aujourd’hui véritablement parvenu. Alors, c’est à eux que le Parlement européen a décidé, le 26 octobre dernier, de décerner son prix Sakharov 2017. Cela s’est accompagné de 50 000 euros versés en faveur de la « liberté d’esprit ». Le nombre de prisonniers politiques s’élèverait en effet aujourd’hui à plus de 600 selon le dernier rapport du Foro Penal Venezolano (forum pénal vénézuélien). Des chiffres qui s’ajoutent aux 130 personnes décédées lors des manifestations de rue du printemps 2017 et des milliers de blessés.

©AFP/Archives

Nicolas Maduro, ancien chauffeur de bus de 55 ans, refuse cependant d’entendre les bruits parasites au niveau du moteur institutionnel. En août 2017, il avait déjà décidé d’imposer une Assemblée constituante supra-institutionnelle uniquement composée de partisans de l’ancien président Hugo Chavez (1999-2013). Il se dit désormais prêt à une « guerre » avec les Etats-Unis. Pour mémoire, cela fait déjà plus de six mois que le président américain Donald Trump lui impose de lourdes sanctions financières. L’achat de nouvelles obligations émises par le gouvernement vénézuélien et la compagnie pétrolière nationale PDVSA lui sont proscrits. Suivi par le Canada et l’Union européenne, il est désormais interdit aux entreprises européennes de livrer tant du matériel de surveillance électronique que des armes au gouvernement.

Une économie moribonde

Le dirigeant avait promis en novembre dernier que son pays ne serait « jamais » en défaut de paiement. Pourtant, il l’est aujourd’hui et ne survit que grâce à l’aide financière de Moscou et de Pékin. Ceux-ci sont en effet prêts à lui accorder des rallonges contre la concession des ressources pétrolières et minières du pays. Il survit, à grand peine, surtout quand on sait qu’il dispose d’à peine huit milliards de dollars de réserve, et qu’il doit précisément rembourser cette somme en 2018.

Mais comment la Terre de Grâce s’est-elle retrouvée dans une situation aussi critique que celle-ci, alors qu’elle est la plus grande détentrice de réserves pétrolières au monde ? La réponse est simple. Elle est le résultat d’une lamentable administration économique et ce, depuis l’arrivée au pouvoir des chavistes en 1999. Les différents gouvernements se sont ainsi attachés à minutieusement démanteler le secteur privé. Ils ont fait le choix en conscience de ne pas diversifier l’économie et en même temps de ne plus investir dans la compagnie pétrolière publique qu’est la PDVSA. Alors que le pétrole représente la quasi-totalité de ses exportations et demeure sa première source de recettes en dollars, le Vénézuela s’est de facto lui-même tiré une balle dans le pied. La situation a d’ailleurs empiré à partir de l’effondrement des prix du baril en 2014. Son produit intérieur brut (PIB) a subi une baisse de 36% tandis que l’inflation a pris son envol pour dépasser les 700 %.

Des difficultés quotidiennes

Chaque semaine, l’électricité leur est coupée. Chaque semaine, plus de 80% des médicaments de base font défaut. Chaque semaine, l’eau est toujours plus rationnée et la monnaie nationale – le bolivar – vient à manquer. Faute de liquidités, le gouvernement a décidé de drastiquement limiter les importations afin de relancer la production domestique nationale. Mais le constat est sans appel. Les pénuries tant de produits alimentaires que de papier toilette ou de couches pour bébés sont régulières. Beaucoup se tournent alors vers la loterie en espérant gagner tout juste de quoi se nourrir. Le 31 décembre, la Colombie a été obligée d’envoyer cinquante tonnes de jambon au Venezuela pour calmer la colère des manifestants, qui auraient perdu en moyenne 8,6 kilos l’an dernier à cause de pénuries alimentaires… Il est en effet désormais nécessaire de disposer d’un « carnet de la patrie » pour recevoir l’aide alimentaire étatique. Il s’agit d’une carte en général réservée aux personnes favorables au régime. Quant aux touristes enfin, ils se sont très largement détournés de ce pays rongé tant par l’insécurité que par la crise politique ou économique.

Louise Douillet

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