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Vague de déprime sur la chanson

Jusqu’à la veille de sa mort, Lil Peep affichait sur son compte Instagram sa prise d’antidépresseurs. N’est-il pas dès lors essentiel de prévenir des dangers de la dépression ? Retour sur une scène musicale aux idées souvent noires. 

La mort de Lil Peep, rappeur de 21 ans, survenue le 15 novembre suite à une overdose avait profondément choqué. Jusqu’à la veille de sa mort, il affichait sur son compte Instagram sa prise d’antidépresseurs. N’est-il pas dès lors essentiel de prévenir des dangers de la dépression ? Retour sur une scène musicale aux idées souvent noires. 

Qu’arrive t’il aux nouveaux talents de la scène musicale ? Depuis peu, un torrent d’idées noires se déversent au milieu des textes de divers interprètes, d’envergures nationales ou internationales. Inscrite dans la tradition du poète maudit, cette expression du mal de vivre est perceptible sur le plan artistique et personnel. En novembre 2017, le rappeur Lil Peep meurt à l’âge de 21 ans des suites d’une prise trop importante de Xanax. Relayé sur les réseaux sociaux, l’évènement incarne la quintessence de cette dépression autodestructrice.

Mélancolie ou dépression ?

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle / Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis, / Et que de l’horizon embrassant tout le cercle / Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; »

Quoi de plus baudelairien que d’exprimer son mal-être en chanson ? (cf. ci-dessus :« Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » Les Fleurs du Mal, Baudelaire). De nombreux artistes issus d’une génération marquée par un contexte de crises économique, identitaire et politique font le choix d’une écriture aux accents très pessimistes, à l’encontre de la désinvolture qui a depuis longtemps envahi les dancefloors. Le rap français notamment, que l’on a bien trop souvent réduit au trio thématique sexe – cash – gun n’a jamais été autant en phase avec les idées noires. Bien qu’il ait choisi de chanter les tourments de l’amour, le rappeur Damso a opté pour un ton très désespéré qui encouragerait n’importe qui à faire vœu de célibat : « J’suis v’nu au monde en pleurant, et chaque jour j’comprends pourquoi ».
https://www.youtube.com/watch?v=Nw6Q-TjsyyM
Rien de plus réjouissant de l’autre côté de la Manche avec le chanteur de 23 ans, King Krule, dont la voix de rogomme cadence des paroles sombres au ton contestataire. « He came across the back of a bureaucratic stash / Shot the lot for credit and never got it back / He’s mashed, I’m mashed, we’re mashed / That cat got slashed in half like that »

Si ces jeunes personnalités expriment une certaine mélancolie face aux codes de la société contemporaine, cette déprime latente reste cantonnée au rang de choix artistique. Mais il lui arrive de dépasser le domaine du chant.

Ou un véritable appel à l’aide ?

Depuis quelques mois, l’accablement de certains s’est mué en véritable désolation. Des personnalités telles que Lil Uzi Vert se livrent dans des litanies ultra-morbides à la limite de l’appel à l’aide que pousse le suicidé. « « Baby, I am not afraid to die. » / Push me to the edge / All my friends are dead ».

Issus d’une génération de rappeurs popularisés par Soundcloud, ces nouveaux talents semblent être en décalage de leurs pairs. Leurs productions comme leur mode de vie sortent du domaine du politiquement correct. Lil Peep ne dévoilait pas ses démons uniquement dans ses textes mais également sur son profil Instagram. « And I always been that kid / Maybe I won’t be if I live long enough / But I think imma die now  ». Outre ces paroles d’une réjouissance inouïe, le jeune chanteur de 19 ans affichait régulièrement sur son profil ses prises régulières d’antidépresseurs, ce jusqu’à la veille de sa mort. Dans ce cas, il est difficile de distinguer la position artistique du vrai appel à l’aide.

Eloge et dangers de la starification de la déprime

La tendance à l’idéalisation d’artistes aux personnalités parfois extrêmes est née avec la légende noire du « club des 27 ». Ils sont présentés comme de véritables génies, comme si la déprime les rendait plus lucides. Parmi les grandes légendes de la musique, on compte Jim Morrison, Janis Joplin, Kurt Cobain ou Amy Winehouse, connus pour leurs tourments. Parlerait-on de cette dernière comme d’une « légende de la musique » si elle n’avait pas subi tant de déboires avant de mourir d’un abus d’alcool ? Paradoxalement, cette déprime semble exercer un certain attrait sur le public qui se sent touché par des paroles qu’il n’oserait exprimer.
Le risque lié à la starification de ce genre d’attitudes concerne sa banalisation. Les artistes rentrent dans une logique de surenchère : les addictions ne choquent même plus, voire elles font rire. Auparavant, les fans avaient plutôt tendance à accuser une tierce personne des dérives de leurs idoles. Dans le cas de Kurt Cobain, Courtney Love fut longtemps blâmée pour sa descente aux enfers jusqu’à son suicide. Aujourd’hui, ce spectacle devenu habituel n’est même plus sujet aux inquiétudes. Certes, le danger le plus évident concerne les artistes laissés à la dérive en toute connaissance de cause. Mais la menace qui se profile tient dans la normalisation de ces attitudes autodestructrice. Elles rendent d’autant plus impératives la prévention et la connaissance des dangers de la dépression.

crédit photo : Instagram / Perez Hilton blog

Léonie Maillard

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