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Notre-Dame-des-Landes : fin des turbulences ?

Le 17 janvier dernier, le gouvernement a tranché : le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est  abandonné. L’accent est mis sur l’aménagement de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique. Cristallisant de nombreuses tensions, le débat a été vif depuis 1965 et les conséquences de la décision sont nombreuses. Décryptage d’un enjeu français. Il aura suffi d’une déclaration du Premier Ministre […]

Le 17 janvier dernier, le gouvernement a tranché : le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est  abandonné. L’accent est mis sur l’aménagement de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique. Cristallisant de nombreuses tensions, le débat a été vif depuis 1965 et les conséquences de la décision sont nombreuses. Décryptage d’un enjeu français.

Il aura suffi d’une déclaration du Premier Ministre Edouard Philippe pour mettre fin à cinquante années de valse et d’hésitations. Le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (NDDL) est donc abandonné. Pour autant, les décennies de tensions et de débats passionnés qui précèdent cette décision ne laissent pas présager un dénouement sans accroc.

Quelques dates importantes

  • 1965 : le préfet de Loire-Atlantique lance la recherche d’un site pour un nouvel aéroport dans le Grand Ouest. Il permettrait de contrebalancer la centralisation parisienne. En 1970, est validé le terrain de Notre-Dame-des-Landes situé à 15 km au Nord de Nantes.
  • 1974 : création d’une zone d’aménagement différée (ZAD). Ce dispositif permet au conseil général d’acquérir progressivement du terrain par droit de préemption. Mais le choc pétrolier des années 1970 ou encore l’opposition des exploitants concernés par l’aéroport, mettent un frein au projet. L’arrivée du TGV à Nantes rentre aussi en compte.
  • 2000 : le Premier Ministre Lionel Jospin relance le sujet. Le but est de renforcer la métropole de Nantes et d’acter la décentralisation déjà évoquée depuis une trentaine d’années. Huit ans plus tard, un décret déclare le nouvel aéroport d’utilité publique, ce qui donne la permission de réaliser l’opération d’aménagement. Cet évènement cristallise les tensions.
  • 2009 : la ZAD devient « zone à défendre ». Depuis cette date, une communauté anticapitalistes et altermondialistes occupent jour et nuit la zone. Voir le grand reportage du monde ici.
  • 2010 : le projet se précise : Vinci remporte l’appel d’offres pour construire et exploiter le prochain aéroport. Les travaux sont prévus pour 2014, l’ouverture de l’aéroport pour 2017. En 2012, l’Etat déclenche l’opération « César » pour déloger les zadistes. L’emploi de la force et les nombreux blessés ne font que donner une portée nouvelle aux contestations. Plus que jamais, les zadistes sont déterminés à résister. Ils obtiennent un soutien de plus en plus important en France et en Europe.
  • Pour essayer d’avancer sur ce projet qui bat de l’aile, François Hollande décide en 2016 de convoquer une consultation locale. A la question « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? », les électeurs de Loire-Atlantique répondent oui à plus de 55 %. Le Président promet que le résultat sera respecté.

Un rapport pour agir

Une fois élu, Emmanuel Macron mandate trois experts pour analyser la situation et donner une conclusion sur le projet. Le rapport, remis au Premier Ministre Edouard Philippe en décembre 2017, indique que les deux options. D’un côté l’agrandissement de l’aéroport existant, et de l’autre son transfert à NDDL.

Le projet de modernisation de Nantes-Atlantique est cependant flou. Un agrandissement de la piste, qui passerait de 2 900 à 3 600 mètres, est envisagé. Une deuxième aérogare pourrait être construite, et la desserte de l’aéroport devra être améliorée.

Sur le prix de la facture à régler, aucune des deux solutions ne semble l’emporter. Pour ce qui est de l’emploi, l’association « Des Ailes pour l’Ouest » estime qu’un nouvel aéroport générerait 3 500 emplois. Cependant, l’agrandissement de l’aéroport existant semble avantageux pour les bassins d’emplois du sud de la Loire et de la Vendée.

L’écart est peu significatif entre les deux projets en terme d’émissions de gaz à effet de serre, mais le projet de Notre-Dame-des-Landes mobilise les écologistes contre lui. L’association France Nature Environnement (FNE) estime d’ailleurs que la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes détruirait « 1 200 hectares de zones humides et de bocages », des lieux indispensables à la biodiversité.

A ces arguments s’ajoutent ceux des nuisances sonores : celles-ci toucheraient 3 500 à 6 000 riverains, alors que l’impact serait bien moindre à Notre-Dame-des-Landes. Enfin, il reste un argument de poids : celui des urnes. Emmanuel Macron s’est ainsi engagé à respecter la consultation populaire lorsqu’il était candidat.

Le dénouement

Le 17 janvier dernier, Edouard Philippe annonce l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes au profit d’un agrandissement de l’aéroport Nantes-Atlantique.

Le Premier Ministre justifie la décision par le contexte d’ « opposition exacerbée entre deux parties presque égales de la population ». La déception est immense pour les élus locaux et responsables économiques qui défendent depuis longtemps le projet de transfert.

Désignant la ZAD, Edouard Philippe indique qu’il veut « mettre fin à cette zone de non-droit ». Les zadistes doivent rendre à la libre circulation les trois routes traversant la ZAD, qui étaient jonchées de barricades. Les occupants illégaux ont jusqu’au « printemps » pour évacuer d’eux-mêmes la zone. Ils seront expulsés dès le 30 mars s’ils refusent.

Ainsi, les agriculteurs expropriés pourront « retrouver leurs terres s’ils le souhaitent ». L’Etat, propriétaire de la grande majorité des terrains, engagera une « cession progressive du foncier ».

Le Porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a ainsi déclaré que les travaux à Nantes-Atlantique devraient commencer « avant la fin du quinquennat ». Le Grand Ouest devra encore attendre pour connaitre la réalisation de cette histoire rocambolesque, qui ne risque pas de sortir tout de suite de la zone de turbulence.

Pour en savoir plus, l’article complet sur le blog Décryptages

Hippolyte Radisson

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