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Le "J'accuse" de Yann Moix

L’auteur et chroniqueur Yann Moix a publié ce 21 janvier dans Libération une lettre ouverte à charge contre le Président de la République. Au vitriol, elle éparpille le Président façon puzzle. De quoi ternir un mandat qui semblait bien parti.

L’auteur et chroniqueur Yann Moix a publié ce 21 janvier dans Libération une lettre ouverte à charge contre le Président de la République. Au vitriol, elle éparpille le Président façon puzzle. De quoi ternir un mandat qui semblait bien parti.
Dans sa lettre Yann Moix n’y va pas avec le dos de la cuillère, il tape, et il tape fort. Mais pas sans raison, et c’est là la force de cette lettre :  elle est criante de vérité, c’est ce qui lui donne sa puissance de déflagration. Yann Moix tacle un président finalement technocrate qui parle de chiffres et non du réel. Le réel, l’écrivain écrit « Je l’ai vu et je l’ai filmé ». Phrase qui revient dans son texte, lui donnant des airs du J’accuse de Zola. Le ton est donné : dès le deuxième paragraphe, l’auteur explique qu’il ne s’en prendra pas aux agents de l’Etat, « Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul ».

« La migration est un chiffre, l’exil est un destin »

D’abord les faits. Yann Moix déroule, et il commence avec raison à dire ce qu’il a vu, ce qu’il a filmé dans un long-métrage qui sera diffusé sur Arte au Printemps « Re-Calais ». L’auteur affirme « des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement ». On se souvient de cette saillie qu’il avait déjà faite à l’antenne sur France 2, dans l’émission « On n’est pas couché ». Il avait interpellé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux qui lui avait répondu de façon laconique de porter plainte.

« Vous êtes indigne de votre fonction »

L’écrivain interpelle le président avec violence (peut-être est-ce là une méthode pour faire réagir et mettre un terme à ce qu’il dénonce ?). « Ces actes de barbarie, soit vous les connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction ». Il explique : « Soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ordres imprécis, et vous êtes incompétent ». Il conclue : « Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait […] On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe ».

Macron : Ponce Pilate ou Kill Bill ?

Yann Moix vise juste. Le président n’est pas digne de sa fonction : soit il s’en lave les mains, soit elles sont couvertes de sang. Il ne tombe pas dans le piège d’attaquer la police. Il écrit alors avec raison « L’histoire a montré qu’on peut parfois reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit toujours reprocher à un président de mal commander ». Le problème ce ne sont pas les bras ; c’est la tête qui les fait bouger. Il fait le choix judicieux de s’en prendre directement au chef et non à ceux qui appliquent les ordres.
Ce serait facile de s’en prendre aux policiers et c’est ce que voudrait finalement le Président. Macron serait ainsi 100% gagnant. D’un côté, il serait ferme par son discours, rassurant ainsi la droite et de l’autre, humaniste, en remettant au pas les policiers qui « dérapent ». Il explique de façon très claire ce procédé glauque : « Quand un policier, individuellement, dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on appelle cela un protocole. Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure. »
Pour conclure, Yann Moix aurait pu s’arrêter sur cette phrase qui raisonne lourdement : « Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime ». L’appel est lancé, et comme Renaud le chantait vous répondrez « si vous avez des couilles« .

Lilian Vimal de Murs

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