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Les sports d'hiver : au sommet de la montagne, au sommet de la distinction sociale

Chaque année, de décembre à avril, des milliers de personnes affluent aux sports d’hiver pour skier, surfer, marcher ou encore glisser sur les dents aiguisées des montagnes blanchies par la neige. Les sports d’hiver sont une mine d’or pour les amateurs de sensations fortes, venus du monde entier. Mais qui trouve-t-on dans ces montagnes ? Tout […]

Chaque année, de décembre à avril, des milliers de personnes affluent aux sports d’hiver pour skier, surfer, marcher ou encore glisser sur les dents aiguisées des montagnes blanchies par la neige.

Les sports d’hiver sont une mine d’or pour les amateurs de sensations fortes, venus du monde entier. Mais qui trouve-t-on dans ces montagnes? Tout le monde a-t-il accès aux sports d’hiver? Pour prendre l’exemple du ski, le coût d’une semaine de plaisir atteint des montagnes. Conséquences? Une surreprésentation des classes moyennes supérieures et une sous-représentation des classes populaires. Les femmes se heurtent à un plafond de verre, les classes populaires à un plafond de glace. Explications.

Des activités encore réservées aux classes moyennes/riches : le clivage du prix

Les sports d’hiver sont très coûteux, il vous faudra en effet débourser plus de 2000 euros pour une semaine de ski entre le coût du forfait, de la location du matériel, de l’appartement, du prix du transport et de tous les coûts intermédiaires. Ces éléments sont des obstacles évidents, empêchant à certains d’accéder à ces activités. Aller au ski est une chance que beaucoup n’ont pas, quand on sait que le SMIC est de 1188 euros net et qu’environ trois millions de Français reçoivent ce revenu.

Une activité donc, qui reste réservée à une partie de la population, qui dispose des ressources nécessaires pour se l’offrir. En effet, le rapport de l’observatoire des inégalités est sans appel. Seulement certaines catégories sociales partent en vacances l’hiver : C’est 40 % de cadres contre 8 % d’ouvriers. On peut donc parler «d’homogénéité sociale». Autre chiffre, seuls 8 % des Français partent au ski au moins un an sur deux. Mais le prix n’est pas l’unique raison de ce clivage.

En dehors du prix : une différence de culture

Le prix est certes fortement contre-incitatif pour ceux qui n’ont pas le moyen de s’offrir des vacances aux sports d’hiver. Cependant, en dehors de ce facteur, la culture influence aussi la consommation de sports d’hiver chez les classes populaires. À l’instar du tennis, les sports d’hiver restent des activités pratiquées par des «privilégiés» et forment des éléments de ce que l’on appelle des signes de «distinction sociale».

Ce concept a été développé par Bourdieu dans son livre La distinction, critique sociale du jugement, où il précise que les lois de la culture sont régies par les classes sociales. Nos goûts et nos styles de vie sont inconsciemment déterminés par notre position sociale dans la société, dont ressort le principe de «l’Habitus». Le fait d’aller au ski serait donc un habitus des classes moyennes supérieures. Le film «La première étoile» raconte l’histoire d’une famille pauvre, d’un milieu populaire, ou le père promet à ses enfants de les emmener au ski, habituellement réservé aux classes supérieures. Cette comédie témoigne du choc que représentent les barrières sociales, économiques et culturelles, d’une famille peu aisée aux sports d’hiver.

Les sports d’hiver sont-ils forcément fermés aux classes populaires?

Notre propos est néanmoins à nuancer : les espaces de sports d’hiver ne sont pas tous les mêmes et il existe une hiérarchie de ces lieux en France, avec une notoriété qui diffère. Par exemple, les stations de ski de l’Alpe d’Huez, Chamonix ou encore Courchevel figurent parmi les plus luxueuses des Alpes françaises et s’y rendre nécessite des sommes exorbitantes. Mais d’autres stations moins connues comme «l’abondance», ou «les Brasses» dans les Alpes du Nord figurent parmi les moins chères de France et permettent un accès plus ouvert aux classes populaires.

Les sports d’hiver restent donc, des espaces privilégiés pour les classes moyennes supérieures et la distinction sociale est un phénomène visible, d’autant qu’il n’est pas récent et qu’encore de nombreux domaines sont concernés par des inégalités entre classes. Mais, certaines stations qui proposent des prix plus abordables tendent à rendre la situation plus égalitaire même si le mur de glace peine à se briser…

crédit photo : chamonix.fr

Mathis Joubert

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