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Réduction des parcs nationaux américains, une décision culturelle ?

[Ce texte a été rédigé par un contributeur non adhérent n’appartenant pas à la rédaction de Sorb’on. Pour plus d’informations sur le fonctionnement de Sorb’on et le statut de contributeur, rendez-vous ici] Le 4 décembre 2017, Donald Trump a annoncé la réduction de plus de la moitié de la superficie de deux monuments nationaux de l’État […]

[Ce texte a été rédigé par un contributeur non adhérent n’appartenant pas à la rédaction de Sorb’on. Pour plus d’informations sur le fonctionnement de Sorb’on et le statut de contributeur, rendez-vous ici]

Le 4 décembre 2017, Donald Trump a annoncé la réduction de plus de la moitié de la superficie de deux monuments nationaux de l’État de l’Utah, le Grand Staircase-Escalante National Monument et le Bears Ears National Monument. 

Créés pour préserver le patrimoine naturel et culturel de l’État, car contiennent de très nombreux sites archéologiques, Donal Trump prétend vouloir redonner aux riverains ces terrains, mais aussi favoriser leurs exploitations économiques, en souhaitant réduire leur superficie. Une décision lourde de conséquences environnementales et culturelles : Le concept de «wilderness» est au fondement même de la culture américaine.

Une décision qui fait polémique 

De nombreuses associations environnementales et des entreprises telles que Friends of the Earth ou la marque de vêtements Patagonia ont dénoncé cette décision. Cette volonté de revoir le statut des parcs et monuments nationaux s’inscrit dans la continuité de la ratification par D. Trump le 26 avril dernier d’un traité remettant en cause le Antiquities Act, signé en 1906 par le président Roosevelt. Il permet de décréter un espace menacé comme parc naturel limitant ainsi son exploitation. Barack Obama avait utilisé ce traité pour créer pas moins de 23 parcs nationaux lors de ses deux mandats. Les dernières décisions de Donald Trump vont donc à l’encontre de la politique de conservation du patrimoine naturel américain mis en place au cours du siècle dernier.

Au-delà des lourdes conséquences environnementales que ses décisions pourraient avoir, Trump s’en prend aussi à la racine même de ce qui fait l’esprit américain : le wilderness. Les États-Unis se sont très vite  présentés comme un modèle politique, mais face à la domination de la  culture européenne, ils ont mis plus d’un demi-siècle à surmonter leur complexe d’infériorité.

 Une attaque au mythe de  l’Amérique à l’état sauvage

Trump s’en prend aussi à la racine même de ce qui fait l’esprit américain : le wilderness. S’il a réussi à s’imposer comme modèle politique, ils ont mis plus d’un demi-siècle à surmonter leur complexe d’infériorité face à la domination de la culture européenne. S’ils ont pu développer leur culture, c’est justement à partir de ces terres sauvages et immaculées qui s’étendaient au-delà du front pionnier.

Cet «wilderness», ce mot sans équivalent en français, c’est la nature qui n’a rien perdu de son caractère premier et qui impressionne par sa puissance et sa pureté ont fait naître le gigantisme américain. Le héros américain n’est pas un dandy raffiné qui écume les salons mondains, il est toujours à cheval entre la civilisation et le «wild». Que ce soit le Huckleberry Finn de Mark Twain ou bien la figure du «lonesome cowboy», il vit toujours avec cet appel sauvage en lui, quête d’idéal et de pureté.

John Muir, naturaliste, écrivain et infatigable marcheur, fut l’un des premiers à se rendre compte de la nécessité qu’il y avait de protéger et conserver cette nature face à l’exploitation économique des ressources naturelles nécessaire pour survenir aux développements du capitalisme aux États-Unis. Il lutta pour faire de Yosemite un parc naturel notamment en le faisant la visite guidée au Président Roosevelt lors de longues randonnées. Il lui suggéra par la suite la rédaction du Antiquities Act, qu’aujourd’hui Donald Trump veut réformer.

La contrée sauvage, source d’inspiration des auteurs américains

Cette fascination originelle pour le «wilderness» trouve des prolongements à travers toute l’histoire de la littérature américaine. On pense évidemment à Jack London devenu célèbre grâce à son roman The call of the Wildou à Ernest Hemingway, figure de proue de la Lost generation qui allait jusqu’à décrire exagérément sa passion pour la nature, la pêche et la chasse.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que la société de surconsommation est en train de se mettre en place, la jeunesse américaine désorientée prône un retour à la nature. Ainsi, le pionnier de la contre-culture Jack Kerouac décrit les moments d’extase de Ray Smith, personnage des Clochards célestes qui cherche à étancher sa soif de poésie et d’idéal en devenant garde forestier au pic Desolation dans l’Ouest américain en s’isolant ainsi d’une société qui l’insupporte. Plus récemment, Jim Harrison, dernière grande figure de la littérature américaine a fait de ses œuvres des hymnes aux grands espaces.

Avec cette réforme, Donald Trump touche à quelque chose de beaucoup plus profond, puisque cela a des conséquences non seulement sur le plan environnemental, mais plus symboliquement également sur le plan culturel. Puisqu’un arbre qui se coupe de ses racines ne saurait que périr.

Rédigé par Benjamin Groc

crédit photo : wikicommons

La rédaction

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