On’Media

Boko Haram ou la secte oubliée

Trois ans après le drame de Chibok, Boko Haram continue ses activités terroristes. Si l’attention est souvent portée sur le Moyen-Orient, notamment avec la perte de territoires importants en Syrie, la branche de Daesh en Afrique de l’Ouest n’en demeure pas moins inactive. Boko Haram, l’organisation terroriste née au début des années 2000 au Nord-Ouest du […]

Trois ans après le drame de Chibok, Boko Haram continue ses activités terroristes. Si l’attention est souvent portée sur le Moyen-Orient, notamment avec la perte de territoires importants en Syrie, la branche de Daesh en Afrique de l’Ouest n’en demeure pas moins inactive.

Boko Haram, l’organisation terroriste née au début des années 2000 au Nord-Ouest du Nigéria, a prêté allégeance en mars 2015 à l’État Islamique. Ainsi, il est devenu le bastion de Daesh en Afrique de l’Ouest, principalement localisé dans la région du Lac Tchad. Cette région regroupe le Nigéria, le Niger, le Cameroun et le Tchad. Les populations qui y résident vivent constamment dans la peur et l’insécurité. Les activités terroristes de Boko Haram ont été fortement médiatisées après l’enlèvement des 276 lycéennes de Chibok au Nigéria en avril 2014. Depuis, selon le représentant d’Amnesty International pour le Nigeria Makmid Kamara, nombre de ces événements «passent inaperçus et ne sont pas relatés dans les médias. Certaines familles ont ainsi perdu tout espoir de retrouver leurs proches». Les multiples attaques de Daesh — mais également son affaiblissement — semblent avoir éclipsé celles de son vassal africain.

Une menace quotidienne sur la population

«Boko Haram continue à enlever des femmes, des filles, mais aussi des jeunes garçons pour leur faire subir les pires des supplices : ils sont violés, frappés et forcés à commettre des attentats-suicides» dénonce Makmid Kamara lors du troisième anniversaire de l’enlèvement des jeunes lycéennes. En effet, le groupe armé a enlevé pas moins de 67 personnes depuis début 2017, pour la plupart des femmes et des jeunes filles. La population civile est la plus touchée. Des millions de personnes ont toujours besoin de protection et surtout d’une aide humanitaire. Cependant, la très forte insécurité rend les opérations difficiles, voire impossibles, surtout dans certaines régions inaccessibles du nord-est du Nigeria.

Ainsi, plus de sept millions de personnes dans la région souffrent d’une grave pénurie alimentaire, dont cinq millions au Nigeria et 1,5 million au Cameroun. On recense 515 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, dont plus de 85 % au Nigeria. Cette campagne de terreur engendre également de massifs mouvements de population. Au total, on compte 2,3 millions de personnes déplacées dans la région dont 1,6 million à l’intérieur de leur pays et réfugiées au Nigeria, 303 000 au Cameroun, 374 000 au Tchad et au Niger.

Multiplication des victimes

«(…) Forcer des jeunes filles à porter des charges explosives dans le seul et unique but de faire le plus grand nombre de victimes possible».

Le groupe terroriste s’est particulièrement illustré en 2017 en intensifiant ses actions depuis le mois d’avril. Les kamikazes de Boko Haram ont tué 381 civils. Depuis ce mois-ci au Cameroun et au Nigeria, les victimes des attentats-suicides se multiplient. Le chiffre réel est sans doute plus élevé, toutes les attaques n’ayant pas forcément été signalées. Du mois de mai au mois d’août, le nombre de victimes civiles est sept fois plus élevé qu’au cours des quatre mois précédents. Pour le seul mois d’août, on recense pas moins de 100 morts parmi les civils.

Selon l’organisation Amnesty International, la forte hausse du nombre de victimes s’explique par la multiplication des attentats-suicides attribués au groupe armé. Ce dernier utilise souvent des jeunes filles contraintes à «porter des charges explosives dans le seul et unique but de faire le plus grand nombre de victimes possible», a déclaré Alioune Tine, directeur régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Cette vague de violence imputable à Boko Haram est d’autant plus dangereuse qu’elle embrigade au sein même de la population, instaurant une atmosphère terrifiante.

#BringBackOurGirls , toutes nos filles !

Le kidnapping des 276 lycéennes – dont 57 avaient réussi à s’échapper juste après le l’enlèvement – avait provoqué une indignation massive de la part de nombreuses célébrités. Le mouvement de soutien aux adolescentes s’était propagé avec le hashtag #BringBackOurGirls (ramenez-nous nos filles). La libération des lycéennes était l’une des promesses de campagne du président Muhammad Bahuri en 2015. En octobre 2016, 21 autres jeunes filles avaient été libérées, pour certaines avec des enfants nés en captivité, après des négociations entre Boko Haram et le gouvernement. Le président Bahuri avait, à la veille de Noël 2016, annoncé triomphalement «l’écrasement final des terroristes de Boko Haram dans leur dernière enclave», la forêt de Sambisa, au Nord-Est du Nigéria.

Dans un communiqué de presse publié le 14 avril 2017, Amnesty International appelle les autorités nigérianes à «redoubler d’efforts afin de faire libérer les dernières jeunes filles de Chibok». Quelques semaines plus tard, le 6 mai, après plus de trois ans de captivité, 82 lycéennes ont été libérées. Elles ont été échangées contre des membres de Boko Haram détenus, a expliqué la présidence nigériane dans un communiqué : «Le président est heureux d’annoncer que les négociations pour la libération d’autres filles de Chibok ont porté leurs fruits, avec cette fois, quatre-vingt-deux d’entre elles libérées». Si cette libération est un soulagement pour les familles des victimes, il ne faut pas oublier qu’à ce jour, plus d’une centaine de jeunes filles demeurent toujours captives. Le mouvement «BringBackOurGirls» (BBOG) continue à mener le combat et d’accompagner les familles.

Un voyage non sans séquelles

«Ça a l’air d’aller, mais elles ont l’air très maigres»

Concernant l’état de santé des dernières filles retrouvées, deux d’entre elles ont été amputées : l’une d’une jambe, à la suite d’un bombardement de l’armée nigériane sur des postes de Boko Haram, l’autre de la main, à cause d’une blessure infectée pendant sa détention, a expliqué un membre d’un groupe d’autodéfense de Banki à l’AFP. Ce dernier, le jour de leur retour, a affirmé à l’AFP que les filles ont «l’air d’aller, mais elles ont l’air très maigre». Elles vont devoir malheureusement vivre avec ces séquelles physiques, mais aussi morales, le restant de leur vie. L’emprise de la secte est telle que certaines filles ont refusé d’être libérées. En effet, c’est ce qu’a affirmé Zannah Mustapha, un avocat ayant participé aux négociations de la libération du 6 mai. La majorité d’entre elles sont mariées à des hommes du groupe.

Alors que les victimes tentent tant bien que mal de se rétablir, les terroristes de Boko Haram continuent à sévir dans la région. Ils ne semblent pour vouloir s’avouer vaincus, malgré la pression de l’armée nigériane. La solution au problème serait peut-être une action conjointe entre les gouvernements locaux et la communauté internationale, qui «doit aussi intensifier rapidement son engagement et fournir une aide humanitaire vitale aux millions d’habitants de la région qui en ont besoin», a déclaré Alioune Tine. Sans cela, il semble hélas inévitable que les attaques de Boko Haram perdurent ou pire, qu’elles deviennent ordinaires.

crédit photo : AFP

Maëlys Kapita

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media