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Anne Marlangeon : étudiante en art ou la vie à l'envers

Un article, un portait. Aujourd’hui découvrez le parcours d’une étudiante pas comme les autres, Anne Marlangeon. Après une carrière de juriste, elle quitte tout pour vivre sa passion et se lance dans des études d’art à l’Université Paris I, au centre Saint-Charles (XVème). Portrait d’une artiste haute en couleur. Notre équipe a rencontré Anne Marlangeon, […]

Un article, un portait. Aujourd’hui découvrez le parcours d’une étudiante pas comme les autres, Anne Marlangeon. Après une carrière de juriste, elle quitte tout pour vivre sa passion et se lance dans des études d’art à l’Université Paris I, au centre Saint-Charles (XVème). Portrait d’une artiste haute en couleur.

Notre équipe a rencontré Anne Marlangeon, lauréate du festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire au parcours atypique, passionnée d’art et de retour sur les bancs de la fac à 57 ans.

D’un parcours traditionnel…

J’ai toujours eu envie de créer, d’évoluer dans un milieu artistique et je rêvais de faire les Beaux-Arts, mais lorsque j’ai eu mon bac à 17 ans j’ai été contrainte par ma famille et je suis entrée en Licence de Droit à Assas. Pour mes parents, être artiste n’était pas un métier. Bien qu’un peu à reculons, j’ai fait une maîtrise de droit des affaires. J’ai travaillé 20 ans comme juriste en entreprise d’abord dans les travaux publics puis dans un groupe d’agroalimentaire dont j’étais directeur juridique. Même si mes études ne m’ont pas forcément passionnée, j’ai adoré mon métier, car c’était un travail intellectuel très varié puisque je gérais à la fois les aspects de droit des sociétés, droit du travail, droit de la consommation, ainsi que les contrats ou les assurances et l’immobilier.

À la réalisation d’un rêve…

Parallèlement à ma carrière, je continuais à peindre, et j’avais toujours en tête ce rêve d’école des Beaux-Arts jamais réalisé. À un moment de ma vie, tout s’est mis en place pour que je me pose des questions sur mes choix de vie. Mon entreprise a fermé son bureau parisien, j’ai refusé une mutation à Bordeaux. J’ai fait le choix de ne pas y retourner et de tout lâcher.

Dans un premier temps j’ai créé un atelier d’artiste chez moi où j’anime des séances d’arts plastiques pour adultes, depuis 12 ans maintenant, abordant toutes les techniques de peinture. Et il y a trois ans, j’ai décidé d’asseoir les bases de ma pratique en me lançant dans une licence d’arts plastiques à Paris 1. J’ai suivi les deux premières années de licence par le CNED puis en L3, j’ai décidé d’assister aux cours en présentiel pour profiter de l’émulation avec les autres étudiants partageant ma passion. J’ai, en quelque sorte, monté ma vie à l’envers. Ce que je n’ai pas pu faire étant jeune, je le réalise aujourd’hui. On attendait de moi que je rentre dans le moule, et c’est à présent que je fais ma « crise d’ado »et que je réalise mes rêves.

La vie d’étudiante à 57 ans

Quand je suis arrivée à Saint-Charles, la première semaine, je me demandais vraiment ce que je faisais là, mais au bout d’une semaine, je n’avais plus aucun doute, j’étais à ma place, une étudiante comme les autres. J’ai fait des rencontres humaines vraiment incroyables et j’ai très bien été accueillie par les professeurs comme par les étudiants. Les études d’art sont vraiment passionnantes, nous avons une charge de travail conséquente, mais il y a surtout beaucoup de plaisir à faire ce que l’on aime.

Un accueil bienveillant de la décision par l’entourage

J’ai beaucoup discuté avec mon mari avant de prendre cette décision, et il m’a encouragé à vivre mes rêves. Nous avons trouvé une organisation familiale pour que cela soit possible. Quant à mes amis, ils ne pensaient pas que j’irais jusqu’au bout, mais ils trouvent mon choix courageux.
Mais je ne définis pas ma décision comme étant courageuse. Ce n’est pas du courage, puisque je fais ce que j’aime et ce dont j’ai envie. Mes enfants s’amusent beaucoup de la situation. La seule préoccupation de ma fille lycéenne est de savoir quoi mettre comme « métier de la mère » dans les fiches pour les professeurs à la rentrée.

La vie étudiante : c’était mieux avant ?

À l’époque des études de droit, je ne me sentais pas à ma place, mais maintenant oui. Quand on sait pourquoi on est là, on est tout de suite plus motivé. On réussit beaucoup mieux car on connaît ses objectifs. Tout est plus léger maintenant pour moi car il n’y a aucun enjeu. Je fais ces études pour me faire plaisir et étayer ma pratique artistique. J’ai déjà le métier qui va avec mon diplôme.

Je peins depuis 20 ans mais la fac m’a permis de me diversifier et de sortir de ma zone de confort. Ma palette artistique s’est beaucoup étendue. De plus, elle a gagné en contemporanéité puisque je me suis lancé dans l’installation ou la performance, ce que je n’avais jamais expérimenté auparavant. C’est aussi dans ce but que j’ai choisi de suivre des cours en présentiel. J’ai pu m’ouvrir à de nouveaux horizons et découvrir d’autres formes d’art, comme notamment l’art végétal.

Le Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire

Cette année j’ai eu la chance de participer à un projet et d’être lauréate du festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire. C’est un festival d’art contemporain du végétal dans le parc du château. Avec Michel Lopez, un ami paysagiste qui a 25 ans que j’ai rencontré lors de mes ateliers, nous avons répondu à un appel à projet et constitué un dossier. Nous avons été sélectionnés après avoir fait une présentation devant un jury. Le thème de l’année 2017 était le pouvoir des fleurs.

Nous avons donc passé plusieurs semaines à réaliser sur le site notre projet de février à avril dernier. On s’est entourés de différents corps de métier. Notamment des menuisiers des Compagnons du devoir et d’autres partenaires pour le financement et l’approvisionnement en matériels d’art plastique par exemple. Ça a vraiment été une aventure humaine et artistique hors du commun. J’ai pu toucher à différents savoir-faire et j’ai appris à faire plein de choses que je n’avais jamais faites. Par exemple, construire des meubles en palettes de récupération ou passer la compacteuse pour damer la parcelle.

Un univers artistique

Nous avions un terrain de 250 m² dans le festival et nous y avons recréé un atelier d’artiste en plein air. Tout a été pensé pour rappeler le monde artistique. Pour répondre au thème de cette édition, nous avons réalisé un mur entièrement fait de cadres, avec une vue donnant sur la végétation. En outre, sur la terrasse 5 grands cadres vides sur pieds offrent une perspective sur la parcelle fleurie. Ils évoquent cinq toiles de maîtres célèbres que les 400 000 visiteurs du festival s’amusent à reconnaître.

Ce n’est pas par hasard que notre jardin s’appelle « inspiration ». En effet, il raconte l’inspiration des artistes par les fleurs au cours de l’histoire de l’art. Notre espace a été choisi pour y installer des éclairages de nuit, ce qui rend l’endroit vraiment magique lors des nocturnes. Notre projet est simple, pas forcément très conceptuel, mais il a été reçu très positivement par le public. On peut le voir notamment avec tous les partages Instagram suscités. Ce qui est amusant, c’est que tout le monde pensait que c’était un véritable atelier éphémère, et que je m’y étais installée pour l’été.

Et pour l’avenir ?

Je n’ai pas encore de projets déterminés. Mais ce dont je suis certaine, c’est que je ne veux pas arrêter. Parallèlement au master, pourquoi ne pas répondre à d’autres appels à projets pour créer et exposer, et me tourner vers d’autres formes d’art. Je pense beaucoup à creuser la voie de l’art écologique. C’est un art qui émerge de plus en plus et qui est tourné vers la sensibilisation à l’environnement. La contemporanéité de cette démarche artistique m’attire et m’intéresse fortement en complément de mes autres pratiques.

Rédigé par Pierre Portier, Caroline Protat et Justine Houllé 

La rédaction

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