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La Déclaration Balfour : Le Centenaire

« Le bon Dieu n’en avait que dix ! », aurait ironisé Georges Clemenceau après avoir entendu le président américain Woodrow Wilson annoncer ses 14 points. Le cinquième : l’auto-détermination. Il sera au cœur du conflit israélo-palestinien qui se déclenchera au fils du temps, à cause de la déclaration Balfour. Elle fête cette année ses cent […]

« Le bon Dieu n’en avait que dix ! », aurait ironisé Georges Clemenceau après avoir entendu le président américain Woodrow Wilson annoncer ses 14 points. Le cinquième : l’auto-détermination. Il sera au cœur du conflit israélo-palestinien qui se déclenchera au fils du temps, à cause de la déclaration Balfour. Elle fête cette année ses cent ans.

Une nouvelle page de l’histoire est écrite par le ministre des affaires étrangères britannique Arthur Balfour avec sa déclaration à Lord Rothschild le 2 novembre 1917. Cette déclaration donnera son soutien aux aspirations sionistes pour « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif » et le gouvernement britannique « emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et aux statuts politiques dont les juifs disposent dans tout autre pays ».

Promesses et trahison

Le gouvernement britannique avait à la fois promis la Palestine aux juifs sionistes et aux dirigeants arabes, ainsi qu’une autonomie et une souveraineté totale de la Mer rouge au Golfe persique. Tout cela en échange de leur coopération pendant la Première Guerre mondiale dans la lutte contre l’Empire Ottoman. Malgré cela, 10 Downing Street n’a pas respecté les promesses faites ni aux sionistes ni aux dirigeants arabes. Suivant l’abandon de toute volonté par Whitehall de réaliser une solution en Palestine, la nouvelle génération de sionistes dirigée par David Ben Gourion, a concentré ses efforts sur l’établissement d’un proto-état sioniste prêt à déclarer son indépendance, sans la bénédiction des Anglais.

Finalement en 1947, Harry Truman et Joseph Staline donneront leur soutien à la résolution 181, qui divisera la Palestine en deux états ; un juif et un arabe. Dans une ultime trahison de la Déclaration Balfour, la Grande-Bretagne s’est abstenue. Le lendemain du vote, la guerre civile éclate car les dirigeants arabes considèrent que le partage constitue une violation du droit de la majorité des habitants de la Palestine, qui à l’époque est composée de 1.200.000 arabes et de 600.000 juifs, largement immigrés d’Europe.

Au moment du cessez-le-feu en 1949, les Israéliens contrôlent 77% du territoire, au lieu des 56% de la terre Palestinienne qui leur a été accordée par le plan de partition. Dans les flammes de la guerre au moins 700.000 réfugiés Palestiniens seront expulsés de et ne reverrons plus jamais leurs villages. Leurs descendants comptent plus de 5 millions de réfugiés palestiniens, largement concentrés en Jordanie ou dans des camps de réfugiés, répartis sur le Levant.

Une délivrance pour les juifs sionistes, un désastre pour les palestiniens arabes

L’immigration massive des rescapés de la Shoah, survivants du plus monstrueux crime de l’histoire, sont devenus les « Kibbutzim » qui ont fait fleurir le désert. Mais dans la mémoire collective palestinienne, l’exode suivant la guerre de 1948 est commémoré en tant que « Nakba », littéralement « le désastre » en arabe.

Cent ans plus tard, du Jourdain à la Méditerranée, le torchon brûle toujours entre les deux peuples. Les deux héritiers de cette vieille terre accablée de son histoire, ont énormément souffert. Comment est-ce que nous pouvons assurer la sécurité et la liberté pour les Israéliens et les Palestiniens ? La paix est-elle possible ?

Le parcours de la paix

Depuis près de 70 ans, la France joue son rôle de médiateur, défend le droit d’Israël à exister et à vivre en sécurité. Elle plaide en faveur de la création d’un État palestinien. La plus récente manifestation de cette volonté a eu lieu le 2 décembre 2014 quand l’Assemblé nationale a voté une résolution invitant le gouvernement à reconnaître la Palestine comme état libre et souverain. La position traditionnelle de la diplomatie française considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un État palestinien indépendant et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

Si l’occupation militaire continue au cours des 50 prochaines années comme il l’a fait pour les 50 dernières, Israël devra choisir son futur soit par la démocratie soit par la création d’un état juif. Il cessera d’être les deux. La politique de colonisation dans les territoires occupés soutenu par le premier ministre Netanyahu, rend la solution des deux états impossible.

Mais où les politiques ont échoué, les intellectuels ont peut-être trouvé la solution. Le professeur Mohammed Dajani a visité le camp de concentration d’Auschwitz avec 29 étudiants palestiniens pour stimuler l’empathie. Selon lui : « Il faut comprendre l’autre parce que la réconciliation est la seule option que nous avons, et le plus tôt nous le ferons, le mieux ce sera. Empathiser avec votre ennemi ne signifie pas que vous sanctionnez ce qu’il vous fait. »

De plus en plus de projets de paix israélo-palestiniens facilitent la compréhension du conflit entre ces deux peuples. L’organisation libanaise « Combattants pour la Paix » est particulièrement intéressante car elle est composée d’anciens combattants qui ont déposé les armes pour revendiquer une solution sans violence. Espérons que les militants sur le terrain obtiendront la paix, qui échappe aux politiques paralysées dans les conférences depuis si longtemps…

Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah a demandé, dimanche 29 octobre, des excuses à la Grande-Bretagne pour la déclaration Balfour, quelques jours avant le centenaire, et la reconnaissance de cette « injustice historique ».

crédit photo : Benoît Onillon

Adrian Green

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