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Affaire Terry Richardson : "Business is Business"

Ce lundi 23 octobre, le sulfureux photographe de mode Terry Richardson a été blacklisté des rédactions du groupe Condé Nast, propriétaire des magazines Vogue, Vanity Fair, GQ, Glamour et Wired. Les agissements du roi du porno chic, pourtant connus de tous, n’ont été sanctionnés qu’en raison du contexte favorable engendré par les révélations de Ronan […]

Ce lundi 23 octobre, le sulfureux photographe de mode Terry Richardson a été blacklisté des rédactions du groupe Condé Nast, propriétaire des magazines Vogue, Vanity Fair, GQ, Glamour et Wired.

Les agissements du roi du porno chic, pourtant connus de tous, n’ont été sanctionnés qu’en raison du contexte favorable engendré par les révélations de Ronan Farrow à l’encontre du producteur Harvey Weinstein et la libération de la parole des victimes de harcèlement sexuel. L’affaire Terry Richardson est particulièrement éclairante quant à l’échelle des valeurs régissant l’industrie du show business. Le savoir-faire d’un artiste, par le profit qu’il engendre, empêche tout exercice potentiel de la justice et réduit les victimes au silence.

Un artiste puissant

Terry Richardson est un incontournable du monde de la mode pour ses clichés à caractère sexuellement explicite.  À son actif : le clip Wrecking Ball de Miley Cyrus, un livre-photo en collaboration avec Lady Gaga et de nombreux shooting de Beyoncé, Kim Kardashian, Chloé Sevigny, etc. Une obsession pour le sexe qui semble dépasser le domaine de la photographie. Déjà dans les années 90 il revendiquait une sexualité désinhibée. Faisant, selon lui, partie intégrante de son travail, mais qui reposait systématiquement « sur un consentement mutuel ».

Version contestée dès 2013 par la mannequin Rie Ramussen qui révélait le mode opérationnel de Terry Richardson. Le choix de jeunes mannequins, obligées de se déshabiller et photographiées de manière à ce qu’elles aient honte des clichés pris. Trop jeunes et désireuses de se faire un nom dans le milieu, les jeunes filles se taisent et laissent le photographe agir en toute impunité.

Poids économique et culture du viol

Il ne faut pas oublier que la fortune de Terry Richardson représente environ 185 millions de dollars. On estime qu’il aurait amassé pas moins de 58 millions de dollars cette année, faisant de lui le « photographe le mieux payé du monde » d’après le magazine People with money. Par ailleurs, le style Terry Richardson constitue une valeur sûre du monde de la mode, un art reconnu et reconnaissable. De même, Harvey Weinstein était surnommé « l’homme au soixante statuettes », et Roman Polanski celui « aux huit César et quatre Golden Globes« . Le problème est que le profit et le succès ont été érigés comme valeur suprême dans une société pétrie par la culture du viol.

Pour l’actrice Rose McGowan, fer de lance de la lutte contre Harvey Weinstein, l’absence de choix lors d’une agression sexuelle s’incarne physiquement mais aussi socialement. Les femmes sont contraintes de se plier aux règles d’une société patriarcale. Les pouvoirs économiques et symboliques étant objectivement détenus par les hommes. Une femme en quête d’ascension sera toujours contrainte de convaincre ou de travailler pour un homme.

Or, la culture du viol passe notamment par le blâme de la victime. Si viol ou harcèlement il y a, la victime est souvent considérée comme responsable car « elle aurait pu avoir les moyens physiques de refuser ». Le viol c’est l’absence de choix, peu importe que ce soit en raison de contrainte physique, mentale ou morale. Lorsque Terry Richardson envoyait au mannequin Emma Appleton « si je peux te baiser, je te mets dans mon shooting du Vogue à New York », avait-elle vraiment le choix ? Pour une femme, prendre la parole peut revenir à mettre fin à une carrière, d’où le silence qui régnait jusqu’alors dans ces affaires.

Faut-il juger un artiste par sa personne ou par son œuvre ?

Dans le show business, le pouvoir est également une question de popularité. A quoi bon accuser une célébrité dont le succès est tel que le public n’aura que faire d’une quelconque affaire de viol ? Les artistes évoluent dans une sorte de bulle, à laquelle le public n’a accès uniquement par les images que l’on voudra bien lui partager. Par conséquent le seul jugement qu’il peut émettre concerne l’image médiatique de la célébrité.

Puisqu’on ne saurait juger sa personne, la valeur d’un artiste est donc essentiellement déterminée par son travail et son talent. Il suffit qu’un acteur soit adulé pour son travail pour éclipser tout jugement objectif. En 2015, l’acteur Johnny Depp est accusé de violences conjugales envers son ex-épouse Amber Heard, photos à l’appui. Bien que cette affaire n’ait pas été tranchée, on a assisté à tout un déballage de « slut-shaming envers Amber Heard« . Accusée d’être une croqueuse de diamants et briseuse de ménage. Alors qu’aujourd’hui les faits sont avérés. Les multiples accusations d’agressions sexuelles contre Roman Polanski ont-elles empêché le festival de Cannes de le nommer président du jury en 2016 ?

Le silence des victimes peut s’expliquer par la conscience du désintérêt voire des représailles qu’impliquerait la prise de parole. Si les affaires Weinstein et Richardson peuvent constituer une amorce vers la fin de l’omerta pesant sur les questions de harcèlement sexuel, il ne faut tout de même pas oublier que la majorité des cas restent impunis. Pour rester sensible à cela, allez faire un tour sur #BalanceTonPorc.

Crédit photo : meltystyle.fr

Léonie Maillard

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