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Harcèlement sexuel : lutte du féminisme 2.0 sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux s’emparent de sujets comme le harcèlement sexuel ou le sexisme ordinaire pour lutter contre ces phénomènes passés sous silence.

A la suite de l’affaire Weinstein, la twittosphère a été ébranlée par un large mouvement contre le harcèlement et les agressions sexuelles envers les femmes : comment comprendre ce mouvement de masse ?

La place des réseaux sociaux aujourd’hui donne un second écho à la parole citoyenne. Alors que les médias classiques étaient l’unique biais de transmission de témoignages, les réseaux sociaux multiplient de manière qualitative et quantitative des histoires plus banales. Certes moins vendeuses, mais non pas moins importantes. C’est ce qui se joue en ce moment avec une montée de dénonciations d’agressions sexuelles, de harcèlements sexuels ou de sexisme ordinaire.

Qu’est-ce que le sexisme ordinaire ? C’est le sexisme banalisé qui ne passe plus pour une discrimination. Il est au cœur du combat féministe actuel puisqu’il vise à dénoncer des comportements qui sont socialement acceptés. C’est par exemple intégrer l’idée que la femme est un être purement esthétique, qu’il est donc normal (voire plaisant pour elle parfois) de constamment donner une opinion sur la façon dont elle gère son corps.

On peut prendre pour illustration Charlie Danger, créatrice de la chaîne Youtube de vulgarisation historique « Les revues du monde ». Dans une vidéo du collectif des Internettes, qui a volonté de faire parler les femmes de Youtube, elle explique que sous ses publications elle a autant de commentaires sur son physique que sur son travail. Un youtubeur, proposant le même type de contenu de vulgarisation, n’aura pas ce problème dans ses commentaires. Cette différence s’explique par l’idée que le physique de la femme est un sujet sur lequel on a le pouvoir sinon le devoir de donner son opinion. Le corps de la femme appartient à la société. Cet exemple de sexisme ordinaire n’est qu’une facette d’un système qui peut s’appliquer partout et tout le temps, pouvant prendre notamment la forme du harcèlement.

Un phénomène qui fait du bruit

De toutes parts surgissent dans les médias des contenus visant à dénoncer les différents phénomènes de sexisme ordinaire : de la célèbre vidéo de Marion Séclin, aux micro-trottoirs de Guillaume Meurice sur France Inter. Jusqu’à plus récemment, le compte Instagram de Noa Jansma : une étudiante qui a décidé de se prendre en selfies avec chacun de ses harceleurs pendant un mois (voir @dearcatcallers). Pourquoi le harcèlement qu’il soit au travail, dans la rue, ou sur les réseaux sociaux est-il une problématique si actuelle ? Parce que les comportements des harceleurs sont acceptés par le corps social. Par conséquent, les condamner provoque un débat. En effet, il y a une incompréhension massive des limites entre compliment, drague et harcèlement.

Certains diront que la drague de rue est un élément social. Le blâmer serait blâmer les rapports homme/femme, donc participer au sexisme. Cela pourrait être vrai si tout un système médiatique, politique et social ne faisait pas de la femme un objet sexuel. Il n’y a qu’à voir les publicités où des femmes à moitié nues sont au bord de l’orgasme quand elles mangent un Perle de Lait.

Dans l’inconscient collectif, la femme, réduite à un objet sexuel, consent par défaut. Cela peut mener à des dérives graves, notamment à des agressions physiques ou sexuelles. Si elle se déplace dans la rue, elle consent potentiellement à se faire aborder. Attirante, elle consent potentiellement à se prendre une main au cul. Si la situation s’y prête, elle consent potentiellement à une relation sexuelle. Cependant, le consentement n’est pas un prérequis, et c’est quand on prend le consentement pour acquis qu’il y a transgression. Ainsi, n’importe qui peut être acteur ou victime de ce type de comportement. On ne le dira jamais assez. Il n’y a consentement que lorsqu’il y a un « oui » explicite.

#Balancetonporc, #Metoo, #Yotambien

Tout le monde a entendu parler de l’affaire Weinstein : producteur accusé d’agressions sexuelles dont la liste des victimes s’allonge de jour en jour. Cette affaire est d’autant plus marquante qu’il s’agit d’agressions passées sous silence alors qu’elles étaient connues de nombreuses personnes. En réponse à ce scandale, les réseaux sociaux sont le théâtre d’une déferlante de messages relatant des expériences de harcèlement. D’abord en France avec le #balancetonporc, ayant fait polémique pour sa formulation maladroite. Mais ensuite et surtout avec le #metoo, décliné en #moiaussi #yotambien, etc. L’initiative a été lancée par Alyssa Milano, actrice et activiste américaine, dans un tweet invitant les femmes victimes d’agression à s’exprimer.

Des milliers de témoignages de femmes et même parfois d’hommes ont répondu à l’appel. Depuis, le #metoo devient un « trending topics » qui agite les médias.

Un cri de douleur généralisé

Si on privilégie un # à une plainte, c’est parce que les démarches sont difficiles. Faute de preuves les procédures aboutissent rarement. En outre, « 95% des femmes qui dénoncent des faits pour harcèlement sexuel perdent leur emploi ». C’est ce que témoigne la soirée dédiée au harcèlement sexuel diffusée mercredi 11 octobre sur France 2. Ce hashtag est important. Tout le monde a des réseaux sociaux et des milliers de femmes ont des expériences à partager. La parole se libère depuis qu’on prend en compte les harcèlements et agressions sexuelles comme de graves délits.

Ce mouvement de masse débanalise un scandale commun à beaucoup. Ce qui a été passé sous silence devient un cri de douleur généralisé. Le but n’est pas de « balancer » comme le suggérait notre hashtag national, mais bien de témoigner. On ne peut plus ignorer ce problème depuis que les langues se délient massivement. Il est temps d’agir. Déjà, des ébauches de réactions ont commencé à voir le jour de la part de harceleurs ayant réalisé leurs méfaits avec le #Ivedonethat. Mais le mouvement ne semble pas avoir pris. D’autres célébrités ont d’ailleurs été accusées d’agressions sexuelles cette semaine. Gilbert Rozon, juré de La France a incroyable talent (dont M6 a annulé la programmation suite à la polémique), mais aussi l’ex-ministre Pierre Joxe.

Toutes les femmes, même sans le savoir ont nécessairement un exemple de ce genre d’expérience, dans leur vécu ou dans leur entourage. D’après un sondage Odoxa-Dentsu consulting, plus d’une femme sur deux a déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle.

Si vous voulez parler de votre vécu, Sorb’on lance un appel à témoignage en vue de la création d’un dossier traitant du harcèlement dans le milieu étudiant. N’hésitez pas à nous contacter à l’adresse email : temoignages-sorbon@oulook.fr

1 commentaire

  • Donc si j’ai bien compris votre argumentaire, avant de complimenter une femme sur sa beauté ou lui proposer d’aller boire un verre, il faut qu’elle consente à recevoir ce compliment ou cette invitation ? Vous pratiquez la télépathie ?
    J’ai bien peur qu’en voulant à tout prix lutter contre ce que vous appelez le « sexisme ordinaire » (complimenter les femmes sur leur beauté, etc…), Vous ne passiez à côté des vrais combats qui consistent à lutter contre le viol, les agressions sexuelles et le véritable harcèlement sexuel.
    Et non, vous ne pouvez descemment retorquer que faire des compliments aux femmes participe à la « culture du viol » car tous les dragueurs ne sont évidemment pas des violeurs en puissance. Le rejet massif qu’a provoqué la vidéo de Marion Seclin le prouve indéniablement.

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