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De la nécessité d'une Europe de la Défense dans un monde de menaces protéiformes

« Alors que le président de la République, Monsieur Macron, multiplie les déclarations en faveur d’une « Europe de la Défense » comme lors de son discours sur l’Europe mardi 26 septembre devant des étudiants de la Sorbonne, la nécessité de celle-ci se dégage de l’analyse de la situation actuelle et des défis majeures que l’Union Européenne se doit de relever pour pérenniser sa sécurité et celle de ses citoyens. »

« Ce qui manque le plus à l’Europe aujourd’hui, à cette Europe de la Défense, c’est une culture stratégique commune ». C’est par cette déclaration que le chef de l’État a appelé hier à la Sorbonne à un renouveau de « l’Union Européenne en matière de Défense et de Sécurité Commune ».

Le Constat d’un vide dans la protection de l’Union Européenne …

Si l’idée d’une « Europe de la Défense » peut paraitre désuète à de nombreuses personnes du fait de l’absence de guerre conventionnelle depuis le milieu du siècle dernier, force est de constater que l’équilibre de la paix hérité de l’ordre post guerre froide n’est plus. Les menaces communautaires comme le terrorisme djihadiste mais aussi les revendications de puissance de la part d’États comme la Russie ou la Corée du Nord, obligent à repenser la notion de défense et de sécurité à l’échelle européenne.
Les pays européens font face à des situations très différentes en ce qui concerne leurs forces armées. Si la France possède une force de dissuasion nucléaire propre, cela n’est pas le cas des autres pays européens et ce, d’autant plus depuis le Brexit. La situation au regard des moyens militaires est elle aussi extrêmement dissemblable d’un pays à l’autre. Bien que les pays comme la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie possèdent des forces armées d’un niveau reconnu, cela n’est pas le cas de tous les pays européens qui se sont reposés, soit sur une tradition de relative absence de relation belliqueuse, soit en s’appuyant grandement sur l’OTAN pour assurer leur défense. Et c’est sur ce point que la nécessité d’un renouveau de « l’Europe de la Défense » se fait sentir.
En effet, le président des États-Unis, Monsieur Trump, souhaite que les États membres de l’Otan participent de façon plus « équitable » au budget de cette organisation afin de pouvoir continuer à profiter de la protection des forces de celle-ci, forces largement issues des rangs de l’armée américaine. Ce double constat d’une inégalité profonde entre les États en ce qui concerne leurs moyens de défense et d’une possibilité de précarisation de la protection militaire que représente l’OTAN amène à repenser la nécessité d’une « Europe de la Défense ».

…Auquel s’ajoute une extension des menaces possibles.

Depuis les attaques terroristes des groupuscules extrémistes et indépendantistes à travers toute l’Europe jusqu’à celles issues d’un terrorisme islamique, l’Europe fait face sur son territoire à une insécurité croissante à laquelle les services de sécurité et les forces armées nationales peinent, malgré un travail titanesque, à éviter. Avec un certain recul, nombre d’analystes ont pu montrer qu’une meilleure coordination des politiques de sécurité et de défense à l’échelle européenne pourrait permettre d’améliorer l’efficacité des forces armées et donc la sécurité à l’échelle du continent entier. Si la menace issue du terrorisme islamique occupe la majorité de l’espace médiatique et des préoccupations des citoyens européens, elle n’est cependant pas la seule. En effet, on peut mettre en relief trois autres menaces pouvant affecter la sécurité à l’échelle de l’Union Européenne.
Tout d’abord l’expansionnisme du Président Poutine. En effet, la Russie a opéré une conquête territoriale aux portes de l’Europe en annexant plus ou moins militairement la Crimée, péninsule sud de l’Ukraine, un État aux portes de l’Union Européen oscillant depuis le début du siècle entre volonté d’européanisation et attachement à la Russie héritière de l’URSS. Bien que la situation soit différente et la menace toute autre, l’histoire doit nous rappeler que les premières invasions du Troisième Reich étaient elles aussi acceptées dans une relative indifférence par les nations du monde entier. Aujourd’hui ce sont les Etats baltiques qui redoutent l’appétit du géant Russe. Or, cette possibilité qu’à la Russie de pouvoir se montrer dominante dans des régions à la périphérie de l’Europe n’est pas sans lien avec la relative faiblesse des dispositifs de défense européens et l’absence d’une réelle dissuasion émanant de l’Union Européenne.
À cela s’ajoute les nouvelles formes de guerres et de criminalités auxquelles l’Union Européenne est d’ores et déjà confrontée, c’est le cas notamment de la cybercriminalité et du cyber terrorisme. Or sur ce point-là, l’Union Européenne manque encore d’une réelle politique commune de développement et de recherche nécessaire à la protection de ses intérêts. Pris séparément, les États de l’Union Européenne ne possèdent pas les capacités matérielles et humaines pour développer des protections suffisantes face à ces menaces. C’est là que l’Union Européenne doit jouer son rôle de fédérateur en mutualisant les moyens et les programmes de recherche afin qu’une « Défense » solide face à ces nouvelles menaces soit mise au point d’ici au début du siècle prochain, sous-peine de quoi l’ensemble des données Européennes seraient en « libre accès » à l’échelle mondiale.
Pour finir, l’état de déséquilibre latent des relations géopolitiques à l’échelle planétaire nécessite une voix et une capacité d’action communes de la part de l’Union Européenne, que ce soit dans la lutte militaire contre le terrorisme islamique en Irak et en Syrie, une diplomatie forte et intransigeante face aux menaces d’Etats cherchant à perturber l’ordre mondial comme c’est le cas aujourd ‘hui avec la course au nucléaire de la Corée du Nord.
 
Au fond, « l’Europe de la Défense » ne doit pas être perçue comme une volonté mégalomane issue de la pensée d’un individu ou d’un groupe particulier mais comme une nécessité dans un monde en tension, où les menaces sont à la fois « global » (au sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire internationale) et « glocal » (c’est-à-dire ancrées sur un territoire mais ayant des implications à l’échelle du globe). Si pour certains réarmer l’Europe c’est la fédéraliser, il en est en réalité de la sauvegarde du modèle européen qui, sans un projet commun protéiforme, dont « l’Europe de la Défense » n’est qu’une ramification, pourrait bien voir le cas du Brexit s’exporter à d’autres membres. Aucun pays européen ne peut se passer de l’Europe mais elle ne peut survivre sans un nouveau souffle, l’horizon semble désigner « un projet de Défense » commune comme catalyseur des énergies européennes. Il ne reste plus qu’à souhaiter que cette fois le projet ne soit pas tué dans l’œuf.

Félix Deltour

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