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Avec Protect MADA', des étudiants de Montpellier se mobilisent pour Madagascar

Au nord-ouest de Madagascar, le district d’Analalava regorge de beauté. En face, à quelques heures de navigation, se trouve l’île de Nosy Lava, petit paradis de biodiversité bien caché. Ancien bagne de Madagascar, Nosy Lava est un territoire isolé : pas d’eau courante ni de supermarché, ici on se lave à l’eau du puits, on […]

Au nord-ouest de Madagascar, le district d’Analalava regorge de beauté. En face, à quelques heures de navigation, se trouve l’île de Nosy Lava, petit paradis de biodiversité bien caché. Ancien bagne de Madagascar, Nosy Lava est un territoire isolé : pas d’eau courante ni de supermarché, ici on se lave à l’eau du puits, on pêche et on oublie la WiFi. Mais le calme du peuple Sakalava et l’incroyable richesse naturelle de l’île sont menacés par la surpêche, le pillage et la corruption extérieure.

Afin de préserver durablement Nosy Lava, six étudiants en Licence d’Écologie et Biologie des Organismes à Montpellier se mobilisent pour la création d’une aire marine protégée. Grâce au soutien des associations Pelle M’L et Opti’Pousse Haie (OpH), Gaël, Marie, Ninon, Florine, Tiffany et Quentin réaliseront cet été un voyage humanitaire et environnemental à Madagascar.

Rencontre avec Gaël Mariani, un des six membres du projet Protect MADA’.

Salut Gaël, peux-tu présenter votre projet Protect MADA’ ?

Salut ! Protect MADA’ a pour but de mettre en place une aire marine à gestion communautaire, projet initié par l’association malgache Opti’Pousse Haie. On va faire un comparatif entre une mangrove endommagée proche de la ville et une mangrove préservée sur l’île de Nosy Lava où il y a très peu d’habitants. On va aussi sensibiliser la population malgache qui devra gérer cette aire marine protégée. Les Malgaches sont déjà très sensibles à l’écologie mais on va les aider à porter ce combat devant les autorités. Ils ont leur connaissance du terrain, nous on a les outils scientifiques donc on va travailler main dans la main. On va également apporter une aide humanitaire aux enfants malgaches en soutenant leur scolarité, ça passera par l’apport de matériels et des animations.

Une aire marine protégée à gestion communautaire, concrètement qu’est-ce que c’est ?

Des scientifiques, des étudiants et l’association OpH vont faire des relevés biologiques et écologiques pour prouver la valeur des ressources naturelles de l’île devant les autorités. Comme la population locale veut protéger ces richesses, OpH aide les Malgaches à mettre en place un système de gestion par la population et non par le gouvernement. « À gestion communautaire » ça veut dire c’est la communauté qui décide du règlement, assure le contrôle et veille directement sur son environnement. Comme ça on élimine les intermédiaires trop souvent corruptibles et désintéressés.

Comment s’est établi le contact avec les habitants de l’île ?

ll y a deux ans, les fondateurs de l’association OpH ont rencontré les représentants de la communauté d’Analalava. Ils ont discuté des problèmes comme la diminution des prises de pêche et le braconnage. C’est là que la décision de mettre en place cette aire marine protégée est née.

Avec les cinq autres étudiants, pourquoi avoir choisi Madagascar comme destination ?

Madagascar est un pays connu pour sa biodiversité incroyable ! Malheureusement, en tant que pays en développement, les Malgaches ne bénéficient pas des mêmes outils que nous pour protéger leurs terres. Notre engagement, c’est de partager notre passion pour remédier, ne serait-ce qu’à petite échelle, à ce problème d’envergure planétaire. On a pris connaissance de l’existence de ce projet grâce à l’association Pelle M’L et on s’y est reconnus, humainement comme scientifiquement, alors nous voilà !

Protect MADA’ s’articule autour de trois pôles : la science participative, la pédagogie et l’écologie. Pourquoi est-ce que la pédagogie est l’axe le plus important du projet ?

Si notre projet de mise en place d’aire marine protégée aboutit, ce sont les habitants qui devront la gérer. Il faut donc un partage de connaissances, des échanges. Notre pôle pédagogie a vraiment pour but d’être un moment de partage mutuel où chacun exposera ses idées.

Vous allez aussi sensibiliser les enfants malgaches à l’écologie. Comment ?

Ça sera un peu différent avec les enfant parce qu’ils sont jeunes et qu’il y a la barrière de la langue, donc on ne va pas débattre de la gestion de l’aire marine avec eux. Mais on organisera des sorties terrain avec palmes- masque-tuba, parce qu’il y a très peu d’enfants malgaches qui ont déjà vu ce qui se passait sous l’eau, pour eux ce sera quelque chose d’inédit. En plus de ces sorties terrains dans l’eau, il y aura des sorties pour observer les oiseaux avec les jumelles, pour observer la mangrove et voir ce qui s’y passe. Donc ce ne sera pas de l’écologie pure et dure, ce seront plus des sorties terrains pour les initier et leur faire prendre goût à la protection de la nature.

Est-ce que les enfants malgaches et montpelliérains vont être amenés à se rencontrer ou vont communiquer ?

Avec UniverlaCité, une structure de l’Université de Montpellier, et son bras droit Pelle M’L, on intervient dans les écoles ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire) de Montpellier pour sensibiliser les enfants aux problèmes écologiques. On participe à cette action en mettant en place un partenariat durable entre les enfants malgaches et les enfants montpelliérains. Les enfants montpelliérains sont en train de faire des petites maquettes avec les animaux typiques qu’il y a en France, et les enfants malgaches feront la même chose donc on pourra échanger comme ça. Il y a aussi un herbier qui va être apporté de France.

La faune de Madagascar n’a rien à voir avec celle de Montpellier. Là-bas on trouve des caméléons, des poissons multicolores et même des requins. Vous allez l’intention de faire des expériences même avec les requins ?

C’est vrai qu’il y avait pas mal de requins, malheureusement il y en a moins maintenant ! Avec David Mouillot, un chercheur, on est en train de mettre une expérience en place. Le but c’est de mettre des caméras appâtées, donc on va mettre des caméras au fond de l’eau avec deux bras qui vont sortir de la caméra, on va mettre des appâts au bout de ces deux bras pour attirer les requins, les comptabiliser et les identifier. Les requins sont en haut de la chaîne alimentaire et ce sont des espèces hyper importantes dans le maintien des écosystèmes.

Donc les requins, ça ne te fait pas peur ?

Non, j’adore les requins, on adore tous ça. Sur les six étudiants qui partent à Madagascar, cinq font partie d’une association montpelliéraine étudiante qui s’appelle Aileron et qui a pour but de protéger les raies et les requins de Méditerranée. C’est ça aussi qui nous a donné envie de partir à Madagascar, c’est de travailler avec les requins et de potentiellement en voir.

Est-ce que vos professeurs à l’université soutiennent votre projet ?

Oui, il y a pas mal de profs à la fac qui sont derrières nous. Le directeur de la licence 3 Pierric Labbé nous soutient et nous donne des conseils sur les protocoles, il nous envoie vers d’autres profs qui sont spécialistes des requins, des mangroves ou des insectes, ça permet d’établir un contact plus facile avec d’autres profs. C’est aussi notre tuteur de stage, il s’occupe de nous. Le chercheur David Mouillot dont je t’ai parlé nous aide aussi.

En tant qu’étudiant en écologie, quel est ton avis sur la politique actuelle, en France mais aussi à l’étranger avec Trump par exemple ? Est ce qu’on s’améliore sur le plan de l’écologie ou est-ce qu’on recule ?

Ça dépend beaucoup de qui est élu et de qui peut être élu. Trump fait beaucoup parler de lui à vouloir renoncer aux accords de Paris, c’est sur que ça n’arrange pas beaucoup la situation écologique. La COP 21 a plutôt été une bonne chose, ça aurait pu être mieux mais c’est déjà pas mal, maintenant il faut que ça soit respecté. Pour la France, l’écologie n’est pas beaucoup au centre des élections alors que c’est quelque chose qui est vraiment important pour l’avenir. Personnellement je trouve que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont les deux seuls qui ont un bon projet écologique et qui sont assez visionnaires au regard des pesticides et du nucléaire. En revanche il manque certaines choses, comme la protection des requins en Méditerranée par exemple, on n’en parle pas assez. 50% des espèces de requins de Méditerranée sont menacées d’extinction et il n’y a pas vraiment de plan en France pour les sauver. Ça n’intéresse pas les politiciens du coup ce sont les associations qui endossent cette responsabilité.

Pourquoi est-ce important que tous les étudiants et tous ceux qui nous lisent vous aident à financer ce projet, même en mettant une petite somme ?

C’est important que tout le monde s’investisse dans un projet qui est porté par des Français mais qui va faire rayonner la France à Madagascar et qui surtout aura un impact positif sur les conditions de vie des communautés locales. C’est super important que les gens ne s’investissent pas seulement pour leur pays mais aussi pour le monde, pour aider les pays qui sont défavorisés, qui ont des soucis financiers et écologiques. Si chacun apporte un peu son aide et sa contribution, ça ne rendra que le monde meilleur ! Tout le monde peut apporter une pierre à l’édifice, la solidarité est très importante dans ce type de projet.

Le 4 juin, Gaël, Marie, Ninon, Florine, Tiffany et Quentin s’envoleront pour l’océan Indien. Grâce à la solidarité des peuples sakalava et des associations OpH et Pelle M’L, ils vont réaliser cette aventure humanitaire et écologique qui leur tient tant à cœur. Nelson Mandela disait : « Le continent africain est déjà conscient de l’importance de l’environnement. Mais la plupart des problèmes du continent en matière d’environnement découlent simplement de la pauvreté et du manque d’éducation. » Ces paroles, toujours d’actualité, résonnent en cœur avec Protect MADA’ et la mise en place d’une aire marine protégée.

Pour les aider à financer Protect MADA’, c’est par ici, jusqu’au 18 mai. Chaque don, même minime, leur est utile et permettra de participer à l’achat de matériel scientifique, aux vaccins et à l’aboutissement de leur travail.

Albane Guichard

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