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Blocage de Villepinte : ça gronde en prison

Ce jeudi 13 avril 2017, la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine Saint-Denis, a été bloquée par les surveillants pénitentiaires. Au total, près de 80 fonctionnaires se sont rassemblés pour exprimer leur colère et leur désarroi face à la surpopulation des prisons et des conditions de travail devenues intenables. D’autres mouvements de blocage sont prévus […]

Ce jeudi 13 avril 2017, la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine Saint-Denis, a été bloquée par les surveillants pénitentiaires. Au total, près de 80 fonctionnaires se sont rassemblés pour exprimer leur colère et leur désarroi face à la surpopulation des prisons et des conditions de travail devenues intenables. D’autres mouvements de blocage sont prévus pour la semaine prochaine.

Les pancartes qu’ils brandissent parlent d’elles-mêmes : « Ma prison va craquer, 200 % surpopulation », « Surveillants tabassés en toute impunité, c’est notre réalité », « fier de fervir la vustice » avec la photo d’un homme gravement blessé … Ils, ce sont les surveillants pénitentiaires qui se sont rassemblés, ce jeudi 13 avril au petit matin, devant l’entrée de la prison de Villepinte. Assignés à cette dernière ou provenant d’autres maisons d’arrêts, ils sont venus s’entraider et exprimer ensemble leur colère.

Une banderole au-dessus de l’autoroute. Crédits photo : Alexandra Segond

Les motifs ? Surpopulation des prisons, tensions qui s’aggravent entre les gardiens et les détenus, conditions de travail de moins en moins sécurisées … Ainsi, 1117 prisonniers cohabitent derrière les barreaux de la prison de Villepinte un nombre beaucoup trop important pour les 587 places initiales. « Quand on est sur un bâtiment, on a deux ailes à gérer, ce qui fait cent détenus par gardien », raconte Julien en rajustant son dossard du Syndicat Pénitentiaire des Surveillants (SPS). « Ça devient vite très compliqué. Tous les jours, c’est des insultes, des menaces, des violences verbales et physiques. J’ai un collègue qui a reçu récemment un bol d’urine en pleine figure ». Un autre surveillant renchérit : « Moi, je connais un gardien qui s’est fait attaquer par un détenu avec une paire de ciseaux. Ça s’est passé très vite, ç’aurait pu être très grave, d’autant plus que le prisonnier s’était enduit le corps d’huile pour ne pas qu’on puisse le saisir. Des situations comme ça, ce n’est plus tenables ».

Si les ciseaux à bout rond sont autorisés, d’où peut provenir l’huile ? De l’extérieur ? Rien de plus facile, me répond-on, car l’article 47 de la loi pénitentiaire interdit les fouilles systématiques à l’entrée des prisons pour les visiteurs extérieurs. Lors des trois visites hebdomadaires accordées à chaque prisonnier, il est alors aisément possible de faire passer des armes en céramique ou des téléphones portables en plastique qui ne sonneront pas aux détecteurs de métaux.

« J’ai une boule au ventre quand je vais travailler »

Isolement, insécurité, sentiment d’être démuni … Chacun crie sa colère, mégaphone à la main, pancartes brandies, autour des restes de pneus brûlés plus tôt dans la matinée. Face à des détenus de plus en plus nombreux, le personnel se retrouve rapidement en sous-effectif, ce qui peut devenir très dangereux, d’autant plus que les prisonniers en ont conscience. On estime ainsi qu’une agression a lieu toutes les 48h à Villepinte.

« Pour les détenus, c’est la récréation ; pour nous, c’est l’enfer », peste Julien. Certains surveillants ne tiennent plus le coup moralement et vont jusqu’à se mettre en arrêt maladie pour éviter de retourner travailler dans des prisons qui n’assurent plus leur sécurité. La tension est palpable devant la prison de Villepinte. Un manifestant me confie qu’il votera peut-être pour Dupont-Aignan. « Il est venu plusieurs fois à Villepinte, sans s’annoncer, il a ainsi pu voir la réalité des prisons et esquisser des mesures qui pourraient désengorger nos prisons et remplumer notre personnel. » Pas question donc de relâcher la pression, et continuer à se battre pour faire entendre sa voix à dix jours du premier tour des présidentielles.

Alexandra Segond

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