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Voyageur, touriste ou volontouriste ?

Thaïlande, Colombie, Madagascar… C’est décidé, c’est le moment de changer d’air et de profiter des vacances universitaires et des tarifs hors saison pour révéler les couleurs chatoyantes de notre Scratch map. Plus engagé que le tourisme et moins solitaire (et moins sexy, avouons-le) que le voyage de hipsters, vous pouvez en appeler au volontourisme. Ce […]

Thaïlande, Colombie, Madagascar… C’est décidé, c’est le moment de changer d’air et de profiter des vacances universitaires et des tarifs hors saison pour révéler les couleurs chatoyantes de notre Scratch map.

Plus engagé que le tourisme et moins solitaire (et moins sexy, avouons-le) que le voyage de hipsters, vous pouvez en appeler au volontourisme. Ce mot valise intrigant mais attirant semble nous proposer à la fois de découvrir les lieux touristiques à ne pas manquer d’un pays et de rencontrer des personnes qui y vivent, et ceci certainement de la manière la plus authentique qui soit, car vous vous grefferez aux activités utiles au quotidien des locaux. La pratique du volontourisme existe depuis quelque temps maintenant et n’est donc pas restée au stade de l’effet de mode. En plus de la rencontre et de l’expérience humaine qu’il propose, le volontourisme promet en général de repartir de son séjour avec une estime de soi regonflée à bloc et procure ce plaisir incomparablement valorisant que l’on ressent après nous être rendu utile.

En effet, comme le reporte Lucas Peterson, un chroniqueur de voyage dans un article de septembre 2016 sur les croisières de volontourisme (article en anglais du NYTimes), le volontourisme semble offrir « le meilleur des deux mondes ; être en vacances et se rendre utile à la communauté tout en s’amusant et en rencontrant des personnes fantastiques ». Même s’il existe bien sûr des communautés lésées dans tous les pays du globe, y compris les plus développés, ce sont en majorité les pays en développement ou moins avancés qui sont concernés par l’offre toujours bienvenue des volontouristes qui voyagent avec l’intention légitime d’offrir leur service aux communautés des régions dans lesquelles ils séjournent.

Si la formule du volontourisme semble entièrement positive, l’article de Peterson nous expose également les premiers problèmes et dilemmes posés par ces activités pour touristes volontaires. Le volontourisme permet un contact sincère avec la population du pays hôte, mais aussi des enfants, lors de cours de langues étrangères dans des organismes privés ou des orphelinats, par exemple. Il ne faut pas perdre de vue que ces enfants peuvent s’attacher à des personnes venues partager leur quotidien seulement pendant quelque temps. Sans compter que voir des professeurs d’un jour ou de quelques semaines se succéder ne permet pas forcément un apprentissage fluide.

Peterson se demande également pourquoi encourager des touristes non qualifiés à payer des centaines d’euros pour participer à un programme humanitaire alors que cet argent serait bien mieux utilisé s’il servait à former des travailleurs locaux, par exemple. Sans prétendre apporter un changement immense à la population, des activités « écologiques » telles que la reforestation sont-elles seulement pertinentes lorsque les quelques arbres plantés par un groupe de touristes ne suffiraient même pas à compenser l’empreinte écologique laissée par le carburant du paquebot (dont des chambres sont accessoirement décorées de bois tropicaux) ou de l’avion qui les a transportés jusqu’à leur lieu de vacances ?

Une question morale se pose même dans des cas tels que ceux présentés dans un documentaire d’Envoyé Spécial diffusé le 2 mars 2017 et consacré au volontourisme. Dans cet exemple, les touristes aident à la construction de filtres à eaux qui seront ensuite apportés dans un village dans la région de Bangkok. Chaque touriste donateur a ensuite le droit à une plaque à son nom apposée sur le filtre, ainsi qu’une photo rapide avec la famille bénéficiaire. Beaucoup desdits filtres ne fonctionnent plus ensuite, car la qualité et l’entretien semblent être en option dans la formule et personne ne s’est préoccupé d’apprendre aux habitants bénéficiaires de ces puits à les entretenir eux-mêmes, ce qui se traduit par des dons de matériels inutilisables à moyen et long-terme, un gâchis de matériaux et surtout la perpétuation de la dépendance de ces habitants qui vont avoir besoin d’un nouveau puit, que des volontouristes bienveillants viendront sûrement leur apporter, et ainsi de suite…

Si la responsabilité de vérifier que les actions sont effectives et durables incombe bien aux organismes qui proposent de telles activités aux volontouristes, il appartient à ces derniers de vérifier qu’ils ne participent pas tout simplement à une chaîne davantage commerciale qu’humaine et dont le dernier chaînon aboutirait sur l’encouragement de la dépendance des pays en développement sur le bon vouloir et les bonnes actions du « bienfaiteur/ sauveur occidental ». De plus, la question de la « photo souvenir » et de la promotion de l’image de soi dans une situation de ce genre est intéressante. Par exemple, nous ne nous prendrions pas en photo dans une rue de Paris avec une personne sans domicile fixe à qui nous aurions donné quelques pièces, bien que l’aide serait également bienvenue dans l’immédiat. Néanmoins, ces photos-là circulent rarement sur Instagram, Snapchat et les autres réseaux sociaux, et pour cause.

Se retrouver dans un pays étranger nous permet de sortir de notre zone de confort et de nous découvrir de nouveaux talents et intérêts. Nombreux sont ceux d’entre nous qui recherchent en priorité la fameuse liberté, le dépaysement ou l’inhibition qui accompagnent nos vacances, certainement en grande partie car nous cherchons à prendre de la distance avec les responsabilités ainsi que les pressions professionnelles ou sociales avec lesquelles nous apprenons à vivre au quotidien. Notre envie de bien faire lors de nos séjours à l’étranger est certainement bien présente et utile. Pour certains, il s’agirait même d’un sens du devoir, comme l’explique une dame retraitée dans le reportage d’Envoyé Spécial : « j’ai de la chance de m’être construit un niveau de vie satisfaisant là où je vis, maintenant je sens qu’il faut également que je donne ».

Cependant, notre sens des responsabilités ne doit pas être leurré voire mis en berne simplement parce qu’il nous semble que le pays de nos vacances présente moins de « contraintes », qu’elles soient administratives ou autres. Car il s’agit certes d’un passage ou d’un séjour pour nous, mais c’est bien la vie quotidienne de familles que l’on bouscule lorsqu’on leur annonce que des cars entiers de touristes étrangers arrivent pour leur construire des puits ou des pompes afin d’approvisionner leur quartier ou leur village en eau potable.

Bien sûr, il ne faut pas omettre les points positifs de l’expérience en volontourisme, à commencer par les rencontres extraordinaires qui en résultent ou le fait d’être resté autrement actif et positivement curieux lors de ses vacances, autant d’aspects que les dérives de certains ne doivent pas entacher. Le tout étant de nous questionner sur nos intentions, de celles de ceux qui nous proposent de nous rendre « utiles », et de se demander ce qu’en penseraient les personnes que nous prétendons aider, puis éventuellement qu’en restera-t-il de notre aide après notre passage ? On peut facilement imaginer que les personnes que nous voulons aider seront toujours plus fières de pourvoir elles-mêmes à leurs besoins et à ceux de leurs enfants que de compter sur des étrangers -aussi bienveillants soient-ils- de passage.

Le volontourisme fait donc partie des nouvelles façons de voyager et de vivre une expérience en tant que bénévole à l’étranger, tout comme le woofing pour citer un autre exemple, qui sont pleins de promesses de partage et de solidarité. Ainsi, même s’il est tentant de « tester » de nouvelles choses, « se contenter » de planter un arbre, là où le besoin est grand et constant, portera souvent des fruits plus sains que de décider d’aller couler du béton ou construire une pompe sans aide ni formation préalable, même si la photo souvenir serait incontestablement plus inédite.

Gilberta Alinarivo

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