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Arbitrage vidéo : vers une équité sportive dans le football

C’est une révolution, et pas des moindres, qu’a connue le Stade de France lors du match amical qui opposait la France à son voisin espagnol. Pour la première fois en France, lors d’un match international, l’arbitrage vidéo a été utilisé, à bon escient, pour le match des Bleus et ce à deux reprises. L’assistance vidéo […]

C’est une révolution, et pas des moindres, qu’a connue le Stade de France lors du match amical qui opposait la France à son voisin espagnol. Pour la première fois en France, lors d’un match international, l’arbitrage vidéo a été utilisé, à bon escient, pour le match des Bleus et ce à deux reprises. L’assistance vidéo a entraîné l’annulation du but français, par Antoine Griezmann (48e minute), et la validation d’un but espagnol marqué par Gerard Deulofeu (0-2, 77e minute).

Les hostilités sont lancées entre les défenseurs de l’arbitrage vidéo et les détracteurs de ce système. Lors de la confrontation amicale entre les Bleus et l’Espagne, l’assistance vidéo a été utilisée, pour la première fois en France, pour épauler l’arbitre allemand, Felix Zwayer. Ce dernier s’est servi de l’arbitrage vidéo à deux reprises ce qui a engendré, dans un premier temps, l’annulation du but d’Antoine Griezmann (48e), sur un hors-jeu bien réel, du latéral gauche français Layvin Kurzawa. Le second fait de jeu, où l’arbitrage vidéo est impliqué, est sur le but de Deulofeu (77e) ; au terme d’une action bien menée, l’Espagnol voit d’abord son but refusé, pour une position de hors-jeu, avant d’être finalement accordé par la vidéo. L’arbitrage vidéo a donc permis de corriger à deux reprises les mauvaises appréciations arbitrales ce qui a rendu justice aux Espagnols mais a nourri l’amertume de certains Français.

Le débat est ouvert

Les deux décisions de l’arbitrage vidéo ont été en faveur des Espagnols, ce qui peut expliquer la frustration de certains joueurs français à l’encontre de ce nouveau système arbitral comme Kevin Gameiro, l’attaquant de l’Atlético de Madrid , qui juge que : « ça casse un peu la beauté du match. Quand tu fêtes un but et qu’on te l’annule deux minutes après, c’est rageant, ça met un coup derrière la tête », ou encore Layvin Kurzawa qui se montre plus tranchant : « ça a tué notre match ». Le principal problème pointé par les détracteurs de l’arbitrage vidéo est le temps d’attente, jugé trop long, pour prendre une décision comme le souligne le Lyonnais Corentin Tolisso : « On a attendu pendant deux ou trois minutes. Ça dénature un peu le jeu ». Layvin Kurzawa, sceptique, abonde en ce sens :  « On a toujours eu l’habitude de jouer sans temps mort. Là, on attend, on est sur le terrain, on ne bouge pas. C’est un peu troublant ». En réalité, la première intervention de l’arbitrage vidéo a duré 54 secondes et la seconde que 42 secondes ce qui contredit l’argumentaire d’un match haché, coupé par l’arbitrage vidéo, sachant que la faute de Sergio Ramos et le double changement, effectués à la 78e minute, ont engendré un arrêt de jeu de 54 secondes, soit un arrêt équivalant à la première intervention de l’assistance vidéo, nous dit Le Parisien. Malgré ces réticences, plusieurs joueurs de l’équipe de France se montrent plutôt favorables à ce système innovant dans le football, comme le capitaine des Bleus, Hugo Lloris : « C’est une évolution dans notre sport, je pense que c’est une bonne chose. Ça rend les décisions justes ». Antoine Griezmann, joueur préféré des Français, ajoute :  « tant que ça peut aider l’arbitre, tant mieux ». D’autres personnalités du football ont pris position en faveur de ce nouveau système comme Hervé Mathoux, l’emblématique présentateur du Canal Football Club : « sans la vidéo la France gagnait sur un but hors-jeu et l’Espagne était privée d’un but valable. Résultat inversé. Vous imaginez en finale ? » ou l’ancien joueur et entraîneur du Paris Saint-Germain, Antoine Kombouaré :  « Je suis très content de ce que j’ai vu. En ce qui me concerne, c’est une très, très bonne chose, même si c’est, malheureusement, au détriment de notre équipe de France. La vidéo ne va pas régler tous les problèmes. Par contre, on l’a vu hier, la vidéo permet de prendre des décisions justes, et là il n’y a pas de polémique. Je ne vous cache pas que, personnellement, j’étais un peu réticent. Maintenant je suis conquis » s’enthousiasme l’actuel entraîneur de l’En Avant de Guingamp. Cette nouvelle mesure est bien perçue par les supporteurs comme résume le sondage du journal L’Équipe, où les internautes du quotidien sportif ont répondu majoritairement « oui » à la question : « Le match France-Espagne vous a-t-il convaincu de l’utilité de l’assistance vidéo ? » Avec 81 % de OUI contre 16 % de NON et 3 % de NSP pour un total de 34 751 votant (Ndlr : résultat relevé le 30/03 à 21h).

Pour quelle finalité ?

Felix Zwayer, l’arbitre de la rencontre France-Espagne, pouvait utiliser et se faire assister de l’arbitrage vidéo dans quatre situations de jeu : après un but marqué, sur une situation de penalty, pour un carton rouge direct ou pour corriger une erreur d’identité d’un joueur sanctionné. Cependant, pour voir une généralisation de l’assistance vidéo il va falloir encore attendre. En effet, cette dernière n’est pas encore formellement autorisée par l’International Football Association Board (IFAB), qui est l’institution garante des règles du football. D’ailleurs, Pascal Garibian, responsable de l’arbitrage à la Fédération française, précise qu’il va falloir un nombre important de matchs pour statuer sur la pertinence de l’assistance vidéo. Il ajoute, auprès du journal L’Équipe : « ce n’est pas un hasard si la FIFA et l’IFAB ont demandé deux ans d’expérimentation ». Gianni Infantino, président de la FIFA, souhaite une généralisation effective pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. L’IFAB se laisse jusqu’en mars 2018 pour se prononcer sur l’avenir de l’arbitrage vidéo.
Il y a de la part des instances du football une réelle volonté pour effacer les erreurs arbitrales et par conséquent l’injustice de certains matchs, à l’image d’un Barcelone – Paris, où si l’arbitrage vidéo avait était instauré, on aurait pu espérer une qualification du club de la capitale en quarts de finale de la Ligue des Champions. Certes, l’arbitrage vidéo tend à l’équité sportive mais gomme-t-elle pour autant les injustices dans le monde du football, à l’image de fédérations qui baignent dans des scandales financiers ou des droits TV qui sont toujours aussi inégalitaires et qui impactent les plus petits clubs ? Ce regain de justice dans le monde du football prête à sourire. Alors, oui à l’équité sportive mais celle-ci doit s’accompagner d’une réforme structurelle pour enfin voir le football comme un sport équitable et juste. Pour l’heure, la question qui passionne et déchire les foules est le dualisme entre la justice et l’émotion, tels sont les enjeux à court terme de ce sport. Alors se pose la question : le spectacle est-il plus estimable que la principale valeur inhérente au sport à savoir le fair play ?

Valentin Ierg

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