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Le groupe de Višegrad monte au créneau face à une possible Europe « à plusieurs vitesses »

Les quatre chefs des gouvernements du V4 se serrent plus que jamais les coudes face à une Europe dont ils rejettent le fonctionnement, mais dont ils ont dans le même temps peur d’être exclus. Le 2 mars dernier, le groupe de Višegrad tenait une réunion à Varsovie, la capitale polonaise. Le but ? Définir ensemble leurs attentes […]

Les quatre chefs des gouvernements du V4 se serrent plus que jamais les coudes face à une Europe dont ils rejettent le fonctionnement, mais dont ils ont dans le même temps peur d’être exclus.

Le 2 mars dernier, le groupe de Višegrad tenait une réunion à Varsovie, la capitale polonaise. Le but ? Définir ensemble leurs attentes pour les sommets à venir des vingt-sept États membres de l’Union européenne. La principale inquiétude du groupe est centrée sur l’idée d’une « Europe à plusieurs vitesses », prônée par les chefs d’État allemand, italien, espagnol et français, récemment réunis à Versailles par le président français François Hollande. Au terme de leur réunion, les quatre membres du groupe de Višegrad avaient formellement demandé que le 25 mars, date anniversaire du traité de Rome, soit l’occasion pour l’UE de maintenir l’unité de ses membres.

Un groupe ancien

Le groupe de Višegrad, aussi appelé V4, est composé de quatre pays, tous membres de l’Union européenne : la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. Ils sont respectivement dirigés par Beata Szydło (PiS – Droit et justice), Viktor Orbán (Fidesz-MPSz), Bohuslav Sobotka (Parti social-démocrate) et enfin Robert Fico (SMER-SD). La version moderne de ce groupe informel, dont les origines remontent au XIVe siècle, date de 1991, où seuls trois États s’étaient réunis afin d’accélérer ensemble leur processus d’adhésion à l’Union européenne. La République tchèque a intégré ce groupe deux ans plus tard, en 1993.

La réaffirmation d’un groupe qui passe par le rejet des réfugiés

Si le groupe de Višegrad fait à nouveau entendre sa voix aujourd’hui, c’est en majeure partie à cause de la crise migratoire que connaît l’Europe depuis trois ans. Le V4 en est effet connu pour sa politique anti-migrants. Le premier ministre hongrois Viktor Orbán illustre parfaitement le point de vue du V4 sur la crise migratoire : il avait organisé fin 2016 un référendum visant à rejeter les quotas négociés à Bruxelles en 2015, qui devaient permettre à 160 000 réfugiés d’être accueillis dans les pays de l’UE. De plus, son pays vient de remettre en place la détention systématique des réfugiés, démontrant un peu plus son hostilité à ceux qui arrivent sur son territoire via la route des Balkans.

La position commune du V4 sur la crise migratoire s’explique aussi par la nature des partis au pouvoir en Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie : ils sont de tendance populiste. Ainsi, le PiS (Parti droit et justice) en Pologne ou le Fidesz en Hongrie souhaitent réaffirmer la priorité nationale en termes d’emploi, mais aussi la souveraineté de leurs pays face au pouvoir de Bruxelles. C’est là qu’un paradoxe se dessine : si le groupe de Višegrad souhaite à tout prix renforcer l’unité de l’UE pour ne pas être laissé de côté dans une Europe « à plusieurs vitesses », il maintient son cap de déposséder les institutions européennes de certaines de leurs prérogatives. Il leur faudra donc un jour choisir entre une Europe qui leur apporte une aide précieuse (entre 2014 et 2020, la Pologne aura reçu de l’UE 82,5 milliards d’euros d’aide, soit l’équivalent de son PIB) et la volonté de se détacher des carcans de Bruxelles.

Crédits photo : Czarek Sokolowski/AP

Margot Turgy

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