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Melchior, un poète qui ne mâche pas ses mots

À 21 ans, Melchior vient de publier son premier recueil de poésies intitulé La Putain du diable (éditions Le Mot : Lame). Il couche sur papier son point de vue sur l’existence, développe toutes sortes de discours absurdes, évoque des thèmes divers et variés, de l’amour des femmes à la solitude de l’être incompris par […]

À 21 ans, Melchior vient de publier son premier recueil de poésies intitulé La Putain du diable (éditions Le Mot : Lame). Il couche sur papier son point de vue sur l’existence, développe toutes sortes de discours absurdes, évoque des thèmes divers et variés, de l’amour des femmes à la solitude de l’être incompris par ses pairs. Avec une plume grinçante, le poète aspire à faire sortir le lecteur de sa zone de confort. Il le mène au gré de son écriture, sans même prendre la peine de le ménager. Les passionnés d’Easton Ellis et de poèmes sauront trouver dans ce petit livre leur dose de cynisme cinglant, toujours à la limite du politiquement correct, mais jamais sans la douce mélodie des mots.

À l’occasion du vernissage L’histoire ne va pas s’écrire toute seule qui s’est tenu le jeudi 16 mars au 34, rue Bonaparte, rassemblant quatre artistes, dont Melchior, nous avons voulu en savoir davantage sur la personnalité de l’auteur et sur ce qui l’anime. Et sans surprise, les réponses sont à la hauteur de son personnage : inattendues et drôles !

Il s’agit de vous présenter à nos lecteurs. Qui êtes-vous, Melchior ?

Melchior : Une arnaque.

D’où est née cette envie de prendre la plume ? Était-ce par simple amusement ? Une vocation ? Une nécessité ? Comment pratiquez-vous l’écriture ?

M. : J’ai commencé avec le théâtre et n’étais pas du tout prédisposé à écrire. Mais j’étais un mauvais comédien et il fallait bien que je me plaigne auprès de quelqu’un. Et un cahier ne s’endort pas quand je lui raconte mes problèmes.

Quels sont les livres (œuvres) qui vous ont marqué et qui ont nourri votre inspiration ?

M. : Je suis assez commun dans mes inspirations. Quand on ne parle pas de guerres ou de la faim dans le monde on finit toujours par parler de sexe, de femmes et de sa mère. C’est presque une règle. Et dans le genre, Gainsbourg, Marot et Almodóvar sont passés maîtres.

L. G. : Avec La Putain du diable, vous proposez un recueil de poèmes éclectiques. Comment s’est-il construit ? Dites-nous en plus sur le processus de création d’un tel ouvrage.

M. : On m’a offert un carnet et j’ai commencé à faire mes griffes en parodiant des textes classiques. Puis je me suis mis à écrire en désordre de la poésie en utilisant le plus de formes possibles. Quand j’en ai eu une trentaine je les ai faits lire à une amie, qui m’a poussé à en faire un ouvrage clos. Je ne sais pas dire non à mes amies.

Vous abordez des thèmes variés : l’amour, les femmes, le sexe… Vous n’hésitez pas à les placer souvent sous le signe de la brutalité. Le faites-vous par goût de la polémique ? Que faut-il comprendre derrière cette écriture cynique et qui peut bousculer le lecteur trop habitué à une situation confortable ?

M. : Brut et brutal sont deux choses différentes. J’essaie d’écrire de manière brute. Ça oui. Je trouve qu’on s’est autocensuré en croyant que la poésie n’était que pour les fleurs, les pélicans et le coucher de soleil sur la plage. Tout est poétique, ce n’est qu’une question de perspective. Il faut réapprendre à voir.

Il est souvent question de relations parfois houleuses avec les femmes. Par exemple, Léon, « amoureux éperdu des femmes, s’est perdu pour une femme ». On retrouve l’instabilité sentimentale de Risibles Amours de Milan Kundera. Vous ne croyez pas à l’amour parfait qui dure plus de trois ans ? Est- il toujours soldé par une attraction purement charnelle ?

M: Bien sûr que si ! Je n’ai juste pas eu la chance que ça dure plus longtemps. En revanche je suis joignable pour toutes propositions de passion sulfureuse et d’amour sans fin, envoyez CV et lettre de motivation. Quant à le seconde question, je ne vois pas pourquoi l’un irait sans l’autre, l’érotisme est un esthétisme, et je préfère les belles choses.

La vieillesse est souvent tournée à l’absurde. Lors d’un échange entre le vieux et la vieille, on a l’impression d’assister à un discours à la Beckett. Tout comme le dialogue entre Dieu et la foule. Que signifie cette déconstruction, cet illogisme apparent ?

M: Il y a de la poésie dans l’absurde. Ce qui est poétique n’est pas ce qui est effectivement formulé mais dans ce qui est suggéré. Difficile de faire plus suggestif que l’absurde. On ne comprend rien et on sent tout. Un peu comme en amour.

J’aimerais m’intéresser à une autre référence : celle du nez de Cyrano de Bergerac, dans le poème « Mon ami Édouard », qui révèle cette touche humoristique qui teinte aussi vos écrits. Il est aussi question d’un comique de situation lorsque Léon, assis contre la porte bientôt ouverte par Daphnée, atterrit bientôt entre ses jambes. Tout n’est pas aussi cynique que ça, finalement ?

M. : On peut être cynique et drôle. Rousseau a abandonné ses enfants. Il fallait la faire, celle-là.

Vous écrivez, page 21: « Il y a plein de trucs de mon âge : l’homosexualité, le suicide, les gauloises, les serveuses, les poses, la mèche, les talons, l’herbe, l’alcool trop fort… ». Ce sont des thèmes qui, dans le débat public, peuvent renvoyer à des sujets qui dérangent, et qui pourtant, sont bien actuels. Aspirez-vous à dépeindre le portrait, plutôt pessimiste, assez tragique, d’un jeune garçon de vingt ans ? Ou peut-être que je me trompe…

M. : Mais c’est tragique d’avoir vingt ans ! On veut tout sans rien avoir, on est tout sans avoir rien mérité et on passe son temps à préparer son avenir, à se préparer à être heureux. C’est comme passer trois ans dans l’ascenseur. Personnellement, je vais prendre les escaliers.

Nous retrouvons aussi un thème assez récurrent qui est celui de relation ambiguë avec la mère. Page 31, Alexis a pour princesse la mère du narrateur qui est aussi la sienne, ou page 55, nous lisons : « Une délicieuse part de maternité » après que le narrateur a mâché un sein. Si on se tourne du côté du cinéma, Xavier Dolan attribue une place essentielle au rôle de mère dans ses films. Que vous apporte cette figure dans votre poésie? Que souhaitez-vous exprimer à travers elle ?

M. : Mais enfin, ça crève les yeux ! J’aime ma maman.

Pour vous, à quoi doit servir la poésie ? Quelle est sa mission ? Quel était l’objectif suivi lorsque vous avez écrit votre recueil ?

M. : La poésie doit servir à ouvrir le champ de ce qui est beau. Sans la charogne de Baudelaire on n’aurait jamais aimé ce qui pue. J’aimerais que La Putain du diable fasse aimer ce qui colle.

Laszlo Gelabert

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