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Recul du journalisme en France : les journalistes fuient-ils ?

Ils étaient exactement 35 238 à la fin de l’année 2016 selon les données de la Commission de la carte (CCIJP). Entre les plans de départ d’iTELE et la montée en puissance du journalisme web, 2016 aura été une année charnière pour les journalistes français, dont le chiffre ne cesse de baisser. Le pire des […]

Ils étaient exactement 35 238 à la fin de l’année 2016 selon les données de la Commission de la carte (CCIJP). Entre les plans de départ d’iTELE et la montée en puissance du journalisme web, 2016 aura été une année charnière pour les journalistes français, dont le chiffre ne cesse de baisser.

Le pire des métiers en 2016 aurait été … journaliste. C’est en tout cas l’avis du site CareerCast, qui a comparé deux cents professions l’année dernière, en prenant notamment en compte les conditions de travail, le revenu, les perspectives et le stress. Le bilan est sans appel : pour la troisième année consécutive, les journalistes arrivent en tête … du pire. Avec 35 238 titulaires de la carte de presse à la fin de l’année 2016, la France voit son nombre de journalistes baisser de 0,98% par rapport à l’année dernière. En règle générale, ce nombre connait une décroissance depuis 2009. Alors certes, les départs ont été nombreux cette année, que ce soit dans la presse quotidienne régionale (Midi Libre, La Voix du Nord) ou dans la presse hebdomadaire (L’Express, L’Obs). Et comment ne pas parler de CNews, le nouveau nom d’iTELE, dont quatre-vingt douze journalistes ont fait démission au terme de leur grève de l’automne dernier. Les journalistes semblent quitter le navire.

Partir pour mieux se redéfinir

Serait-ce la fin annoncée de la profession ? « Clairement pas » répond Sonia, étudiante en Communication à Paris 3, pour qui le journalisme assiste plutôt à une redéfinition de son métier. La faute à qui ? « L’accentuation de la défiance envers les journalistes, la concentration médiatique qui s’effectue avec le développement des grands groupes de presse et Internet, ont complètement modifié le paysage journalistique ». Autant de paramètres qui sont peu séduisants pour les aspirants journalistes, qui se retrouvent face à un métier dont on considère que les débouchés sont peu nombreux et souvent fragiles. Selon les données de la CCIJP, plus d’un quart des titulaires de la carte de presse ont un statut précaire, c’est-à-dire simple pigiste ou demandeur d’emploi.

Il en faut plus pour effrayer Valentine, étudiante en Information-Communication à Paris 8. Selon elle, si le nombre de journalistes tend à baisser, c’est parce que les tâches qui leur sont demandées se multiplient à l’ère du numérique. « Il y a les journalistes d’avant l’arrivée du web et la nouvelle génération qui sait manier le web comme l’écrit. À choisir, on préfèrera le journaliste qui travaille plus vite et qui produit plus de contenus ; le journaliste web ». Mais le journalisme 2.0 ne comporte pas que des avantages car « sur le web, le métier de journalisme s’appauvrit, dans le sens où le journaliste sort plus rarement sur le terrain » considère Valentine, à l’heure où l’absence de « travail de terrain » est l’une des grandes critiques adressées aux journalistes.

L’omniprésence actuelle des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information en France a sans aucun doute engendré des nouvelles pratiques du journalisme. Pour Alexandre, étudiant à Paris 3 qui se verrait bien reporter, c’est ce qui a conduit au durcissement du métier du journaliste : « Beaucoup de gens ne prennent pas, voire plus le temps de lire les journaux, de regarder des reportages TV intéressants mais se servent plutôt de Facebook et Twitter comme principaux vecteurs d’informations ». Le travail d’investigation du journaliste s’en trouve alors « renié », tandis que les médias tablent sur « de nouvelles manières de travailler qui passent surtout par une utilisation massive de ces réseaux de diffusion ».

Le lancement, le 20 janvier dernier, du nouveau média d’information « Explicite » par d’anciens d’iTELE, s’inscrit parfaitement dans cette volonté d’investir désormais les réseaux sociaux et donner une nouvelle facette au journalisme du XXIème siècle. C’est sans compter la montée en puissance du « journalisme citoyen » et le succès des pure players. Ces médias qui proposent des contenus, souvent gratuitetement, fournis par des rédacteurs professionnels et non professionnels, sont désormais synonymes d’embauche, à l’image de Mediapart et de ses 45 journalistes en CDI. Le journalisme semble avoir encore de beaux jours devant lui, à condition de savoir s’adapter.

Alexandra Segond

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