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Exposition : Alep à travers les yeux de Zakaria Abdelkafi

Zakaria Abdelkafi, est un jeune syrien de 30 ans. Résistant de la première heure, photographe de guerre, il fait partie des rescapés de l’enfer d’Alep. À la suite d’une blessure à l’œil, il s’est réfugié en France en 2015. Quatre mille kilomètres le séparent aujourd’hui d’Alep mais son objectif reste le même : faire prendre conscience de l’état d’urgence dans lequel se trouve la Syrie. Aujourd’hui, il dévoile ses photos à la Mairie du 20ème arrondissement. L’exposition « Je suis de là-bas… Je suis d’Alep »  a lieu jusqu’au 29 mars.

 

Crédits photos : Zakaria Abdelkafi
 

Zakaria Abdelkafi,  figure de l’activisme pacifique

Dès 2011, Zakaria Abdelkafi s’est engagé en faveur de la résistance civile. Il a contribué au lancement du Conseil des révolutionnaires de Salaheddine, un quartier mixte  à la fois arabe et kurde à l’Est d’Alep. Ce mouvement constitue les prémices du soulèvement contre le régime de Bachar-El-Assad.  Zakaria, comme des milliers de syriens, fait donc partie des casques blancs, ces volontaires qui veillent à la protection et au secours de la population. Ils mettent de côté leurs professions et leurs études respectives, pour s’improviser ambulancier ou infirmier. Avant la guerre, Zakaria Abdelkafi gérait une librairie-papeterie, tout en étant photographe amateur. Il photographiait les activités, notamment sportives, qui animaient son quartier. Avant la révolution, les photographes étaient opprimés. S’ils ne travaillent pas officiellement pour le régime, leurs images et leurs vidéos étaient interdites.

A la suite des événements, il a commencé à photographier les activités des résistants et à piger. Il diffusait ses images sur le web. Comme l’explique Zakaria :   « En diffusant mes photos sur Internet, je me sentais libre, je racontais ce que mes yeux observaient ». Il s’est ainsi fait repéré par différentes agences locales et internationales, dont l’Agence France Presse (AFP) ainsi que par des chaînes de télévision. La situation étant jugée trop risquée, les reporters ne vont pas directement envoyés sur le terrain.

 

La photographie et l’humour, comme moyens de résistance

Pour Zakaria Abdelkafi, « la photographie doit parler d’elle-même ». Pendant la révolution syrienne, il est devenu photojournaliste de guerre. Ses photos permettent d’informer la population internationale des événements syriens, de leur faire imaginer l’arrière-plan de la photo. « Grâce au photographe, ils peuvent comprendre la situation syrienne ». La photographie est une véritable arme, un autre moyen de protester.

En parallèle de son activité de photojournaliste, Zakaria Abdelafi a créé une sitcom en 2014. Il nous a expliqué ses motivations : « J’ai décidé avec mes amis de faire quelque chose pour montrer à tout le monde ce qui se passe en Syrie. La population commençait  à avoir l’habitude de voir les bombardements, la mort, la destruction, et la guerre. »  Cette série, marquée par l’humour noir, illustre la vie quotidienne des syriens. Le but est de faire sourire les habitants, de détourner la situation tragique du pays. La série a compté une trentaine d’épisodes, répartis sur deux saisons, et a été vu par plus d’un million et demi de personnes sur You Tube. La saison trois est en cours de préparation et sera publié au cours de l’année 2017. Le New-York Times a d’ailleurs rédigé un article sur cette sitcom.

L’exposition : suite d’un combat en France

Zakaria Abdelkafi est en France depuis maintenant un an. Il a décidé d’exposer son travail pour « que tout le monde puisse avoir accès à la vérité, pour  que tout le monde puisse regarder la manière dont vit le peuple syrien ». Plusieurs histoires sont racontées au sein de cette exposition. Il y a d’une part la guerre, avec les bombardements, la destruction, la souffrance humaine et d’autre part la vie quotidienne des syriens. Comment la population continue-t-elle de vivre ? Les enfants jouent dans les décombres, les écoles sont vides, les rues ne sont plus qu’un amas de ruine.

Cette exposition est aussi le moyen pour le photojournaliste de se sentir mieux. Exposer, c’est aussi se libérer de tout ce qu’il a pu vivre au cours de ces années de guerre. Quand il est arrivé en France, notamment grâce au soutien de ses collaborateurs de l’AFP, il était éprouvé psychologiquement.

Aujourd’hui encore, le combat continue, la situation est loin d’être réglée.

 

Quel avenir pour la Syrie aujourd’hui ?

Après six ans de révolution, Alep est aujourd’hui sous le contrôle du régime et des armées libanaises,  irakiennes et russes. Comme nous l’explique Zakaria Abdelkafi, « La situation est difficile à juger et personne ne peut savoir ce qu’il va réellement se passer dans les mois et les années à venir. J’espère qu’un jour Alep et toute la Syrie deviendra libre avec une égalité et une démocratie, semblable à celle de la France et de Paris. »

Informations pratiques 

  • 6 au 29 mars.
  • Mairie du 20ème
  • 6, Place Gambetta – 75020 Paris

Crédits photos : Zakaria Abdelkafi

Elise Augustynen

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