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Le futur tournant de la politique monétaire européenne

Après la crise financière puis économique de 2008, les banques centrales ont utilisé la politique monétaire pour relancer les économies. La Réserve fédérale des États-Unis (FED) a été la première initiatrice en la matière par l’abaissement des taux pour faciliter les octrois de crédits. Cependant, cet expansionnisme monétaire peut conduire à une profonde instabilité financière et ses effets sont limités. La FED signe l’arrêt de cette politique en décembre 2016, entraînant des répercussions sur la Banque centrale européenne (BCE.)

Le 3 mars 2017, Janet Yellen, présidente actuelle de la FED, annonce une nouvelle remontée des taux mi-mars plus tôt que prévu. C’est une confirmation du tournant dans la politique monétaire post crisis. Depuis 2008, la FED mène un assouplissement monétaire quantitatif en maintenant à 0 % le taux de refinancement des banques auprès de la BCE. En contrepartie, les banques devaient réduire les taux des crédits bancaires pour relancer l’économie avec un risque : l’inflation. En décembre 2016, la FED annonce la fin de sa politique monétaire expansionniste avec l’augmentation de son taux directeur entre 0,5 % et 0,75 % face à l’embellie de l’économie américaine. De plus, la future relance de Donald Trump fait craindre une remontée du niveau général des prix. Pour lutter contre cette possible inflation, une politique monétaire inverse doit être conduite. Ce virage de la FED n’est pas sans conséquence sur son homologue européen .

Inefficacité de la politique monétaire en zone euro

Après la crise financière puis économique, une politique monétaire expansionniste est conduite rapidement par la FED. Celle-ci baisse son taux directeur à 0 % et conduit un programme de rachat de titres de dette. Avec l’arrivée de Mario Draghi en 2012, la BCE suit la FED en abaissant son taux directeur à 0 %. Cela doit faire baisser le taux des crédits aux ménages et entreprises pour relancer la consommation et l’investissement. Or la croissance est faible en zone euro en 2015 : elle atteint 1,2 %. La demande de crédit n’est pas au rendez-vous puisque les agents économiques ne consomment pas, mais épargnent. La consommation négative de -0,4 % en 2015 conduit à une déflation en janvier 2015  à hauteur de -0,2 %. Cependant, même s’il semble que cette politique soit inefficace, quelques signes positifs apparaissent. En effet, la consommation bondit à 0,7 % en février 2017 et l’inflation atteint 1,7 %. À long terme, l’assouplissement monétaire évite la spirale déflationniste.

Un risque d’instabilité financière mondiale

Mais la BCE persiste dans l’approfondissement de la politique monétaire expansionniste par le quantitative easing. Elle rachète des titres de dette publique à hauteur de 80 milliards d’euros par mois en zone euro jusqu’en mars 2017. L’institution monétaire européenne devient la garante de la dette publique des États de la zone euro pour réduire les taux d’intérêts obligataires. Les investisseurs prêtent à taux négatifs dans l’espoir de revendre le titre obligataire pour une valeur élevée selon le principe de l’effet balançoire – relation inverse entre baisse du taux d’intérêt et valeur de l’obligation. Mais cette injection de liquidités dans les bilans bancaires doit accroître les quantités de prêts bancaires. Or les banques ont acheté des actifs à taux négatifs au détriment de l’octroi de crédits et ont privilégié le placement des liquidités dans les réserves obligatoires rémunérées. L’absence d’effet de la politique monétaire expansionniste se couple à des effets pervers. Par conséquent, un retournement de la politique monétaire serait peut être nécessaire comme aux États-Unis.

Les détenteurs des obligations bénéficient d’un effet richesse par la hausse de la valeur des obligations. Les épargnant investisseurs tirent profit de la politique monétaire en creusant les inégalités. Ils organisent une mauvaise allocation des ressources. La baisse artificielle des taux obligataires conduit à un effacement des primes de risques. Cette distorsion sur le prix des actifs incite les investisseurs à se diriger vers des titres à rendement nul voire négatifs dans l’espoir d’une compensation de la perte future sans financer pour autant des projets qui stimulent la croissance économique. Parallèlement, les gérants privilégient les actions aux obligations dont les taux d’intérêt sont nuls voire négatifs. Ainsi, la valeur boursière augmente et crée une bulle des actifs.

Enfin, plusieurs économistes évoquent l’existence d’une possible guerre des monnaies. La hausse de la quantité de monnaie en circulation déprécie la monnaie européenne stimulant les exportations. L’euro s’est déprécié par rapport au dollar. Parallèlement, Pékin a décidé de dévaluer volontairement le yuan en 2015 et le Japon conduit une politique de dépréciation de la monnaie depuis 2011. Les monnaies qui représentent 50 % des échanges ont cédé 20 % de leur valeur. Pour toutes ces raisons, la politique monétaire expansionniste à long terme doit être remise en cause.

La réaction modérée de la BCE

La BCE décide de poursuivre son rachat massif de titres de dette publique à hauteur de 80 milliards d’euros par mois en 2017. Cependant, la crainte principale se situe au moment où la BCE y mettra fin en mars 2017. La cessation augmentera les taux sur la dette publique et réduira la valeur des obligations générant des pertes pour les investisseurs institutionnels comme les assurances et les fonds de pension. La relance annoncée de Donald Trump, l’incertitude sur les élections en France et le Brexit conduisent déjà à une augmentation des taux européens à 4,5 % sur 10 ans. Or une hausse des taux de 1 % coûterait 2,1 milliards d’euros à la France en cassant la reprise économique. Un premier effet est analysé dans l’économie actuelle : le 22 février, la monnaie unique se réévalue face au dollar à cause de l’incertitude politique. Un euro vaut 1,0558 dollars – au lieu de 1,0535 dollars.

La politique monétaire menée par la BCE n’est-elle pas une folie ?

Une comparaison est possible avec le Japon. Son assouplissement quantitatif consiste à racheter plus de 80 000 milliards de yen. La spirale déflationniste reste présente : les prix baissent de 0,2 % puisque la consommation est restée atone au dernier trimestre 2016 ( à 0%). Son seul moteur de croissance est le commerce international. Or la demande mondiale est faible et les importations en provenance du Japon se réduisent. « La dépréciation sans exportation » s’est confirmée dans l’économie japonaise.

La politique monétaire expansionniste est elle suffisante pour relancer les économies mondiales ?

Audrey Petit

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