On’

L'Erythrée depuis l'indépendance : un échec ?

L’article revient sur la situation politique de l’Érythrée, et sur la violation des droits de l’Homme exercée par le régime. La communauté internationale semble impuissante et les pressions sur le pays ne sont pas jusqu’alors efficaces. Selon un article publié dans le journal Le Monde, « la Commission d’enquête sur les droits de l’Homme (ONU) […]

L’article revient sur la situation politique de l’Érythrée, et sur la violation des droits de l’Homme exercée par le régime. La communauté internationale semble impuissante et les pressions sur le pays ne sont pas jusqu’alors efficaces.

Selon un article publié dans le journal Le Monde, « la Commission d’enquête sur les droits de l’Homme (ONU) a de bonnes raisons de croire que des crimes contre l’humanité, tels que l’esclavage, l’emprisonnement, la disparition forcée, la torture, la persécution, le viol, le meurtre et d’autres actes inhumains ont été commis en Érythrée depuis 1991 », date à laquelle ce pays de la Corne de l’Afrique a arraché son indépendance. Ancienne région du nord de l’Ethiopie, l’Érythrée traverse aujourd’hui une situation plus qu’inquiétante. Le dernier rapport d’Amnesty International fait état de la violence du régime, entre un service national à durée indéterminée, des détentions arbitraires sans inculpation ni jugement ou encore des homicides illégaux commis par les forces de sécurité. En avril, des membres des forces de sécurité ont abattu 11 personnes à Asmara, la capitale. Plusieurs appelés du service national avaient tenté de s’échapper, et aucune enquête n’a été ouverte sur ces homicides.
En juin 2016, des affrontements armés entre l’Ethiopie et Érythrée ont lieu, des centaines de combattants auraient été tués. Frontières menacées et relations tendues, l’Ethiopie engage alors des pourparlers avant une application de la décision de la commission du tracé de la frontière entre les deux pays.

 Un conflit historique entre Érythrée et L’Ethiopie

 En 1890, la bataille de Batwa entre dans l’histoire du pays. Enrôlé par l’armée italienne à l’origine de la nomination du pays, Érythrée se bat alors contre le Soudan et l’Ethiopie. En 1941, Érythrée est sous protectorat britannique. Ceci lui confère une certaine autonomie vis-à-vis du Royaume-Uni, ce qui lui permet de concevoir une nation. En 1952, l’ONU attribue l’Érythrée à l’Ethiopie. Opprimé, le sentiment national érythréen se multiplie. 1962 marque la rébellion de la population érythréenne contre l’Ethiopie. La guerre d’indépendance est lancée.
L’Ethiopie et Érythrée sont des « frères ennemis ». Frères, parce qu’ils ont combattu côte à côte contre le régime militaire de Mengistu Haile Mariam précipitant la chute du dictateur éthiopien en 1991. Ennemis, car leurs relations ont le plus souvent été hostiles.
Les deux pays ne s’entendent pas non plus sur la démarcation de leurs frontières, notamment dans certaines zones telles que Badmé, Bure et Tsorona. De 1998 à 2000, l’Ethiopie et Érythrée s’affrontent lors d’une guerre dévastatrice qui a fait plus de 80 000 morts et vidé les caisses des deux états. La guerre contre l’Ethiopie relance alors le sentiment national.

 Une économie chaotique

 Érythrée est un des pays, les plus pauvre du Monde. Avec moins de 540 euros par habitant, et par an. Toute l’économie, est aux mains d’un régime dictatorial, qui détourne de l’argent public, grâce à des sociétés comme la Red Sea Corporation. Un des rouages qui permet le transit de l’argent du régime, en majorité aux mains des dignitaires érythréens. En parallèle, le tourisme tente de se développer, des Soudanais le pratique. Les étrangers peuvent, s’ils le désirent venir mais, chaque touriste est perçu comme un espion potentiel. La délation de la population et la suspicion sont alors omniprésentes.
Les fondements d’un régime totalitariste entre violation des droits de l’Homme et violences perpétuelles
Le pays, est devenu un immense camp de travail forcé, alimenté par un système répressif et oppressif. Enrôlé dans le FLE (Front de libération de l’Érythrée) dans les années 1960, après avoir fini ses études d’ingénieur à Addis-Abeba, Afwerki passe au début des années 1970 dans le camp marxiste. Il prendra la tête, en 1987, du FPLE (Front populaire de libération de l’Érythrée). Sa victoire sur l’Éthiopie en 1991 – qui a conduit à l’indépendance deux ans plus tard – lui a d’abord valu un véritable culte au pays. En 1998, la guerre contre l’Ethiopie relance le sentiment national. En 2001, nous assistons à une politique de répression interne, tous les journalistes sont enfermés. Le service militaire devient obligatoire et pour une durée indéterminée. Le service militaire est obligatoire à partir de 17 ans et ce jusqu’à 40 ans. Il existe également 314 camps de détention dans le pays. Les prisonniers d’opinion, prisonniers politiques, et journalistes sont détenus sans inculpation ni jugement et sans pouvoir entrer en contact avec leur famille ou encore un avocat. En juin dernier, le ministre des affaires étrangères a annoncé que 21 responsables politiques et journalistes arrêtés en 2001 étaient en vie, et allait faire l’objet d’un jugement, mais seulement une fois que l’Etat le déciderait. Onze d’entre eux sont des anciens membres du conseil central du parti au pouvoir, le Front populaire pour la démocratie et la justice, ils ont été incarcérés à la suite de la publication d’une lettre ouverte au président Afewerki, pour réclamer des réformes et un dialogue démocratique.

 La communauté internationale sous un silence de plomb ?

 Le 21 juin 2016, le rapport de Mike Smith, président de la commission de cette enquête, alerte l’ONU. Le régime d’Asmara, est dénoncé pour « crimes contre l’humanité », à Genève. L’enquête s’accompagne de témoignages, sans détail personnel, par crainte de représailles pour les familles. La situation politique reste urgente, d’autant que les avis divergent, par manque d’information notamment. Si la commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’Homme dénonce les « crimes contre l’humanité » commis en Érythrée. Un rapport interne de l’Union Européenne juge les accusations de l’ONU « trop sévères ». En dépit des menaces, des activistes de la diaspora se battent pour que le Conseil de sécurité de l’ONU saisisse la Cour pénale internationale afin de juger ses dirigeants. A l’heure où nos politiciens dénoncent une crise migratoire, l’exil reste pour les Érythréens, la seule échappatoire.

 L’exil, l’unique solution

 Cette année encore, des milliers d’érythréens ont fui leur pays. De janvier à juillet, le Haut-Commissariat des Nations Unies a recensé 17 147 demandeurs d’asile érythréens dans 44 pays. Face à ce manque de réaction, les chiffres de l’exode eux, sont alarmants et témoignent du manque d’engagement de la part des responsabilités internationales. La fuite vers l’Ethiopie ; l’exil vers l’Europe, sont les maîtres mots d’une dictature toujours plus sanglante, comme en 2004, où sur 5 millions d’habitants, un million a décidé de fuir. Plus d’un millier d’Érythréens se sont exilés en Suisse, et représentent la première nationalité des demandeurs d’asile, devant les Irakiens, et les Syriens. Ils étaient soumis à de graves atteintes aux droits humains dans les pays de transit ou de destinations. En mai, le Soudan a expulsé des centaines de migrants vers Érythrée après les avoir arrêtés alors qu’ils tentaient de rejoindre la frontière libyenne.
Malgré les promesses d’une ouverture politique, les arrestations arbitraires et les exécutions continuent à être monnaie courante, affirme Mussie Zerai, défenseur des droits des réfugiés. Le prêtre Érythréen dénonce « le racisme politique » ambiant et affirme que « penser que certaines populations peuvent accepter moins de droits et moins de démocratie est faire preuve du pire racisme qui puisse exister sur le plan politique ».

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .