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Votons-nous pour un programme ou pour une personne ?

La date du 23 avril 2017 marque le premier tour de l’élection présidentielle. À moins de deux mois de cette échéance, la politique nous offre une incroyable épopée dont les péripéties sont dignes d’Homère : le Penelopegate, l’autoélimination du président, l’impossible union de la gauche ou encore le « phénomène » Macron. De fait, l’élection […]

La date du 23 avril 2017 marque le premier tour de l’élection présidentielle. À moins de deux mois de cette échéance, la politique nous offre une incroyable épopée dont les péripéties sont dignes d’Homère : le Penelopegate, l’autoélimination du président, l’impossible union de la gauche ou encore le « phénomène » Macron. De fait, l’élection présidentielle à venir est bien incertaine, et parfois même effrayante si on regarde le pourcentage élevé des dernières intentions de vote en faveur du Front National. Mais pour qui voter ? Ou plutôt, pour quoi ? Pour le programme me direz vous ! Et voilà la question inédite que je me pose depuis l’affaire Fillon : votons-nous pour un programme ou pour une personne ?

Macron : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point »

Le 16 novembre 2016, Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’Économie du gouvernement de Manuel Valls, se présente à l’élection présidentielle. Il devient à cette date, le leader de son propre parti En marche ! et se lance dans une campagne qui le mène aujourd’hui à 24% d’intentions de votes dans les sondages. Ce qui est sûr, c’est qu’Emmanuel Macron rassemble : par exemple à Clermont-Ferrand où il donne rendez-vous à 2000 personnes ou encore lors de ses meetings à Quimper (16 janvier), Lyon (4 février), Angers (28 février) et Caen (4 mars). Au total, plus de 200 000 personnes à travers la France ont adhéré au parti d’Emmanuel Macron. Pourtant, c’est seulement le 2 mars dernier qu’il a proposé son programme.
Si l’on revient un peu en arrière, la popularité de Macron est « en marche » depuis déjà bien longtemps. Bien avant qu’il n’expose son programme. Comment a t-il réussi à réunir tant de personnes autour des ses idées si celles-ci n’étaient pas même écrites ?
Avant le 2 mars, les informations sur ce que ferait Emmanuel Macron une fois élu étaient floues, voire inexistantes. Le débat n’avait même pas lieu. Personne n’avait vraiment la réponse à la question « Pourquoi tu votes Macron ? » Mais pourtant nul ne l’excluait de ses « possibles votes ». En réalité, avant l’annonce de son programme, on avait l’intention de voter pour une personne, pour un « beau gosse », jeune, déterminé et bon orateur mais… Sans programme !
Et c’est là que la « magie Macron » opère. En se construisant une belle image et en l’entretenant comme une forme de culte de sa propre personnalité, il est parvenu à rassembler sans programme. Plus que cela encore, il répond précisément aux inquiétudes des Français qui ne savent plus vers qui se diriger ; sans étiquette, il n’est ni de droite ni de gauche et surtout, il sort du lot. C’est l’envie de voter pour Emmanuel Macron qui triomphe sur la responsabilité de voter pour son programme.
L’annonce tardive de son programme peut être envisagée comme une sorte d’erreur technique pour certains mais il semble que derrière sa popularité et son originalité, se cache une vraie stratégie marketing s’appuyant sur une conviction selon laquelle pour accéder au pouvoir, la personne compte plus que le programme. C’est pour cette raison, seulement après avoir pris le temps d’entretenir sa personne et son image, qu’Emmanuel Macron a dévoilé son programme au dernier moment.
Cette stratégie de timing, qui semble aujourd’hui inédite, rappelle une fable de La Fontaine : celle du lièvre et de la tortue. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Le célèbre proverbe de La Fontaine s’appliquerait-il à la stratégie d’Emmanuel Macron ? Le lièvre Macron dévoile son programme au tout dernier moment, lorsque l’impatience générale et le doute atteignent leur point culminant.

François Fillon : l’irremplaçable ?

Étrangement, on retrouve une stratégie similaire, de manière différente certes, chez François Fillon. En ce moment, le candidat de la droite et du centre fait lui aussi beaucoup parler de lui. Contrairement à Emmanuel Macron, ce n’est pas par choix. Le 25 janvier dernier, Le Canard enchaîné a révélé que François Fillon aurait rémunéré sa femme avec de l’argent public pour un emploi fictif d’assistante parlementaire. Dans d’autres pays, une telle situation aurait impliqué la démission immédiate du candidat.
Pas dans le cas présent ; il s’est immédiatement insurgé contre un « complot médiatique » masquant un « assassinat politique »,  véhiculant des « calomnies incessantes », tout en déclarant qu’il irait jusqu’au bout de sa candidature. François Fillon s’en est pris directement à l’institution judiciaire : un comble pour un candidat à la plus haute fonction du pays. Le 1er mars, il annonce sa convocation en vue d’une possible mise en examen, ce qui a récemment laissé penser qu’il n’irait pas jusqu’au bout de sa campagne.
Mais alors, François Fillon souhaite-t-il vraiment appliquer son programme pour « redresser la France » ? Il semble que non. Seul compterait son ego, sa carrière ou même sa postérité dans l’équation.
C’est ici que se trouve le point commun entre les candidats Macron et Fillon. Tous deux ont oublié l’essentiel : le programme politique. En se présentant à la fonction de président de la République, ils ne proposent pas simplement un programme mais, aussi et surtout, leur propre personne. Ainsi Jacques Chirac, qui devait parler en connaissance de cause, avait certainement raison lorsqu’il disait : « Le pouvoir ne se partage pas ». Mais un bon programme devrait pouvoir se déléguer n’est-ce-pas ?

Romane Weibel

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