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Musique électronique et scénographie futuriste : Tree of Codes électrise l'Opéra national de Paris

Un vent de modernité a soufflé sur la scène du Palais Garnier en février. Pour sa dernière saison, Benjamin Millepied, l’ex-directeur de l’Opéra national de Paris, avait commandé Tree of Codes, un spectacle de danse contemporaine du chorégraphe Wayne McGregor. Sur l’électro-pop de Jamie xx, les Étoiles de l’Opéra ont partagé pour la première fois […]

Un vent de modernité a soufflé sur la scène du Palais Garnier en février. Pour sa dernière saison, Benjamin Millepied, l’ex-directeur de l’Opéra national de Paris, avait commandé Tree of Codes, un spectacle de danse contemporaine du chorégraphe Wayne McGregor. Sur l’électro-pop de Jamie xx, les Étoiles de l’Opéra ont partagé pour la première fois leur scène avec des danseurs d’une autre compagnie dans un spectacle éclectique.

 

Plus qu’un spectacle de danse, une véritable performance multi-artistique

Noir complet. Les premières notes d’une électro planante se font entendre quand soudain, un ballet de lucioles s’offre à nos yeux. Les danseurs, le corps recouvert de LED, ondulent et s’agitent dans l’obscurité. La magie de la danse opère et pendant 1h15, on est envoûtés.

Créé le 3 juillet 2015 au Manchester International Festival, Tree of Codes est un ballet contemporain pour le moins hétéroclite. Son chorégraphe, le britannique Wayne McGregor, est un habitué de l’Opéra national de Paris : c’est sa quatrième œuvre qui entre au répertoire. Pour Tree of Codes, il s’est inspiré du roman-objet d’art éponyme de Jonathan Safran Foer. La musique est signée Jamie xx, le leader du groupe britannique The xx, qui fait vibrer les caissons de basse du prestigieux Palais Garnier. Derrière la scénographie impressionnante se cache le danois Olafur Eliasson, plasticien phare de l’art contemporain de cette décennie.

Tree of Codes mélange les arts, les genres et les danseurs. Sur scène, les Étoiles, les Premiers Danseurs, le Corps de Ballet de l’Opéra et les danseurs de la Company Wayne McGregor ne font plus qu’un. Pas de place pour la hiérarchie de la danse classique dans un spectacle de contemporain. Si l’on reconnaît ici et là les visages des Étoiles, on est bien incapables de discerner les danseurs selon leur compagnie, leur technique étant parfaite qu’importe d’où ils viennent. Du solo au duo, puis du trio au quatuor, les corps se mêlent et s’emmêlent lors de portés aériens. La gravité semble n’avoir aucune influence sur les danseurs qui s’envolent avec une légèreté déconcertante.

Opéra électronique : Jamie xx fait tournoyer les Étoiles

Alternant pop sensuelle et électro minimaliste, la musique de Jamie xx apporte une modernité revendiquée à l’institution classique qu’est l’Opéra national de Paris. La critique n’a pourtant pas épargné le jeune britannique, peut-être justement parce qu’il bouleverse les codes et dérange. C’est une expérience étrange et grisante que d’entendre de l’électronique résonner dans la grande salle à l’italienne de Charles Garnier. Mais la chorégraphie de Wayne McGregor a été pensée pour cette musique, on imaginerait mal un morceau classique remplacer les créations de Jamie xx. Tree of Codes prend tout son sens dans cette polyphonie artistique qui sublime la technique et l’énergie des danseurs.

Le temps d’un tableau, Jamie xx augmente le BPM [ndlr, battement par minute] et c’est presque une techno minimale qui retentit dans nos oreilles. Les mouvements se font plus saccadés, le corps et le coeur des danseurs battent à l’unisson avec les percussions. Pendant un court instant, seule sur scène et sans ses pointes, la danseuse Étoile Marie-Agnès Gillot vibre au rythme des beats. L’Opéra se transforme presque en festival !

Une scénographie futuriste pour sublimer les corps

L’autre point fort de Tree of Codes, c’est sa scénographie monumentale. Olafur Eliasson a su mettre en valeur les danseurs tout en s’appropriant l’espace. Les constructions amovibles tombent du ciel, tournent, se divisent, s’interposent, sans jamais éclipser les corps. Tour à tour colorées, transparentes ou réfléchissantes, les structures du plasticien danois nous font voyager à des années lumières, dans une autre sphère. La scénographie trompe habilement les spectateurs, les corps semblent démultipliés et la scène de Garnier donne l’impression de s’étendre sur des kilomètres.

Grâce à des vitres et des jeux de miroir, Olafur Eliasson divise le plateau en deux. Deux couples de danseurs s’installent, de chaque côté de la vitre. Sur le devant de la scène, la danseuse Étoile Marie-Agnès Gillot commence un pas de deux avec son partenaire. Elle est sur pointes, les trous dans son justaucorps noir cassant l’aspect classique de sa tenue académique. De l’autre côté de la vitre, une danseuse et un danseur de la Company Wayne McGregor, pieds nus et t-shirt en coton, exécutent les mêmes mouvements. Commence alors un tableau sublime où le spectateur a tout le loisir de comparer la perfection symétrique qui émane de chaque duo.

Soudain, les deux danseuses échangent leur place et, comme Alice aux pays des merveilles, passent de l’autre côté du miroir. Sur la scène de l’Opéra Garnier, la grâce rigoureuse du classique fusionne alors avec l’énergie stimulante du contemporain. Avant que le rideau ne se ferme, les danseurs, les sonorités électroniques de Jamie xx et les constructions futuristes d’Eliasson s’unissent et explosent tels un feu d’artifice pour nous offrir un bouquet final à l’image de ce ballet : éblouissant.

Albane Guichard

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