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Crises et tensions au Venezuela

Nicolas Máduro, à la tête du pays depuis la mort d’Hugo Chávez en 2013, doit faire face à une crise sans précédent. Depuis deux ans maintenant, le Venezuela traverse une des plus graves crises économiques de tous les pays latino-américains. Le pays est plongé dans une impasse, le gouvernement et l’opposition campent sur leurs positions, […]

Nicolas Máduro, à la tête du pays depuis la mort d’Hugo Chávez en 2013, doit faire face à une crise sans précédent. Depuis deux ans maintenant, le Venezuela traverse une des plus graves crises économiques de tous les pays latino-américains. Le pays est plongé dans une impasse, le gouvernement et l’opposition campent sur leurs positions, s’accusant mutuellement de vouloir perpétrer un coup d’État.

Le président a envisagé dimanche 5 février la possibilité d’une réunion entre des représentants du gouvernement et de l’opposition en présence du pape François. Cela permettrait de relancer un dialogue gelé depuis décembre.

Comprendre les origines de la crise : un système économique incertain et fragile

L’économie vénézuélienne s’appuie en partie sur l’exportation. Le pays dépend de la manne pétrolière, et souffre actuellement de la chute du cours du prix du pétrole. À cela s’ajoute une pénurie des aliments, parfois de première nécessité, accompagnée d’un taux d’inflation de 475%, en 2016. La dévaluation et l’inflation deviennent les maux du quotidien des Vénézuéliens.

Le legs d’Hugo Chávez

La crise est la conséquence de quinze ans d’une politique socioéconomique extrêmement dure qui a aujourd’hui de graves conséquences sur la population. Manifestations, impopularité et organisation de l’opposition font partie intégrante de l’actualité politique du pays.

La « révolution bolivarienne » d’Hugo Chávez avait suscité l’enthousiasme des progressistes au-delà des frontières. Dix ans auparavant soufflait un vent de liberté, la rue frémissait au nom de la politique. On y parlait de Constitution, de réduction de la pauvreté et de participation populaire. Chávez présentait les progrès du système de santé comme « l’une des plus grandes réussites ». Des mesures phares comme la mission Negra Hipólita étaient mises en place. En 2016, la population n’a plus qu’un sujet à la bouche : la nourriture. La pauvreté et les carences alimentaires sont endémiques. Le système de santé s’écroule, les médicaments et les soins manquent dans les hôpitaux. Les femmes enceintes et les enfants n’ont pas accès aux protéines nécessaires pour assurer une bonne alimentation. Le taux de mortalité infantile est à peine digne d’un pays en développement. Les malades du sida n’ont même plus accès aux médicaments antirétroviraux. Les gens meurent, alors que cela pourrait être tout à fait évitable dans un pays au système de soins correct.

Les manifestations n’ébranlent pas pour autant le président, et l’élection présidentielle initialement prévue en 2018 ne sera pas avancée. À la suite de la victoire aux législatives de l’opposition, Máduro a anéanti le parlement de tout pouvoir essentiel. L’opposition, majoritaire depuis un an, échoue en 2016 à organiser un référendum révocatoire, ce qui aurait pu permettre d’obtenir une présidentielle anticipée. Julio Borges, fondateur du parti Primeiro Justicia, qualifie le Venezuela de régime autoritaire lors d’un déplacement à l’étranger.

Selon les dernières déclarations du ministre de la Défense, Padrino López, l’arbitre du conflit est militaire. Le chavisme a fait de l’armée un corps politique à part entière. Et l’armée assure ouvertement défendre la position de l’exécutif.
Cette guerre intestine ravit la droite, qui souhaite détruire l’espoir auquel Chávez avait donné naissance. Elle enchante également les nouveaux oligarques en chemise rouge, lesquels rêvent de transformer la lutte de classes qui les a portés au pouvoir en vulgaire lutte de camps. S’ils devaient l’emporter, les innombrables « perturbations » auxquelles le chavisme n’a pas su répondre auraient assurément enfanté la catastrophe.

Des mesures inquiétantes

La justice du Venezuela confirme définitivement la condamnation à quatorze ans de prison pour Leopoldo López, figure de l’opposition. Elle réplique ainsi de manière cinglante au président américain Donald Trump qui réclamait sa libération. Leopoldo López réfute la version officielle qui présente la crise au Venezuela comme un conflit entre la gauche au pouvoir et la droite dans l’opposition. « La politique vénézuélienne a toujours oscillé entre la social-démocratie et la démocratie chrétienne » explique-t-il.

On dénombre actuellement 120 détenus politiques, dont neuf femmes, notamment l’ex-candidat présidentiel Manuel Rosales, incarcéré depuis octobre 2015. Une vingtaine d’entre eux a bénéficié d’ordres de libération émis par la justice, mais le SEBIN, la police politique, refuse d’obtempérer. Parmi eux figure l’ancien dirigeant étudiant Yon Goicoechea, qui a les deux nationalités vénézuéliennes et espagnole.

Les tensions diplomatiques sont également de mise. Washington a émis des sanctions financières à l’encontre de Tareck El Aissami, le probable successeur de Máduro. En jeu, une affaire de racket dans un trafic de drogue entre la Colombie et le Venezuela. Autre mesure inquiétante, CNN n’est plus diffusé. Le Venezuela a pris la décision d’interdire la diffusion de CNN en espagnol à cause d’attaques fréquentes contre la stabilité politique. La chaîne est accusée de « propagande de guerre » à la suite de la diffusion d’un reportage où il est question d’une inculpation d’un trafic présumé de visas et de passeports ; le vice-président, est une fois de plus visé.

 Conséquence sur la balance des relations internationales ?

Le Venezuela du président socialiste Nicolas Máduro va être suspendu du Mercosur, bloc sud-américain de libre-échange, faute d’en avoir respecté les conditions d’appartenance, a déclaré un responsable gouvernemental brésilien. Selon ce responsable, le Mercosur estime que le Venezuela ne remplit plus les critères économiques du Mercosur, ni ses engagements en matière de droits de l’homme ou d’immigration. « Le Venezuela n’a pas adopté toutes les règles d’appartenance et les traités qu’il avait promis », avait dit auparavant un autre responsable gouvernemental brésilien. « Tout indique que le Venezuela sera suspendu à partir de décembre ».

Le pays rejoint donc la longue liste des pays latino-américains qui subissent en plus d’une crise économique de nombreuses instabilités politiques, remettant perpétuellement en cause leurs libertés fondamentales.

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