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De l'esprit du Bauhaus à l'esprit de la mixité sociale

Ces derniers temps au Journal Sorb’on, nous avons enregistré un taux record de lecture sur notre site. Qui dit plus de visibilité dit plus d’argent engrangé. Et plutôt que d’augmenter nos salaires (n’y voyez ici aucune revendication salariale), notre rédacteur en chef a décidé de faire construire de nouveaux locaux. Bien qu’ayant été nommé architecte […]

Ces derniers temps au Journal Sorb’on, nous avons enregistré un taux record de lecture sur notre site. Qui dit plus de visibilité dit plus d’argent engrangé. Et plutôt que d’augmenter nos salaires (n’y voyez ici aucune revendication salariale), notre rédacteur en chef a décidé de faire construire de nouveaux locaux. Bien qu’ayant été nommé architecte de ce projet, mes compétences en dessin se limitent à l’art simpliste et enfantin, mais néanmoins subtil du Bonhomme Bâton. Heureusement pour moi, l’exposition L’esprit du Bauhaus au musée des Arts décoratifs est là pour m’aider.

«Le but final de toute activité plastique est la construction ». Ainsi s’exprime l’architecte Walter Gropius en 1919 dans l’introduction du manifeste du Bauhaus. Si le contexte initial de création de l’école est celui de l’Allemagne de l’entre-deux guerres confrontées aux difficultés économiques et sociales liées à la défaite de 1918, le concept d’art total, issu du romantisme, s’inspire en bonne part de l’organisation des grands chantiers médiévaux du XIIIème siècle. En allemand : Bouhütte, d’où vient le nom Bauhaus, où tous les corps de métier, du maçon au maneouvrier, s’unissaient dans le but de construire des projets bien précis.

L’école du Bauhaus : bâtir un monde meilleur pour tous

L’objectif de l’école était de construire un environnement total, permettant d’améliorer les conditions de vie de chacun, en proposant à bas prix des objets pratiques et des bâtiments. On trouve donc une diversité de corps artistiques allant de la métallurgie à la verrerie, en passant par le théâtre.

Les différents corps de métiers, intégrés au sein des ateliers du Bauhaus, permettent d’optimiser la qualité des arts décoratifs, dans une période de débats face aux développements de la production standardisée. Le Bauhaus allie ainsi tradition et progrès de l’industrie pour repenser et réinventer les modes de vie de la société moderne. L’exposition nous propose ainsi plus de 700 œuvres, objets, mobilier, textiles, peintures.

Malheureusement, comme les membres du Comité de Rédaction avec leur argent dans les paradis fiscaux, l’esprit du Bauhaus s’est envolé avec la montée du nazisme, et l’école finit par fermer en 1933. Goebbels , proche d’Hitler, qualifiait ainsi le Bauhaus de « bolchévisme culturel ». Envolé ne veut cependant pas dire mort : si beaucoup de membres se sont exilés aux Etats-Unis, on retrouve l’influence du Bauhaus dans plusieurs endroits du globe, de la Chine en passant par Israël. La dernière partie de l’exposition s’intéresse d’ailleurs à plusieurs artistes s’inspirant de l’école allemande.

Mixité social et vivre ensemble

Le Bauhaus est aussi une histoire humaine, un lieu physique où maîtres, apprentis et compagnons vivent ensemble, et où la transmission du savoir se fait autant dans les ateliers qu’à travers la vie quotidienne. Il se veut le porteur d’une utopie de vie en communauté essayant de faire abstraction des conditions financières très dures, ainsi que des mœurs et des normes sociales du début du XXème siècle. Cet esprit nous est notamment présenté à travers la très riche pratique photographique du mouvement, tant expérimentale que quotidienne. Il est aussi bon de préciser que les étudiants étaient accueillis sans limite d’âge ni condition préalable de diplôme.

Cette volonté de mixité du Bauhaus n’est pas sans nous rappeler la notion de « Vivre ensemble » qui semble si abstraite tant nos politiques l’ont sur-utilisée dans leurs discours, et tant sa réalisation nous semble lointaine. Cependant, le lundi 30 janvier, les pouvoirs publics ont voté le projet de sectorisation « multi-collèges » pour tenter de réintroduire de la mixité sociale dans les collèges. Si ce projet semble abonder dans le bon sens, il rencontre des résistances ; en particulier dans le 18ème arrondissement de Paris avec les collèges Antoine-Coysevox et Hector-Berlioz.

La critique provient principalement de la part des parents et quelques professeurs (ils ont d’ailleurs publié une tribune dans Libération le 3 janvier) : Antoine Coysevox compte 47% d’élèves issus de milieux favorisés pour 11% d’élèves issus de milieux défavorisés (alors que le collège Hector-Berlioz compte 47% d’élèves issus de milieux défavorisés).

Révolte légitime ou réaction d’une classe privilégiée qui ne veut pas voir leurs enfants se mélanger ?

Leurs argumentaires reposent essentiellement sur trois points : l’opacité et la vitesse avec lequel ce projet a été mené, l’équilibre précaire dans lequel se trouverait le Collège Coysevox, et une fuite vers le privé des élèves issus des milieux les plus favorisés ainsi qu’une non prise en compte d’autres établissements (publics et privés) plus huppés.

Si le premier argument est tout à fait recevable ; certains parents et professeurs du collège Hector-Berlioz, qui ont certes accueillis le projet avec plus d’enthousiasme, ont cependant l’impression d’avoir été mis devant le fait accompli. À cela s’ajoute le manque de transparence de la part du Rectorat de Paris, qui ne diffuse pas la composition sociale des collèges, protégée par le secret statistique au nom de la loi de 1951 (les chiffres utilisés viennent ici de l’économiste Julien Grenet).

Cependant les deux autres arguments sont plus sujets à caution : avec 11% d’élèves défavorisés en 2015-2016, le collège Coysevox fait partie des 20% de collèges publics parisiens qui comptent le moins d’enfants d’ouvriers, de chômeurs ou d’inactifs, et son taux de réussite au Brevet des collèges est de 86% en 2016, soit le taux de réussite moyen parmi les collèges publics à Paris. Sur l’élargissement des établissements éligibles à ce projet, il ne faut pas oublier que certains (publics comme privés) comptent plus d’élèves d’origine défavorisée que le collège Coysevox. Et outre le fait que les capacités d’absorptions des établissements privés du secteur sont limitées (empêchant une fraude plus importante de la carte scolaire de la part des plus riches), il faut malheureusement garder en tête que la législation telle qu’elle est faite actuellement ne peut forcer le privé à se joindre à ce genre d’expérimentation.

Réaliser l’architecture de l’avenir, ensemble

Ces réactions ne sont pas sans rappeler celles qui avaient été provoquées lors du projet de loi Savary de 1984 qui voulait réduire l’influence des établissements privés en n’en compliquant l’accès. Ce projet avait mobilisé deux millions de personnes selon les organisateurs, et 850 000 selon la police. Je pense que dans le cas qui nous intéresse, il ne s’agit pas d’une manière déguisé de dire qu’on ne veut pas de la mixité, mais de le peur du déclassement de la part d’une certaine classe moyenne blanche.

Si nos politiques sont toujours prompts à dénoncer le communautarisme d’une certaine partie de nos concitoyens, ils sont plus rare à dénoncer l’entre soi des classes les plus aisées de la population.

Au fond je ne sais toujours pas de quelle manière nous allons la bâtir cette nouvelle rédaction, mais nous ferons en sorte que tous puisse y entrer, car comme disait Walter Gropius : « Tous ensemble concevons et réalisons l’architecture de l’avenir où peinture, sculpture et architecture ne feront qu’un » C’est pour cela qu’à Sorb’on, nous avons besoin de plume venant de tous les horizons

L’exposition L’esprit du Bauhaus sera présentée au Musée des Arts décoratifs jusqu’au 26 février.

Quentin Poirier

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