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Portrait : Lodi, jeune dessinateur

Un café. Des banquettes rouges. Trois tasses vides sur la table. Une petite pyramide faite en carrés de sucre s’élève à quatre cubes de hauteur. Lodi est assis et sa jambe tremble, faisant vibrer le pied central de la table. N’ayant pas pris son calepin, il dessine sur des serviettes en papier qu’il s’excuse à demander au serveur. Le stylo noir est posé parallèlement à une des serviettes. Il dessine la grosse dame au croissant du fond. Le brouhaha est relativement calme. Lodi est un jeune dessinateur de 20 ans, et son portrait se dessine à travers cet interview.

 

Tu dessines un peu, c’est bien ça ? Quel genre de dessin ?

Lodi : (montrant ses serviettes en papier) Je dessine des petits trucs, par-ci, par-là, des bonshommes grotesques et ridicules, avec des tronches affreuses. J’aimerais bien savoir dessiner des jolies gens, mais ce n’est pas ma tarte, je ne sais pas faire. J’ai une bonne excuse pour dessiner des gens affreux. Mes personnages sont principalement décousus, un peu comme mes techniques de dessin.

Quand as-tu commencé à dessiner des dessins caricaturaux, satiriques ?

Lodi : J’ai eu une poussée d’acné artistique au lycée où j’ai vraiment commencé à dessiner. Ce n’était rien, des petits trucs, rien de sérieux. J’ai fait l’option Arts plastiques au lycée. On pouvait bosser avec tous les médiums que l’on souhaitait. Après le lycée, j’ai commencé à affiner littéralement mon trait. J’ai eu quelques contacts avec de la presse qui met le dessin au même niveau que le texte, et j’ai rencontré Cabu. Quelque temps après, j’étais à Londres, j’ai vraiment commencé le dessin dit satirique. C’était maladroit, ça l’est encore aujourd’hui. Je n’ai pas de formation particulière, en fait, rien d’autre que la marge des cahiers des cours où j’avais des absences.

Comment dessines-tu ?

Lodi : À l’aveugle, sans modèle précis. J’ai gribouillé la grosse dame là-bas parce qu’elle est marrante et que j’aime bien les rondeurs dans les personnages. Sans mauvaise plaisanterie, ça donne du corps. Je ne suis absolument pas un expert dans le dessin, mais j’aime bien dessiner une connerie, une blague, ou un truc absurde. J’ai juste un stylo noir, et ça sort ou ça ne sort pas. Et puis si ce n’est pas réussi, on reprend une feuille et on recommence.

Quel genre de dessins fais-tu ? Qu’est-ce qui t’inspire ?

Lodi : Tout dépend d’où je suis et de pourquoi je dessine. Si je suis en cours ou ailleurs, c’est principalement des bonhommes ridicules, sans bulle. Je teste pas mal quand j’ai un peu de marge ou un coin de page. Dès que je chope un trait qui m’intéresse, j’essaye de le décliner pour avoir une palette un peu plus large des possibilités pour des dessins futurs. Après, quand je suis chez moi, les choses sérieuses commencent ! J’essaye d’être plus soigné et plus appliqué pour faire un dessin présentable. J’ai une page Facebook, Lodi M, avec des trucs qui me semblent montrables. C’est un peu plus politisé.

Quelles sont tes intentions quand tu dessines ? Faire rire ?  Dénoncer ? L’esthétique ?

Lodi : Je n’ai aucune espèce d’intention. J’essaye de faire des trucs. Si c’est drôle, politisé, ou si ça dénonce quelque chose, c’est cool. En revanche, j’aimerais avoir cette intention. Je sais pertinemment que la technique de mon dessin n’est pas optimale. L’objectif pour l’instant c’est de perfectionner mes traits. Après je me focaliserai davantage sur la portée politique de mes gribouillis.

Le serveur dépose deux cafés sur la table. Lodi récupère les sucres des deux tasses. Il dispose les carrés de sucre sur la pyramide. Elle atteint le huitième étage.

Dénoncer et faire rire restent des moteurs, non ?

Lodi : Ce sont des objectifs et des moteurs, oui. Mais j’ai conscience de la juvénilité de mes dessins pour l’instant. Idéalement, j’aimerais en faire mon gagne-pain. Comme l’écriture. Je souhaiterais être publié dans la presse, dessins et textes. Dans la presse indépendante, de préférence.

Qu’est-ce qui t’anime principalement ?

Lodi : L’expiration d’un relent de contestation sur des problèmes de société. J’imagine qu’un jour je pourrai utiliser quelques dessins comme brelan d’as contre ces mecs qui se foutent de la gueule du monde : du politique véreux à l’intolérant frustré. Mais j’ai conscience aussi qu’aujourd’hui la seule chose que j’ai en main c’est un 2 et un 7. Je vais bosser mon trait pour tenter d’avoir un meilleur jeu dans le Poker social.

On te souhaite d’avoir une meilleure main alors. Que voudrais-tu d’autre aujourd’hui ?

Lodi : Simplement un autre café.

 

Un dernier dessin, en cette période de campagne électorale : « Fin du magnétoscope. La disquette, quant à elle, résiste » :

Crédit images : Lodi M

La rédaction

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