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Turquie : amie ou ennemie de Daech ?

Jeudi 9 février, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, s’est rendu sur le sol turc pour créer une coordination avec la Turquie dans la lutte contre Daech.

Depuis bientôt deux ans, une coalition internationale s’est formée pour lutter contre le groupe terroriste Daech. Avec les États-Unis à sa tête, cette coopération militaire unit une trentaine de pays, tels que la France, la Grande-Bretagne, la Jordanie ou encore les Émirats Arabes Unis et l’Allemagne, et espère voir en la Turquie un allié fidèle et honnête.

En espérant que cela soit de mauvais augure pour Daech, ce jeudi 9 février, le directeur de l’agence de renseignement américaine (CIA), Mike Pompeo, s’est rendu en Turquie. Une visite qui intervient après une discussion entre les présidents Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan, sur une éventuelle collaboration de lutte contre Daech. Les deux chefs d’État envisageraient notamment la création de zones de sécurité en Syrie, ou encore des actions communes contre les deux fiefs de Daech sur le sol syrien, à savoir Raqqa et El-Bab. La Turquie se targue déjà de combattre le groupe terroriste aux côtés des rebelles syriens. C’est pourquoi elle souhaiterait désormais s’associer à l’armée militaire américaine, jusque-là soutien des milices kurdes accusées par Ankara de soutenir le parti des travailleurs kurdes (PKK), principale opposition du régime. Si Barack Obama n’avait pas privilégié de relations avec Erdogan sur ce sujet-là, le nouveau président Trump semble quant à lui plus décidé à travailler avec lui.

L’ennemi de mon ennemi est-il mon ami ?

Certains membres de la coalition, dont la France, sont particulièrement réticents à l’idée d’accueillir un pays qui a commis plusieurs atteintes aux droits de l’homme. Ils pointent par exemple du doigt les propos ultraconservateurs d’Erdogan envers les femmes, dont la place ne résiderait que dans la « maternité ». D’autres remarquent avec inquiétude qu’il partage les mêmes ennemis que Daech : les Kurdes du PKK et la gauche socialiste turque, tous deux opposés à l’AKP islamo-nationaliste au pouvoir. Obnubilée par sa lutte contre les Kurdes séparatistes et contre le régime de Bachar Al-Assad en Syrie, Ankara en a presque délaissé l’organisation terroriste. Réelle indifférence ou volonté de la ménager ? Une relation ambigüe se dessine entre Erdogan et Daech.

Pour le journaliste Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes pour France 24, la Turquie n’a aucun intérêt à s’allier à Daech. En témoignent, selon lui, les attaques terroristes qui se sont succédées sur le sol turc à plusieurs reprises. Si certains États doutent encore de la fidélité de la Turquie, Daech la rejette très clairement comme potentielle alliée. D’où, certainement, le choix d’Erdogan de rejoindre la coalition internationale pour lutter contre le groupe État Islamique. Mais ce n’est pas chose aisée que de coordonner autant d’États hétérogènes, par leurs cultures et leurs politiques. C’est parfois même source de tensions, et l’arrivée de la Turquie dans la coalition ne vient pas arranger les choses. Elle revendique une certaine indépendance au sein de la coalition, menaçant par exemple de retirer l’accès des États-Unis à l’une de ses bases militaires si elle continue d’afficher son soutien aux forces démocratiques syriennes contre lesquelles s’oppose Erdogan.

Le dicton « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » est plus que jamais d’actualité : au diable les différences, il faut s’unir pour détruire Daech. Depuis la proclamation d’Abou Bakr al-Baghdadi comme calife de l’Etat Islamique le 29 juin 2014, le groupe terroriste est devenu l’ennemi principal de la quasi-totalité de la communauté internationale qui compte bien sur son nouvel allié turc pour gagner en efficacité ; un nouveau « un pour tous et tous contre un ».

Alexandra Segond

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