On’

Dividendes, salaires… qui gagne à l’issue de la crise ?

Le partage de la valeur ajoutée est une question récurrente des débats politiques et économiques. Comment a-t-il traversé la crise de 2008 ?

Le partage de la valeur ajoutée est une question récurrente des débats politiques et économiques. Comment a-t-il traversé la crise ?

En 2016, les entreprises du CAC 40 ont versé 56 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires soit 13 de plus qu’en 2015. Même si le montant est élevé, il ne constitue pas un record. En 2007, à la veille de crise, ce chiffre s’élevait à 57 milliards d’euros. Verser de l’argent aux actionnaires est généralement bon signe : cela vaut mieux que de leur en demander pour recapitaliser l’entreprise, et c’est aussi la manifestation d’une meilleure performance de ces entreprises. Les plus généreuses en dividendes sont notamment Total, Vivendi, Sanofi et Axa.

Quelle proportion sur les bénéfices des entreprises ?

En 2016, le Pay Out Ratio indique que 57% des bénéfices ont été reversés sous forme de dividendes, soit 6 points de plus qu’en 2015. On observe une tendance à la hausse de la rémunération des actionnaires, dont la part reçue à l’issue du partage de la valeur ajoutée des entreprises a quasiment doublé en dix ans. D’où un débat sur le bien-fondé de la hausse de ces rémunérations.

Le problème serait moins complexe si toutes les entreprises s’accordaient sur un niveau de rétribution des actionnaires. Malheureusement, chaque entreprise est incitée à augmenter le montant de ses dividendes pour attirer les investisseurs, obligeant les autres à s’aligner. On pourrait presque parler de pression à la hausse des dividendes. À ce phénomène viennent s’ajouter d’autres mécanismes d’incitation à la hausse des dividendes tels que les stock-options offertes aux PDG des entreprises.

Dividendes et inégalités

Cette hausse, accélérée avec la crise, accroît les inégalités, car les actions sont détenues majoritairement par les revenus supérieurs. Donc plus on a des revenus élevés, plus on peut s’acheter d’actions. Plus on a d’actions, plus on touche de dividendes, donc plus on a de revenus.

Quelles conséquences pour les salariés ?

Ces dernières années, les salariés ne sont pas tellement perdants depuis 2008, contrairement à la période 1980-2008 où la part des salaires dans la valeur ajoutée de l’entreprise est passée de 67% en 1980 à 53% en 2008. Cette part est remontée à 59% depuis la crise financière, non pas en raison d’une augmentation des salaires mais parce que la valeur ajoutée créée par les entreprises était beaucoup plus faible à l’issue de la crise. La stabilité des salaires (ou rigidité, diront les plus libéraux) a donc eu pour conséquence mécanique d’augmenter la part des salaires dans la valeur ajoutée, sans hausse réelle de revenu pour les salariés. Mais comment les entreprises ont-elles pu concilier salaires constants et hausse des dividendes en dépit d’un produit moins élevé ?

L’autofinancement victime de la crise

Les entreprises ont sauvegardé le niveau des dividendes depuis 2008, quitte à sacrifier ce qu’elles gardaient pour elles-mêmes et réinvestissaient. L’entreprise est donc perdante à long terme puisque c’est l’investissement qui est sacrifié au profit de la rémunération des actionnaires. Le dialogue de sourds sur « à qui la faute de la baisse de compétitivité des entreprises Françaises » s’éclaircit alors. Cette baisse ne résulte pas de salaires trop élevés conduisant à une perte de compétitivité-coût, mais d’une baisse de compétitivité hors-coût (qualité, image de marque) qui flanche faute d’investissements.

Le perdant, c’est aussi l’État, qui a consenti à de larges allègements de charges pour les entreprises (dans le cadre du CICE, Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi), dont les effets se font attendre, ou sont bien maigres à l’égard des sommes dépensées notamment en termes de création d’emplois.

Grégoire Elkouby

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.