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Interview de Sophie Reine, réalisatrice de Cigarettes et Chocolat chaud

Sorb’on a rencontré pour vous [Sophie Reine http://www.sophiereine.fr/sophiereine/bienvenue.html], la réalisatrice de Cigarettes et Chocolat Chaud, dans le village provençal de son enfance, Lorgues. Pour son premier film, elle nous livre une comédie familiale aussi drôle que touchante, avec Gustave Kervern en papa veuf un poil débordé mais débordant d’amour, forcé de suivre un stage de parentalité pour conserver la garde de ses deux filles. Le sort cette drôle de famille est alors mis entre les mains d’une assistante sociale attachante, brillamment interprétée par Camille Cotin.

Je retrouve Sophie Reine dans le cinéma de sa jeunesse, dans lequel elle avoue avoir illégalement enregistré Staying Alive sur son magnétophone quelques années auparavant. Cécile et Alain Foresto, les gérants cinéphiles du Ciné bleu Lorgues, organisent régulièrement des projections avec des réalisateurs : un travail récompensé par la remise du label Art et Essai en août en présence de Luc Dardenne. Pendant deux ans, ils ont tout mis en oeuvre pour faire venir Sophie Reine, pari réussi ! Un brin nerveuse mais pétillante de bonne humeur, la réalisatrice nous parle de son enfance, de sa carrière de monteuse et bien évidemment de son film, Cigarettes et Chocolat chaud, en salle en ce moment. Rencontre avec une touche-à-tout pleine de talent…

Lorgues, c’est ton village d’enfance, ta famille et beaucoup de souvenirs. Es-tu plus stressée de présenter ton film ici qu’ailleurs ?

Hyper plus stressée. C’est le retour aux sources, j’angoisse ! Ma famille l’a vu, c’est vachement émouvant parce que j’avais mes grands parents à Lorgues et c’est ici que j’ai rencontré la monteuse qui m’a fait démarrer. C’était une voisine de ma grand mère donc je passais vraiment ma vie ici. On a essayé de tout organiser pour que je puisse présenter le film dans ce cinéma et une fois que c’était fait, mes proches étaient très émus, très contents.

C’est quoi le plus impressionnant, avoir eu le César du meilleur montage [pour Le Premier jour du reste de ta vie en 2005, ndlr] ou la projection de Cigarettes et Chocolat Chaud dans ton village d’enfance ?

Ce sont deux sensations différentes. Là, j’ai eu le temps de m’y préparer. Pour le César on était tellement les outsiders que j’étais pas du tout prête, c’était la grande surprise. Et puis surtout c’était devant les professionnels, devant les gens pour qui t’as bossé, pour qui tu vas bosser donc c’était vraiment une grosse angoisse. C’est génial, mais une fois que c’est passé ! Le moment même est compliqué.

C’est très calme ici. Le contraste entre la tranquillité de la Provence et l’agitation des plateaux de tournage n’est pas trop fort ?

J’habite à Clamart, en région parisienne, donc ça ne me change pas trop ! Et puis je viens vraiment du montage donc je travaille enfermée dans une salle, je suis un peu une geek du cinéma. Je ne suis pas sur les plateaux tout le temps et ça m’embêterait de l’être, il y a beaucoup de monde. Je suis contente d’y être de temps en temps pour l’expérience mais pas trop souvent.

Donc la partie promotion, ce n’est pas trop ta tasse de thé (ni de chocolat chaud) ?

La tournée s’est très bien passée, les retours étaient vraiment super. J’ai fait la promo avec Gustave Kervern donc c’était top. Sauf que c’était un peu autocentré, tu racontes tout le temps ta vie et à un moment je me suis dit quand même, il y a d’autres choses dans le monde. Pour faire la promo il faut aimer parler de soi, se mettre en avant. C’était très important qu’on rencontre les gens mais ce n’est pas là où je me sens le plus à l’aise. Mais le rapport au public, c’est génial ! C’est presque plus sympa de discuter avec les gens qui viennent me voir après le film sur le trottoir que sur la scène, il y a un autre rapport avec les spectateurs.

Comment t’es venue l’envie de tenir la caméra plutôt que de rester dans l’obscurité des salles de montage ?

Ça c’est fait grâce à la productrice de Rémi Benzançon, Mandarin Cinéma, que je connais très bien. Sur les 3 films de Rémi que j’ai faits (Ma vie en l’air, Le Premier jour du reste de ta vie et Un heureux événement), à chaque fin de film je fabriquais un petit objet en animation. La productrice a vu ça et m’a dit « Mais t’as un univers, t’as un truc à raconter, viens, est ce que tu as envie d’écrire un truc ? ». C’était vraiment un miracle parce que normalement quand tu veux réaliser, tu écris un scénario et tu te bats pendant des années pour trouver un financeur, un producteur, quelqu’un qui te tend la main. Au début j’ai refusé, je me suis dit que je n’en étais pas capable. Elle m’a proposée de faire au moins un court métrage. J’ai beaucoup hésité, j’ai mis deux ans à dire oui, c’était l’année du César, je me suis dit « allez tout va bien, faisons le court ! » Et comme le court s’est super bien passé, on est passées au long. Ca fait cinq ans qu’on a mis le film en route, c’est très long, comme souvent avec les premiers films. C’est épuisant mais c’est une aventure extraordinaire !

C’est épuisant mais gratifiant tout de même ! Tu es fière de ton film, du résultat ?

Je trouve que c’est une expérience humaine géniale. Après, je suis monteuse donc j’ai vachement de mal à dire que je suis fière, je ne sais pas s’il y a beaucoup de réalisateurs qui disent qu’ils adorent leur film. C’est dur de dire qu’on aime. On a été au bout, ça se passe super bien donc je suis satisfaite, oui. C’était une très belle expérience, le travail avec les acteurs c’était super, la rencontre avec l’équipe aussi.

Comment c’était de diriger Gustave Kervern et Camille Cotin sur un plateau ? On a l’impression qu’ils sont assez déjantés quand on les voit dans Connasse ou Groland.

J’avais vachement envie de partir avec les deux, ils ne se connaissaient pas du tout, je ne les connaissais pas, mais je trouvais top ce qu’ils font en impro dans Groland, dans la série Connasse, dans les comédies. Je les avais vus ailleurs aussi, Camille est beaucoup au théâtre, Gustave est réalisateur, donc je savais qu’ils pouvaient faire plein de choses. Et en fait quand tu les rencontres, ils sont à l’inverse de l’image qu’ils ont. Ils sont d’une douceur ! Ils sont posés, réfléchis, dans la discussion. D’ailleurs Gustave m’a raconté des trucs marrants ! Il a deux enfants qui ont à peu près l’âge des enfants dans le film et il me disait que lui il est hyper strict, il surveille à mort, pas comme le papa dans le film. Et à chaque fois qu’il allait voir les profs de ses enfants, ils étaient toujours très déçus parce qu’ils s’attendaient à ce que Gustave fasse des choses de fou, c’était trop drôle. Camille et Gustave sont tous les deux hyper discrets, comme souvent le sont les gens très extravertis sur scène. Ils sont adorables.

Comment ça s’est passé pour les avoir au casting ? Tu pensais déjà à eux quand tu as écrit le scénario ?

Quand j’ai écrit le scénario, j’avais vraiment envie de partir avec Gustave que j’avais vu dans Dans la cour notamment. Il n’est pas beaucoup acteur en fait, il est surtout réalisateur. Je pensais qu’il n’allait jamais dire oui, parce qu’on est un petit film, une comédie, et lui il est très engagé en politique. Donc j’ai fait une lettre en lui disant que moi je l’adorais en tant que réalisateur engagé et on lui a envoyée avec le scénario. Il m’a appelée deux jours après en me disant que ça lui plaisait, qu’il voulait me rencontrer. Pour Camille ça a été un peu plus facile au départ parce que c’était presque un contre-emploi qu’on lui proposait et elle avait justement envie d’aller un peu dans les contre-emplois. Donc elle a dit oui. Enfin elle a dit non parce qu’elle venait de tomber enceinte ! Sauf que mon projet s’est tellement décalé qu’on est retombées sur nos pattes et on est reparties ensemble, c’était trop bien. C’est une super équipe.

Ton film aborde le problème de la monoparentalité et des assistantes sociales, est ce que tu considères qu’il est engagé ?

Engagé, c’est un bien grand mot ! On le compare souvent à Captain Fantastic, un film américain avec Viggo Mortensen [de Matt Ross, sorti en 2016 ndlr]. La grande différence, c’est que dans Captain Fantastic, Mortensen impose une éducation à ses enfants, une éducation très libre mais très imposée, très rythmée, il leur fait l’école. Moi, mon personnage fonctionne plus à l’instinct, il n’a pas d’engagement politique. Il fait juste ce qu’il peut avec ce qu’il a dans la situation dans laquelle il est. Je ne critique pas du tout les assistantes sociales ni leur métier, je critique le système qui nous est imposé. Comme pour les profs, c’est vraiment le système qui nous impose des trucs de plus en plus compliqués et alambiqués, alors qu’il y a quand même quelques solutions qui existent et qui ne sont pas mises en place.

Justement, c’est quoi selon toi ces solutions ?

Déjà les stages de parentalité, qu’on voit dans le film, c’est quelque chose qui a été mis à disposition en 2007 pour lutter contre la délinquance. On prend des familles et on leur apprend des méthodes. C’est un peu du coaching parental comme Super Nanny, sur un temps très court. Mais certes, statistiquement, tu traites dix familles en même temps, mais les assistantes sociales préfèrent s’occuper d’une famille à long terme, faire un suivi au cas par cas. C’est ça le sujet, l’individu face à une uniformisation des choses. Alors dans le film c’est une famille plutôt sympa, c’est quand même une fiction et une comédie, donc le père n’est pas très défaillant. Mais quand tu t’adresses à des gens super défaillants qui ne savent même pas ce que c’est d’être parents, qui ne se sont jamais posé de question, ce n’est pas possible d’appliquer ces méthodes, le discours doit être adapté. Il y a d’autres petites choses aussi, comme l’intérêt que tu peux porter à chaque enfant. Par exemple, quand les enfants sont quarante en classe, on dit qu’ils ne suivent pas, mais peut être que s’ils étaient dix ça irait mieux. Donc ce n’est pas un film engagé mais il y a une espèce de pensée qui essaye de trouver son chemin dans tout ça.

Pourquoi le choix d’une comédie plutôt qu’un drame ?

Je ne sais pas faire de drame déjà et puis on s’était dit qu’on partait sur une comédie familiale. Dans le film, les rires et les larmes ne sont jamais vraiment loin, c’est un peu comme ça que je fonctionne. Ma productrice m’a dit de faire un truc qui me ressemble, un peu à la manière des Simpsons avec deux niveaux de lecture. Le film me ressemble, c’est ma façon de m’exprimer. Je ne crois pas que je pourrais faire des trucs très plombés, très réalistes. Faire passer des messages avec de l’humour c’est bien sauf que c’est très compliqué pour trouver des finances parce qu’on est ni une comédie ni un drame, on est un peu entre les deux.

Et pour finir, pour les vacances, Paris ou Lorgues ?

Lorgues !

Monter ou réaliser ?

Pour l’instant monter.

Écrire ou réaliser ?

Écrire.

Cigarettes ou chocolat chaud ?

Chocolat chaud carrément moi ! Pour de vrai c’est même vaporette et chocolat chaud dans le film !

Amateurs de nicotine, de cacao ou simplement de bonne comédie, courrez vite au cinéma voir Cigarettes et chocolat chaud. C’est LE feel-good movie à la française qui mettra du baume au coeur à votre fin d’année 2016 !

Albane Guichard

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