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La campagne inédite du gouvernement pour lutter contre la radicalisation

Le gouvernement cherche à lutter contre l’embrigadement djihadiste avec « Toujours le Choix », une campagne de prévention contre la radicalisation.

[Ce texte a été rédigé par un contributeur non-adhérent n’appartenant pas à la rédaction de Sorb’on. Pour plus d’informations sur le fonctionnement de Sorb’on et le statut de contributeur, rendez-vous ici]

Depuis le lancement de la campagne de prévention contre la radicalisation le 18 novembre dernier, Emma et Mehdi, les deux protagonistes mis en avant par cette campagne, inondent les publicités précédant le visionnage de nos vidéos YouTube. Derrière des vidéos faites pour attirer la curiosité, le gouvernement cherche à lutter contre l’embrigadement djihadiste. Le ton et la forme de cette campagne, intitulée « Toujours le Choix », sont pour le moins inédits.

Des vidéos déclinées en jeu de rôle

En cliquant sur le lien #ToujoursLeChoix, nous nous retrouvons au cœur d’un jeu de rôle qui dépasse le contenu même des simples vidéos préventives.

« Vous êtes responsables de vos choix » : c’est dans cette optique que se déroule le jeu de rôle de cette campagne gouvernementale. Filmée du point de vue d’un jeune en phase de radicalisation, la vidéo place celui qui la regarde comme l’acteur principal du processus, choisissant, étape par étape, entre deux possibilités : continuer ou arrêter.

« Il suffit parfois de peu pour faire basculer une vie » : voilà la phrase affichée à la fin de chaque vidéo. L’accent est mis sur le fait qu’à tout moment, le jeune peut choisir de lui-même d’arrêter de s’impliquer dans des actions radicales. À tout moment, il est possible de se sortir du cercle infernal de l’embrigadement par la simple force de sa volonté. Tel est le message que souhaite faire passer le gouvernement.

« Se radicaliser, c’est détruire sa famille, sa vie et celle des autres ». Au cours du jeu de rôle, la famille et les amis du jeune s’éloignent peu à peu, ne comprennent pas son comportement. Le jeu de rôle est ponctué de témoignages, notamment de parents ayant réellement perdu leur enfant aux mains de Daesh, censés provoquer la culpabilisation du jeune radicalisé.

Le jeu se termine de façon extrême : Emma finit mariée en Syrie tandis que Mehdi commet un attentat sur le territoire français. Une fin morbide qui aurait pu être évitée maintes fois, mais qu’une série de mauvais choix n’a fait qu’accélérer.

Une prise de conscience du gouvernement

Lors d’un discours en février 2015, le premier ministre Manuel Valls annonçait qu’il y avait 1400 Français « en relation avec des filières djihadistes ». Selon les chiffres du gouvernement, ils sont aujourd’hui 2000, avec une hausse du nombre de femmes impliquées ces six derniers mois. Depuis que le gouvernement a mis en place un numéro vert pour signaler un proche en cours de radicalisation, plus de trois mille personnes ont composé ce numéro pour faire part de leurs inquiétudes.

Dans ce climat permanent de menace terroriste, le gouvernement semble avoir saisi le problème de la radicalisation sous l’angle de la prévention et de la compréhension de ces jeunes, au lieu de se borner à la condamnation et au rejet total. Les débats houleux sur la déchéance de nationalité, les déréférencements de sites djihadistes mis en place à partir du 4 mars 2015 et l’instauration de l’état d’urgence depuis les attentats du 13 novembre sont des mesures controversées dont l’efficacité et la pertinence ont été remises en question. Créé à la suite des attentats contre Charlie Hebdo, le site Stop Djihadisme est centré sur l’information, avec une prévention très généraliste, moins frappante que les nouvelles vidéos mises en ligne.

Le 18 novembre 2016, le Premier Ministre d’alors Manuel Valls a tenu un discours pour présenter cette campagne inédite dans la lutte contre l’embrigadement djihadiste qui « pervertit les esprits autour d’un projet politique, d’un projet religieux ». L’objectif de cette campagne est de « provoquer un choc salutaire, de prévenir la radicalisation des jeunes en les faisant passer du monde virtuel, dans lequel ils sont, à la réalité ».

Peut-on espérer des résultats efficaces ?

Alors que la majorité de la radicalisation se fait sur Internet, notamment par le visionnage de vidéos YouTube, il est possible que des jeunes en proie à des sollicitations djihadistes voient ce message. Les vidéos postées prennent en compte autant les filles que les garçons, avec la volonté de susciter l’intérêt de tous. Nous pouvons observer un effort pour éviter les amalgames : la mère de Mehdi, d’origine arabe, s’oppose à la radicalisation de son fils ; une des amies d’Emma porte le voile. Tout est fait pour que les jeunes tentés par la radicalisation se reconnaissent dans les personnages de la vidéo et prennent conscience de la gravité de leurs actes.

Cependant, comme l’a affirmé le gouvernement dans le tweet présentant la campagne, « le terrorisme islamiste, comme tout totalitarisme, a ses outils de propagande ». Les personnes qui tentent de radicaliser Mehdi et Emma tiennent des propos comme : « tu vas comprendre », « ils ne font que nous mentir » ou encore « Dieu t’a élu ». À travers ces propos forts, basés sur la manipulation, ils font croire à un jeune, réceptif à ce genre de discours, que le monde qui l’entoure est une mascarade dans lequel il ne peut pas se sentir à sa place. L’objectif est de les amener à considérer que l’unique vérité se trouve en Syrie ou en Irak et que le djihad est l’unique solution. Ainsi, malgré les efforts flagrants du gouvernement pour comprendre et retenir les jeunes en phase de radicalisation, force est de constater que cette campagne de prévention n’est qu’une étape parmi d’autres pour arriver à une prévention efficace pour prévenir l’embrigadement djihadiste des jeunes français.

Article rédigé par Tess Dimicoli 

La rédaction

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