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Les enjeux de la bataille de Mossoul

L’offensive lancée le 16 octobre dernier pour récupérer Mossoul comprend plusieurs acteurs hétéroclites. Ces acteurs s’entendent tous pour anéantir l’État Islamique (EI). Toutefois, ils semblent avoir des intérêts personnels divergents voir contradictoires. En témoigne le temps qu’il a fallu attendre avant le lancement de l’offensive. En effet, le premier ministre irakien, Haider el Abadi a […]

L’offensive lancée le 16 octobre dernier pour récupérer Mossoul comprend plusieurs acteurs hétéroclites. Ces acteurs s’entendent tous pour anéantir l’État Islamique (EI). Toutefois, ils semblent avoir des intérêts personnels divergents voir contradictoires. En témoigne le temps qu’il a fallu attendre avant le lancement de l’offensive. En effet, le premier ministre irakien, Haider el Abadi a lancé un appel pour reprendre Mossoul dès le mois de mars dernier. Cette multitude d’acteurs vont se trouver en confrontation après la bataille contre Daech. Chaque parti défend des intérêts ou des visions qui lui sont propres. A l’aide du spécialiste de l’Irak, affilié à l’IRIS, l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques, Karim Pakzad, on peut tenter de dresser un tableau de la situation actuelle à Mossoul.

L’état des lieux

Deuxième ville la plus peuplée d’Irak, Daech l’a dominée le 10 juin 2014. Elle a une importance symbolique : c’est de Mossoul que l’organisation terroriste proclame son califat. De même, les forces sunnites irakiennes la considèrent comme symbolique car c’est un haut centre historique du sunnisme. Mossoul est également une ville stratégique. Cette capitale de la province de Ninive est pleine de ressources pétrolières sur lesquelles s’appuie Daech.

L’offensive pour reconquérir Mossoul a été lancée le dimanche 16 octobre au soir. La stratégie consiste à encercler les combattants de l’EI. Pour cela, les peshmergas (guerriers kurdes) attaquent à partir du Nord. Quant aux forces militaires irakiennes, elles avancent à partir du Sud. Enfin, des milices sont postées à l’Ouest afin de bloquer la fuite des djihadistes vers la Syrie.

Quels seront les potentiels intérêts des différents protagonistes dans la région, à l’issue du combat ?

Les forces irakiennes sont composées de différents acteurs, qui sont officiellement rattachés au gouvernement. Le Premier ministre irakien Haider al Abadi, en poste depuis septembre 2014, tente de cordonner les opérations des divers groupes.

Après sa débâcle en juin 2014, l’armée irakienne a été beaucoup critiquée. Mais à l’aide de la coalition internationale et notamment des États-Unis, elle a été reconstruite et formée militairement. L’enjeu pour l’armée est, non seulement, de récupérer sa souveraineté sur le territoire irakien, mais aussi, de récupérer son prestige. On trouve ensuite les Unités de Mobilisation Populaires dont l’un des chefs est Hachd al-Chaabi. Il s’agit des volontaires qui après la défaite de l’armée irakienne en 2014,se sont rassemblés autour de plusieurs milices. La plupart sont des forces paramilitaires chiites. Karim Pakzad les considère comme les « bras armés des partis politiques ». Il existe une réticence à se servir de ces milices car on les accuse d’exactions à l’encontre des sunnites.

Les peshmergas kurdes irakiens ont vu leurs frontières du Gouvernement Régional du Kurdistan menacées par l’action de Daech. Les combattants kurdes, dirigés par Massoud Barzani, ont rapidement remporté des victoires. Cela leur a permis d’étendre leur territoire qui se situe à cheval entre les frontières turque et irakienne. Contrairement au PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan, plutôt présent en Turquie et en Syrie), les peshmergas du Kurdistan irakien ne sont pas considérés comme une entité terroriste. Ils sont soutenus par la coalition internationale, l’Iran mais aussi la Turquie. Néanmoins, l’augmentation de leur territoire provoque des tensions avec le gouvernement irakien. La ville de Kirkouk pose notamment problème. Elle a été prise en 2014 par les kurdes irakiens alors que l’EI menaçait la région.

La coalition internationale est principalement composée des États-Unis et de la France. Elle a fourni une formation militaire aux forces irakiennes. Selon Karim Pakzad, la principale raison de leur présence est d’éradiquer la menace planétaire que représente l’EI. À la question de savoir s’ils ont aussi des intérêts économiques, ce spécialiste de l’Irak répond que cela n’est pas exclu, mais la priorité reste leur sécurité nationale.

Les acteurs régionaux présents en périphéries

La Turquie est un acteur de poids dans la région. Le pays a souhaité participer à l’offensive de Mossoul mais s’est heurtée au refus de Bagdad. Ainsi, l’activité de la Turquie en Irak se limite au camp militaire de Bachiqa. La Turquie a avancé des arguments historiques pour participer au combat. Elle estime par exemple qu’après la Seconde Guerre mondiale, Bagdad aurait dû lui revenir. En fait, le gouvernement turc délégitime ainsi ses opposants intérieurs tel que les kémalistes. Ces derniers sont accusés par le gouvernement de ne pas avoir assez bien défendu, à l’époque, les intérêts du pays. Ensuite, la Turquie se présente en protectrice des sunnites. Karim Pakzad souligne l’intérêt que porte le gouvernement d’Erdogan pour les Turcomans, minorité d’origine turque vivant en Irak du Nord. Pour ces raisons, le pays veut limiter dans la bataille le rôle des milices chiites soutenues par l’Iran. La Turquie appréhende l’influence que pourrait avoir l’Iran sur l’Irak à travers ces milices. Effectivement, l’Iran fournit conseil et assistance financière et matérielle à ces milices dans la lutte contre Daech. Le pays veut multiplier son influence et son poids économique dans la région. L’Iran et la Turquie y sont donc rivaux.

La bataille de Mossoul est déterminante pour l’avenir politique du pays. La ville est historiquement une mosaïque de confessions, à dominance sunnite. Cela peut expliquer l’inquiétude de la population faces aux milices chiites. De même, la population arabe pourrait ne pas accepter la présence des kurdes à Mossoul. Le gouvernement irakien tente de concilier les différentes forces, le but étant avant tout de vaincre l’EI. Néanmoins, il semble peu probable que les autorités irakiennes laissent les Kurdes avoir des ambitions territoriales sur Mossoul. De même, elles ne pourraient laisser une ville historiquement sunnite aux mains des milices chiites. Si l’EI est vaincu, reste à savoir qui va gouverner Mossoul. La réponse est incertaine puisque chaque participant au combat veut s’imposer à la gouvernance de la ville. Ce n’est pas juste l’avenir de la deuxième ville d’Irak qui est en jeu, mais aussi l’avenir politique de tout le pays.

Dahlia Girgis

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