On’Media

Cécile Bourgeon et Jacqueline Sauvage : l'incompréhension face aux jugements rendus

Jacqueline Sauvage et le meurtre de la petite Fiona : deux affaires qui soulèvent l’émoi national et mettent en relief la complexité de la justice française.

La mère indigne face à l’épouse meurtrière. La sanction est tombée pour Jacqueline Sauvage ce 25 novembre : dix ans de réclusion criminelle. Deux jours après, Cécile Bourgeon, protagoniste de l’affaire Fiona, est condamnée à cinq ans de prison ferme. Deux affaires qui soulèvent l’émoi national et mettent en relief la complexité de la justice française.

L’affaire remonte à l’automne 2013, non loin de Clermont-Ferrand. Après avoir fait croire à l’enlèvement de leur petite fille, Cécile Bourgeon et son ex-compagnon Berkane Makhlouf finissent par révéler l’avoir découverte morte gisant dans une mare de vomi. Ils l’enterrent à la lisière d’une forêt. Plus de deux ans après, stupeur générale : malgré les trente ans de prison qui sont requis contre la mère de Fiona, elle écope de cinq ans de prison ferme. Berkane Makhlouf en prend vingt. Le corps de Fiona n’a toujours pas été retrouvé.
Octobre 2014. Après quarante-sept ans de violences conjugales, où les coups pleuvent et les viols se font quotidiens pour elle et ses filles, Jacqueline Sauvage abat son mari de plusieurs coups de fusil dans le dos. Elle est condamnée à dix ans de réclusion criminelle.

Une injuste justice ?

La peine de Jacqueline Sauvage a rapidement suscité de vives réactions : beaucoup crient au scandale et reprochent à la justice d’être injuste, quand Cécile Bourgeon n’écoperait « que » de cinq ans, soit la moitié de la peine de la septuagénaire.

Sur Twitter les messages de soutien à celle qui est devenue un symbole pour les femmes victimes de violences conjugales se sont multipliés. Pas étonnant que la maigre peine de Cécile Bourgeon remette de l’huile sur le feu.

Deux affaires très complexes

Comme beaucoup, Aude a suivi les péripéties de l’affaire Fiona. Pour cette étudiante en master de droit à l’académie Aix-Marseille, il n’est pas possible de se prononcer fermement sur la situation tant elle est compliquée : « C’est une affaire très complexe. On n’a pas retrouvé le corps, je pense qu’on ne saura jamais vraiment ce qui s’est passé. Alors c’est dur de dire si le jugement est juste ».
Il est vrai que Cécile Bourgeon et son ex-compagnon n’ont cessé de s’accuser mutuellement, de revenir sur leur propos. Le flou persiste autour de la petite Fiona, aussi longtemps que la dépouille n’aura pas été retrouvée.
La situation n’est cependant pas la même pour Jacqueline Sauvage : en effet, on sait avec précision les circonstances et les raisons de l’assassinat. Pour Aude, tout le problème vient de là : « Pour Jacqueline Sauvage, ne pas la condamner aurait donné lieu à une jurisprudence très dangereuse, bien que son acte soit compréhensible. Mais elle a tué son mari dans le dos et des années après… Pour la mère de Fiona, on ne sait même pas si c’est elle qui l’a tué ou si c’est son compagnon ; ce n’est donc pas comparable ».

C’est également l’avis de Pauline, étudiante en L3 d’Information-communication à Paris 3 : « Je ne pense pas qu’on puisse établir de parallèle direct, les deux affaires sont différentes. ». Mais l’incompréhension subsiste : « Une mère complice du meurtre de sa fille qui prend 5 ans, et une femme battue qui se défend et prend 10 ans sans liberté conditionnelle … C’est juste honteux. Les jurés populaires sont censés représenter le peuple, or je trouve qu’ils prennent des décisions encore trop souples ».

Assister, de près ou de loin, à la maltraitance et à la mort de sa fille vaut-il donc moins que tuer un mari violent sans autre forme de jugement pour presque cinquante ans de violences conjugales ? Le débat est lancé. Pauline se fait juge : « J’aurai donné la même peine aux deux : 30 ans, la perpétuité. »

Une pétition pour la grâce de Jacqueline Sauvage

Deux points de vue qui se veulent un peu rationnels se détachent parmi les protestations. Pour Romy, étudiante en L2 Sciences du langage à Paris 3, la décision des juges est incompréhensible : « Je ne comprends pas que l’on puisse donner seulement  cinq ans à une mère qui a laissé sa fille mourir, qui l’a peut-être maltraitée ou qui a été témoin de sa maltraitance. Elle se fait passer pour une victime. Ça me révolte ».

Un sentiment d’injustice largement partagé par les 400 000 signataires d’une pétition de soutien à Jacqueline Sauvage, qui la considère comme une « vraie » victime et demande la grâce présidentielle. Une grâce partielle est accordée le 31 janvier 2016, mais la justice refuse de libérer Jacqueline Sauvage car elle ne s’interrogerait pas suffisamment sur son acte. Dans le cas de l’affaire Fiona, on considère que c’est son ex-compagnon qui aurait tué la fillette, Cécile Bourgeon n’étant accusé que de « non-assistance à personne en danger et recel de cadavre ».

Deux affaires à suivre dans les années à venir

L’affaire Fiona et l’affaire Jacqueline Sauvage sont pourtant loin d’être closes. En effet, Cécile Bourgeon a déjà purgé 38 mois en détention provisoire depuis 2013 ; trois ans de prison qui seront déduit de sa peine. Si elle dépose une demande de mise en liberté conditionnelle, la mère de Fiona pourrait être libre d’ici deux à quatre mois.

Inconcevable pour Romy : « elle sortira dans quelques mois et elle refera sûrement des enfants et elle recommencera … Elle mérite perpétuité c’est tout ! ». Jacqueline Sauvage, quant à elle, vient de renoncer à se pourvoir en cassation après le rejet de sa demande d’aménagement de peine. Jacqueline Sauvage, résolue à rester en prison jusqu’en 2023 ? C’est sans compter l’émoi national qu’a suscité cette énième péripétie, à l’image des cinq Femen qui se sont enchaînées seins nus au Palais de Justice de Paris.

Par ailleurs, une nouvelle pétition circule déjà sur Internet pour demander cette fois-ci une grâce présidentielle totale.

Crédits photo : AJEL/Pixabay 

Alexandra Segond

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media