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Wanderlust : Quand la jeunesse crève l'écran

La jeunesse au cinéma est souvent portée à l’écran par des réalisateurs l’ayant quittée depuis longtemps, mais qu’en est-il lorsque des jeunes se filment ?

De Bang Gang à The Bling Ring en passant par Projet X, les films ayant pour but de raconter les aventures d’une génération Y débridée et sans repères, ont tendance à se multiplier au sein des paysages cinématographiques français et étrangers ces dernières années. Phénomène de mode ou véritable enjeu de société ? Deux jeunes réalisateurs, Enguerrand Jouvin et Lou Occelli , se sont essayés au genre, et leur expérience en la matière se révèle être des plus éclairantes.

Paris, février 2016. Enguerrand Jouvin, apprenti cinéaste, peaufine sa dernière création. Toute l’équipe du film est aux abois : la première projection de Wanderlust est prévue pour juin. « On a pris un peu de retard. On a voulu exploiter tout ce que le film pouvait porter comme sens, alors il sera plus long que ce qu’on avait prévu … » Le fil conducteur du court-métrage, effectivement, n’est pas des plus aisés à dérouler : les deux réalisateurs, qui se sont rencontrés au Lycée Leopold Sendar Senghor d’Evreux, le reconnaissent.

 

« On ne voulait pas apporter un regard professionnel sur un fait de société, mais un témoignage d’une bande de jeunes gens à qui on a laissé la parole, qui ont pris un peu de recul sur l’hypersexualisation et qui s’en détachent doucement. On ne cherche pas à faire quelque chose de moralisateur : on a voulu parler d’adolescence, pas des jeunes en général, mais de certains d’entre eux qu’on a tous rencontré à un moment donné de notre vie. »

Un film sur les jeunes, avec jeunes, fait par des jeunes

Portrait pessimiste d’une société hypersexualisée où l’acte d’amour est rendu socialement nécessaire, le court-métrage, qui dure en réalité un peu plus d’une heure, raconte l’histoire de quatre personnages qui à l’occasion d’une soirée un peu trop arrosée, feront l’expérience de tout ce que la vie nocturne et étudiante peut comporter de plus malsain.

 

« On a vraiment voulu s’inspirer au maximum de nos expériences respectives, afin d’avoir le rendu le plus réaliste possible. En général, les films sur les jeunes sont réalisés par des auteurs qui sont aujourd’hui presque complètement étrangers à ce monde qu’est le nôtre. On a vraiment voulu que ce soit un film sur les jeunes, fait par des jeunes, afin que notre sensibilité puisse s’y exprimer pleinement. C’est un phénomène par lequel nous étions directement concernés et dans lequel nous baignions il y a encore peu. C’est pour cela que nous savions de quoi nous parlions et comment traiter le sujet. On aurait pu attendre encore d’avoir plus de moyens financiers avant de le tourner, mais même si nous avions acquis plus de connaissances techniques, de maturité, il fallait le faire maintenant avec notre regard d’ado de 18 ans. Si on l’avait fait plus tard, ça aurait été un film totalement différent, et il n’aurait sans doute pas eu la même valeur à l’arrivée. »

En effet, le plus souvent, rien n’est plus maladroitement filmé qu’un jeune au cinéma. Fainéant, râleur, égoïste, bipolaire … Le jeune, lorsqu’il est filmé, se mue généralement en une sorte de projection fantasmée tout droit sorti de l’esprit d’un réalisateur qui se trouve être, au mieux, à côté de la plaque, au pire, carrément névrosé. C’est que ces derniers ont souvent pour ambition de dépeindre une génération entière, et qu’il est bien difficile de retranscrire fidèlement un fragment de réalité sociale en moins d’une heure et demie. Le jeune au cinéma en vient donc en quelque sorte à porter sur ses épaules le lourd fardeau de ses millions de compères qui au final, ne se retrouvent généralement que par bribe dans les personnages qu’on leur impose.

« C’est ce que tu voulais non ? Être comme les autres ? »

Si Wanderlust ne manque pas de réutiliser certains codes propres au genre – on reconnaîtra par exemple l’influence de réalisateurs comme David Lynch ou Lars Von Trier – le court-métrage essaie néanmoins de prolonger les expériences qui ont pu être menées jusqu’à maintenant. Les personnages, tour à tour tourmentés, vulgaires et insouciants sont ainsi traversés par une multiplicité de registres qui empêche le spectateur de caractériser de façon définitive ce à quoi il assiste, tandis que le rythme des dialogues et des échanges entre les personnages le surprend par une irrégularité agréablement dérangeante.

Au final, on ne peut que souligner le mérite d’un projet mené de longue haleine par deux étudiants conscients de la complexité du monde social dans lequel ils évoluent et qui, au passage, réussissent assez bien à dépoussiérer un genre qui avait quelque peu tendance à se complaire dans ce qu’il avait d’acquis.

Pour plus d’informations concernant la projection ici.

Et pour y assister : roncesvideos@gmail.com

 Crédit Photo : Lila Guiraud

 

Lucille Simonin

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