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Littérature : À nos amours…

Parce que l’amour en littérature est plus complexe que la relation entre Bella et Edward, Sorb’on vous propose une liste des plus beaux textes l’ayant pour thème.

« L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi », cette phrase de Louis-Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit reflète bien deux choses : l’absolu que représente ce sentiment pour de nombreux auteurs, mais aussi son abaissement, sa dégradation progressive. Aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous lire un livre racontant une histoire d’amour semble impossible, tant ces histoires sont actuellement bafouées.

Il faut bien comprendre que ce sentiment n’est pas réduit à figurer dans des comédies romantiques niaises à souhait. Actuellement entendre « amour » nous fera venir à l’esprit ces romans pour adolescentes prépubères, aussi passionnants et profonds qu’une telenovelas. Mais aussi à des auteurs comme Marc Levy qui malgré l’avis de Jacqueline et Benoît, petit couple de la cinquantaine estimant que ses livres : « sont bouleversants, ont enfin donné un sens à leurs vies… », ne sont, pour rester poli, qu’affligeants. Par ailleurs, la critique portée par François Busnel sur M. Levy, semble rapportable à notre idée générale sur les histoires d’amour : « cousus de fils blancs. C’est comme les Feux de l’amour. On connaît déjà la fin, les émotions sont conditionnées et la morale toujours la même : l’amour est plus fort que la mort et nous nous retrouverons… ».
Face à cette décadence de la représentation de l’amour et l’éloignement de certains lecteurs de ces histoires par peur d’un récital de clichés, il nous faut rétablir la vérité, et redonner espoir à tous les célibataires. Cela à travers une liste de quelques grands classiques, non exhaustive bien évidemment, ceci n’est qu’une mise en bouche, de textes qui subliment ce sentiment, que ce soit par le théâtre, le roman, la poésie…

La plus scandaleuse, Lolita de Vladimir Nabokov publié en 1955. Il s’agit de la confession d’un homme, Humbert Humbert, qui se dit attiré par les nymphettes (préadolescentes), il nous raconte ainsi son aventure passionnée, autant amoureuse que sexuelle, avec Dolores Haze, surnommée Lolita, qui au début du roman a douze ans et demi. Nabokov nous fait suivre le périple de motel en motel, à travers les Etats-Uni, de ce couple qui se cache aux yeux du monde. Nous assisterons à l’évolution des sentiments de Lolita et à l’affirmation de ceux d’Humbert. Au-delà du caractère provoquant des thèmes abordés, il faut bien voir que le contenu n’a rien de vulgaire, au contraire, Nabokov manie les mots et les références littéraires à merveille. Un amour à scandale inscrit dans un roman dynamique, difficile à lâcher : n’attendez plus, dévorez-le !

Les plus poétiques, comment un homme pourrait-il ne choisir qu’un poème traitant de l’amour, tant les poètes ont exalté ce sentiment ? Nous pouvons à titre d’exemple en citer quelques uns : Les yeux d’Elsa, Aragon ; Je respire où tu palpites, Hugo ; Mon rêve familier, Verlaine ; ou bien L’isolement de Lamartine et son célèbre : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »… mais aussi les poèmes d’Eluard. Il vous suffit de vous laissez porter par les vers d’un poète chaque matin pour retrouver foi en l’amour. De plus, pour séduire une jeune demoiselle, citer Rimbaud reste préférable à Kendji Girac…

La plus loufoque, L’écume des jours de Boris Vian. Original, tragique, drôle, touchant… il faudrait bien plus d’adjectifs pour décrire ce livre, tant il est riche. Imaginez des personnages vivant dans un monde fictif, absurde et très poétique, où les pianos peuvent réaliser des cocktails en accord avec la musique, où les habitations rétrécissent au gré des humeurs… Mais si l’univers est au départ très gai, l’amour n’en est pas moins tragique. Nous suivons trois couples : le principal, Chloé et Colin, puis Chick et Alise, enfin Nicolas et Isis ; tous s’aiment de manière très différente et leurs fins seront elles aussi, très variées : elles ne trouveront un point commun que dans le malheur… Pour son univers et son vocabulaire fruit d’une imagination fertile, ses personnages face à leurs destins, ce livre est un essentiel.

Les plus tragiques, ici il m’est impossible de n’en citer qu’un, car il est impensable de faire cette liste sans le premier, et le second est celui vers lequel mon cœur balance.
Le premier est la plus célèbre et pourtant toujours extraordinaire pièce, Roméo et Juliette de William Shakespeare. Cette tragédie écrite à la fin de XVIème siècle, met en place un amour impossible entre les deux personnages éponymes dont les familles (Capulet, Montaigu) s’entre-déchirent, baignant Vérone dans le sang. Cet amour les mènera tous deux à un triste sort, mais paradoxalement il apportera la paix dans Florence… Si parfois le style un peu daté et la multitude de personnages peuvent dérouter, cette œuvre reste une des pièces majeures du dramaturge.
Vient ensuite, Les Justes d’Albert Camus, cette pièce nous raconte la préparation et l’exécution d’un attentat contre le tyran dirigeant la ville, par un groupe de jeunes socialistes révolutionnaires russes (inspiré de faits réels du 17 février 1905). L’amour se matérialise entre Dora qui a conçu les bombes et doit rester à l’arrière, et Kaliayev qui doit lancer la bombe. Kaliayev alors qu’il est pris, refusera de trahir ses amis et refusera toute grâce. Face à cela, Dora veut elle aussi le suivre dans cette voie, pour le rejoindre. Ici, intrigue révolutionnaire historique et amour se mêlent dans une pièce sublime, qui soulève comme toujours dans les textes de Camus, la question de l’homme, l’impact de ses choix, de ses actes, de ses idéaux sur sa condition. Au final entre action en premier plan et amour en second, il se tisse en toile de fond durant toute la pièce, la question de la liberté et de l’homme, qui font partie des thèmes de prédilection de Camus.

« – Plus loin que la haine !
– Plus loin ? Il n’y a rien.
– Il y a l’amour. »

Ou encore :

« C’est facile, tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre. »
Les Justes

La plus émouvante (ceci est purement subjectif, il n’appartient qu’à vous de vous approprier cette catégorie). Aurélien d’Aragon. Il s’agit d’un roman d’amour et pourtant y en a-t-il réellement un entre Aurélien et Bérénice ? Aurélien refuse tout d’abord cette attirance, pourtant Bérénice et lui s’accrochent à cet amour qui semble illusoire. Tous deux projettent sur l’autre ce qu’ils cherchent, Bérénice son goût de l’absolu et Aurélien une identité, mais aucun des deux n’est réellement à la recherche de l’autre. Au contraire il s’agit plus d’une recherche de soi à travers l’autre qui les guide. Au vu de cette brève description, il peut vous sembler paradoxal de parler de roman d’amour, cependant malgré l’ambiguïté des sentiments, Aurélien en reste un. En partie car une question peut se poser au lecteur : ce relatif échec de l’amour est-il dû au fait que ce sentiment soit inexistant entre les deux protagonistes ou bien leur amour est-il au contraire si absolu qu’il leur est impossible à vivre ? Voilà une question qu’il convient à chacun  de trancher, si cela est possible… De plus ce roman permet de vivre l’époque de l’entre-deux-guerres, et plus particulièrement la société culturelle et artistique qui y a fleuri et dont Aragon fait partie.

Au final aussi belles et fortes soient-elles, force est de constater que la majorité de ces histoires ne se finissent guère bien, le plus souvent c’est la mort qui vient conclure la romance. Il est possible que ce soit ce paradoxe, qui rende ces livres si beaux et les extirpe du niais, de la banale et simpliste dualité, amour/haine, des sentiments. Nous constatons donc que l’amour n’est pas enfermé dans de médiocres livres, au contraire il a donné naissance à de somptueux ouvrages dont cette liste n’est qu’une infime partie. Et à ces auteurs de pacotilles qui s’attaquent au sentiment le plus absolu de la littérature, nous n’avons qu’une chose à dire : pour reprendre Valérie Giscard D’Estaing : « Vous n’avez pas le monopole du coeur »…

Photo : Roméo et Juliette à la comédie française, par Eric Ruf, avec Jeremy Lopez et Suliane Brahim.

Emilien Wargnier

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