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Tolbiac fait sa révolution

Retour humoristique sur l’occupation de l’amphi N du centre Pierre Mendès-France de Paris 1 dans la nuit de mardi à mercredi.

Dans la nuit de mardi à mercredi, Tolbiac a veillé tard. Très tard. Dans son ventre, on a bu quelques bières, joué quelques accords, partagé quelques anecdotes. Affalés sur ses tables, on a refait le monde. Armés de quelques bougies, on a décoré la fosse ; puis, l’esprit à moitié embué d’alcool, on a peint des licornes sur les murs. Certains, comme emportés par ce tourbillon de subversion grandiloquente, et comme pressés par leur désir de laisser une trace de leur passage, se sont même laissés aller à quelques élans lyriques, au sujet desquels l’étudiant de passage dans les couloirs est fortement incité à méditer.

Hier soir, en effet, à l’initiative de quelques syndicalistes, indépendants et autres curieux, l’Amphi N du centre Pierre Mendès France a pris des allures de soirée étudiante ; de ce genre de soirée où entre deux tournées d’alcool, on insulte le pouvoir en place et on rêve à d’autres alternatives possibles. Certains d’entre eux ont probablement assisté, de près ou de loin, aux événements de jeudi dernier, du temps où Tolbiac était (re)devenue un champ de bataille ; mais l’ambiance ici est à la bonne humeur : c’est qu’entre camarades, les actions coup de poing et autres coups marketings, on préfère en parler au futur, histoire de ne pas perdre le rythme.

On entend d’ici les quelques étudiants lassés par les interventions répétées de ces « gauchistes » entrés en rébellion contre cette société qu’on a toujours connu, et dans laquelle on survivra probablement quelques années encore. Certains crieront au scandale, d’autres leur demanderont des comptes ; on les qualifiera de brutes, de hooligans, de casseurs ; à cela, ils répondront qu’il ne sont rien d’autre que cette jeune garde révolutionnaire qu’ils ont eux-mêmes constituée, et qui s’apprête à inaugurer une ère nouvelle de paix et de prospérité. Nous ajouterons que ce corps de quelques centaines de révoltés était en réalité bien loin d’être homogène : et que si l’on retire les quelques touristes, futurs libéraux complexés et autres syndicalistes pressés de faire l’Histoire qui ont répondu à l’appel de ces manifestants noctambules, il ne reste guère qu’une vingtaine d’individus, essentiellement étrangers à la fac, pour peinturlurer les murs et déchiqueter quelques câbles électriques.

Alors Tolbiac oui, lève-toi, si tu le veux. Mais d’abord, va voir le monde ; et raconte à qui veut l’entendre ton Histoire. Car, entre toutes choses, une seule être sûre : jamais révolution réelle ne s’est déroulée dans un amphithéâtre à moitié écroulé.

Lucille Simonin

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