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La protestation à la française 2.0

Le mouvement de protestation à la loi El Khomri, ouvre un espace de dialogue social sur le net. Sorb’on passe ce phénomène à la loupe.

Le projet de loi El Khomri, qui sera présenté non pas le 9 mars prochain, mais le 24 en Conseil des ministres, affole la France entière en toute légitimité. “Nous revenons des années en arrière !”. Soulignant le contre-progrès social de ce projet de loi, cette phrase est scandée tout autant sur les réseaux sociaux, que par les syndicats, ainsi que par la gauche (la vraie, normalement).

En quelques mots, le projet de loi rejette la base des 35 heures, une caractéristique majeure de la sphère du travail française, privilégie les négociations entre entreprises et salariés plutôt qu’avec les syndicats, affaiblissant considérablement le Code du travail, pour le plus grand bénéfice de la croissance, et le tout au détriment de la grande majorité des Français.

La diversité des plateformes utilisées pour exprimer le plus simple mécontentement ou alors appeler à la révolte, représente ce qu’il y a de plus fascinant dans la mobilisation contre ce projet de loi. Vivant à des milliers de kilomètres de notre chère République, je n’ai pas la possibilité d’aller au-devant de l’action et de m’investir au sein de mon université, ou dans mon quartier pour prendre part à ce débat, à une marche ou à une grève pour protester. Néanmoins, grâce à mes deux compagnons inséparables de l’expatriée en herbe que je suis (mon ordinateur portable et mon accès WiFi), je peux me plonger dans l’actualité du projet de loi El Khomri, et le processus exponentiel de sa cyberprotestation, aussi intensément que si je me trouvais en France.

Un cyberdébat

Tout comme le gouvernement Hollande souhaite nous montrer à quel point le projet de loi est à notre écoute avec, notamment, sa personnification grâce à son propre compte Twitter (on peut effectivement envoyer un message privé au projet de loi, je vous l’assure), nombreux sont les Français qui font entendre leur voix sur toutes les plateformes possibles, et essentiellement virtuelles, pour contrer cette campagne marketing publique.

Ainsi, les programmations d’événements contre la loi fourmillent sur le réseau social Facebook, et la pétition lancée par le site loitravail.lol dépasse le million de signataires. La diversité des fondateurs de ce site web – des professionnels, syndiqués et militants aux profils multiples, allant d’une conseillère principale d’éducation en  lycée professionnel à un ouvrier en soudure – souligne l’impact certain que cette loi aurait sur l’ensemble des secteurs de l’emploi. La devanture du site web présente une mosaïque colorée très attrayante, qui explique les différents points beaucoup moins attrayants du projet de loi, et offre une carte des rassemblements que les internautes peuvent enrichir des villes qui manquent à l’appel.

#Onvautmieuxqueça

Un autre dispositif 2.0 qui se répand rapidement est le hashtag (mot dièse pour ceux qui développent des allergies aiguës aux anglicismes) « Onvautmieuxqueça » . Conçu par un groupe de vidéastes, il est présent sur tous les réseaux sociaux majeurs, et est utilisé pour dénoncer les absurdités et injustices au travail.

Sémantiquement, la mise en avant d’un « On », à mi-chemin entre le « je » et le « nous », et l’insistance phonétique sur le pronom indéfini  « ça » exprime selon Augustin Besnier, « la défiance croissante à l’égard des représentants », mais aussi  « la fissuration des ‘grands partis’ ». Formulant à demi-mot des maux politiques ancrés dans notre temps, cette expression twittée et retwittée sans retenue, annonce-t-elle le début d’une longue existence lourde de protestations sociales et de futures cyberrévoltes historiques ?

La semaine dernière encore, je parlais à des lycéens américains en cours de français de la symbolique de mai 68, un pilier historique contemporain de notre conscience collective de la protestation française. Ils ne pouvaient imaginer un seul instant faire de même dans leur pays, où les tensions sociales sont atténuées symboliquement et légalement dans les cabines de dépressurisation que sont les tribunaux américains, pour être ensuite véritablement résolues au terme de longs parcours semés d’embûches. Néanmoins, je suis certaine qu’ils auraient réussi à dresser quelques parallèles entre cette protestation à la française 2.0 et le hashtag « BlackLivesMatter », à l’origine du mouvement américain contre les violences policières, le racisme et le profilage racial qu’endure la communauté afro-américaine.

Toujours est-il que l’importante mobilisation physique et virtuelle contre le projet de loi El Khomri commence à porter ses fruits, comme en témoigne le report de sa présentation en Conseil des ministres au 24 mars et la mise en place d’espaces de débats multiples entre le gouvernement, le groupe PS à l’Assemblée Nationale, les partenaires sociaux, les organisations syndicales et les organisations patronales.
Grâce à mon ordi et à ma WiFi, je reste connectée et j’espère que vous aussi. #Onvautmieuxqueça

Amal Amaskane

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