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Choc Assas / ICP : qui a vu déchoir ses orateurs ?

Lundi 15 février avait lieu le deuxième match de l’année organisé par la Fédération française de débat et d’éloquence, opposant Assas et l’Institut catholique de Paris. Sorb’on a eu des places VIP et vous fait un petit compte-rendu. Il faut d’abord reconnaître à l’organisation que nous n’étions pas les seules guest stars invitées au débat, […]

Lundi 15 février avait lieu le deuxième match de l’année organisé par la Fédération française de débat et d’éloquence, opposant Assas et l’Institut catholique de Paris. Sorb’on a eu des places VIP et vous fait un petit compte-rendu. Il faut d’abord reconnaître à l’organisation que nous n’étions pas les seules guest stars invitées au débat, puisque le jury était présidé par Jean-François Copé, présent moins de 24 heures après l’annonce de sa candidature à la primaire des Républicains. À cause de cette actualité imminente, nos copains d’Itélé ont même tenté de nous piquer la vedette…

Vous l’aurez sans doute remarqué, le nom de notre journal favori nous incite à la neutralité la plus stricte. Du haut de l’amphi IV du centre Panthéon, Sorb’on (ne) regarde donc, comme un bon stoïcien face à la tempête, ses deux rivales s’écharper. Sur un sujet plus que polémique, vu et revu, la déchéance de nationalité, le gouvernement représenté par Assas et l’opposition de « la Catho » ont donc pu lancer les hostilités.
Sur le fond, tous les arguments classiques y sont passés : du « sursaut français » à la référence au régime de Vichy, de l’argument constitutionnel, à celui du traité international qui interdit l’apatridie, en passant par l’inévitable Jawad, cité plusieurs fois comme exemple de complice terroriste à déchoir. Le jury reproche pourtant aux orateurs de n’avoir pas poussé la réflexion juridique plus loin, alors que presque tous ceux-ci étudient le droit.

Côté Assas, on ose ! Tandis que côté ICP…

Lorsque Ralph Cohen, Premier ministre d’un soir, ouvre le débat et regarde Copé en citant du Fillon, on comprend vite que Paris II n’a pas froid aux yeux. Pour mémoire, on vous renvoie à la compétition pour la présidence du parti à l’automne 2012. Éclats de rire dans l’amphi. Les références ne manquent pas, et lorsque Paul de las Cases cite Alain Finkelkraut, chez Sorb’on, comme on lit tous les journaux et qu’on sait que celui-ci est également président de la Pravd’Assas, on comprend qu’il fait référence à un article polémique sur notre académicien Finkie, écrit entre autres par… son copain Ralph Cohen. Que le monde est petit !

Le leader de l’opposition, Adrien Fargère, nous regardait fixement, les mains tremblantes, avec un air de Jacques Brel des jours les plus sombres. Son successeur Alexandre Debaune désigne même les terroristes par « ces gens-là », comme si toute l’équipe s’était passé le mot pour jouer dans la métaphore.
La punchline de la soirée revient tout de même à Paul De Las Cases pour Assas, qui attaque ses adversaires avec un sanglant « Il y a autant de coquilles dans votre discours que dans vos slips ». Paris II se paie donc le luxe d’utiliser des arguments pas très… catholiques.

Verrès et Catilina

Bien sûr, il y a des arguments auxquels l’auteure de cet article ne peut rester insensible. Non, non, ne voyez pas le mal partout, il s’agit bien d’arguments oratoires. Lorsque le troisième protagoniste de la Catho, Gautier Mobuchon, évoque le dieu Saturne et compare le débat qui a lieu aux procès de Verrès et Catilina, les historiens en nous ne peuvent qu’apprécier. Tanguy Albertini pour Assas répond sur la même longueur d’onde, et place dans sa prestation un petit « de facto » par-ci, une petite « potestas » par là. Le professeur d’Assas, Grégory Portais, membre du jury, va même jusqu’à citer Virgile lors de l’annonce des résultats. Une belle soirée en perspective donc.
On regrette pourtant le fait que les questions n’aient pas vraiment eu leur place dans le débat. Certes, on a vu huit excellents orateurs déclamer leurs discours, mais le concept même de débat peut être remis en cause, car il laisse peu de place à la spontanéité. Le but, c’est de voir qui s’en sort le mieux lorsqu’il est verbalement attaqué, et de s’écarter peu à peu des mots écrits sur une feuille à l’avance. Sur ce point, les protagonistes du choc Assas/ICP sont certainement trop restés dans leur cocon de sécurité.

BestCatho ou BestAssas ?

On notera, pendant les délibérations du jury, la tentative quelque peu infructueuse des orateurs d’Assas de se révolter sur un sujet aussi sensible que croustillant : la création du site BestAssas. Pour rappeler le concept, avant la création d’un réseau social que vous connaissez tous, Mark Zuckerberg et ses camarades d’Harvard, référence dont les « Assassiens » ne se sont pas privés, ont créé FaceMatch. Un site qui mettait en compétition deux photos de jeunes filles pour dresser un classement final à partir du comptage des clics. Quelques anonymes de Paris II ont donc réitéré le système avec 600 photos d’étudiantes de première année de droit, pour créer BestAssas (il faut croire que chaque fac possède son lot de mâles avides de désigner leurs plus belles congénères). Amateurs s’abstenir, le site est déjà fermé depuis. Dans un amphi rempli aux trois quarts d’hommes en costard, le débat n’a donc pas pris et il a fallu moins de temps à Jean-François Copé et ses acolytes pour revenir annoncer les résultats.
Les résultats, donc. Le jury, il faut l’avouer, notamment Edgar Dauviau, ancien président de la FFDE, est parfois meilleur que les protagonistes, et nous gratifie d’un petit cours d’éloquence. (Il essaie aussi de draguer l’oratrice de la Catho, mais ça, c’est une autre histoire). À la fin, c’est bien Assas qui gagne, sans grande surprise, le prêche de la Catho n’a donc pas converti tous les fidèles. Marion Vigneau pour l’ICP, seule représentante féminine, est désignée meilleure oratrice, pour sa « très bonne gestion du silence » dixit Copé.

Il faut lui reconnaître un discours dans un ton différent, plus spontané, et sa voix plus aiguë portant naturellement moins, c’est donc tout à son honneur d’avoir clôturé le débat, car c’est sans doute la meilleure de son équipe. C’est vrai que si le choix n’avait appartenu qu’à nous, on aurait plutôt choisi Alexandre Debaune pour Assas, dont la prestation qui a mêlé ironie, pleurs et intensité a impressionné. Donner cette distinction à Marion Vigneau, c’était au moins montrer que ce choc fut serré et qu’il a tenu toutes ses promesses !

Photo : Oscar Marion

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