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Star Wars : Un film sans prise de risque

Sorb’on vous propose une critique approfondi du dernier Star Wars : The Force Awakens. À lire uniquement si vous avez vu le film ou si vous hésitez encore.

Sorti mercredi dernier, le très attendu Star Wars VII : The Force Awakens a réalisé la deuxième meilleure sortie de l’année en France derrière le dernier James Bond. Critique sur le retour d’une saga plus que trentenaire. 

Les fans de Star Wars attendaient avec impatience, et appréhension, la sortie de ce premier opus. Le réalisateur J.J. Abrams allait-il être à la hauteur de la tâche ? Les voilà sans doute rassurés, ce septième opus est bien un Star Wars. Tous les ingrédients qui ont fait le succès de la série sont présents, l’univers de Georges Lucas est respecté et le film s’insère (presque) avec logique dans la continuité du récit. Pourtant comme dans la Force, ce film comporte des bons côtés et un côté obscur.

Le bon côté de Star Wars VII

J.J. Abrams a su reproduire l’univers créé par Georges Lucas. On retrouve les éléments traditionnels de ce space-opéra dès les premières secondes du film avec ce thème musical et ce générique désormais mythiques. Le film débute et on apprend qu’une nouvelle lutte déchire la galaxie. Jusque là rien d’étonnant. La Résistance est à la recherche de Luke Skywalker, le dernier Jedi qui a disparu depuis plusieurs années, alors qu’un terrible Premier ordre sème la terreur.

On assiste a une première partie de film maîtrisée, aussi bien dans la construction des personnages, que d’un point de vue de l’image. C’est très agréable de retrouver l’espace et les planètes de Star Wars avec des effets spéciaux modernes. En 3D, on en prend plein la vue. Les nouveaux personnages apparaissent au fur et à mesure. John Boyega est très juste dans son rôle de stormtrooper en pleine crise de conscience. Adam River parvient plus ou moins à remplir son contrat en tant que figure du Bien qui a basculé dans le Mal, mais qui éprouve encore quelques doutes. On est cependant bien loin de l’intensité qu’avait pu mettre un Hayden Christensen dans le rôle d’Anakin confronté à la même lutte intérieure. Le personnage et l’actrice qui émerge vraiment, c’est Daisy Ridley qui signe LA performance du film dans son rôle de Rey. Le personnage d’Oscar Isaac, le pilote Poe Dameron, apparaît comme une version édulcorée du Han Solo de la première trilogie. Caricatural au possible, il tient plus du sidekick que du personnage de premier plan.

Enfin, le vrai bon côté de ce Star Wars, c’est qu’il annonce une suite. Il ne s’agit pas d’un épisode unique, mais bien de l’annonce de plusieurs opus à venir. Il n’y a pas besoin de spéculer, scénaristiquement parlant, il ne peut y avoir qu’un Star Wars VIII. Le spectateur le comprend bien et J.J. Abrams fait tout pour nous teaser, et parfois il en fait même un peu trop. Beaucoup de questions restent en suspens et de ce point de vue là, le pari est réussi. J.J. Abrams aura convaincu la majorité des fans qu’il pouvait reprendre l’univers de Star Wars, mais c’est aussi là que se trouve le problème majeur du film qui manque clairement de corps pour être un épisode à part entière.

Le côté obscur du film

On sent tout au long du film les efforts de J.J. Abrams pour ne pas décevoir les fans de la série et ne pas s’écarter de l’univers des premières trilogies. Le fan service est au rendez-vous : musique, générique, personnages iconiques de retour… Il en résulte une prise de risque nulle. Et c’est là que cet opus déçoit. J.J. Abrams avait entre les mains tout ce qu’il fallait pour prolonger et renouveler durablement la saga. Sur le papier, ça semblait pourtant prometteur : un stormtrooper qui se trouve une conscience faisant parti des personnages principaux, un personnage féminin qui occupe une place centrale, un nouvel ordre des ténèbres… On peut se demander si c’est la pression des fans ou de Disney qui a poussé le réalisateur à prendre si peu de risques.

Ce qui manque à ce septième opus, c’est la subtilité qui se trouvait dans les anciens épisodes, surtout dans la première trilogie. On découvre un premier ordre qui sort de nulle part, et qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. La seule information donnée est que les événements se situent 30 ans après la fin de la guerre. Le spectateur a du mal à comprendre les origines de cette situation-là, où dans la première trilogie on parvenait à accepter les histoires de la guerre entre l’Empire et la Résistance sans en avoir tous les détails.

Autre ellipse scénaristique grossière, la disparition de la République. On la mentionne trente secondes dans le film avant de la faire disparaître à coup de Starkiller Base. C’est un peu gros. On ne comprend également pas pourquoi la Résistance existe toujours si la guerre est finie, même si bien sûr le combat entre le côté obscur et le bon côté de la Force est un combat éternel. Beaucoup trop d’approximations dans la structure narrative du film qui culmine avec la découverte de la Starkiller Base. Pour faire simple, c’est une nouvelle Etoile de la mort, insérée dans une planète, et beaucoup, beaucoup plus grosse. Une arme massive sur laquelle on n’a quasiment aucune information, à croire que même la Résistance ou la République ne connaissaient pas son existence. Et surtout elle sera détruite en quelques instants avec une facilité déconcertante. Pas de batailles spatiales interminables, pas de scènes de combat épique, et un plan ficelé en trois secondes (littéralement).  Vous voyez le problème venir : une super-arme, qui détruit une République quasi inexistante (dans le film) et qui, au final, est détruite. Tout ça dans un seul film. On a donc un réel manque de profondeur scénaristique, qui passe assez mal dans l’esprit du spectateur.

Toujours dans le problème de la subtilité, il y a l’assimilation très nette du Premier ordre au régime nazi qui se traduit lors de la scène de la première utilisation de la Starkiller Base, par un discours où on sent même poindre un accent allemand caricatural (en VO). Tout le charme de la première trilogie était justement de faire référence au nazisme sans pour autant le balancer à la figure du spectateur et en permettant de substituer à l’Empire tout autre régime totalitaire. On perd donc la sensibilité politique qu’on pouvait retrouver dans les premières trilogies.

J.J. Abrams tue le père dans son film avec Kylo Ren (ceux qui auront vu la scène comprendront le clin d’oeil), mais ne parvient pas à le faire lui-même dans la réalisation et la trame narrative, et reste prisonnier des premiers films de la saga. C’est un film qu’il faut aller voir, parce que c’est Star Wars (!) et parce que c’est LE film événement de cette fin d’année. Star Wars VII est très loin d’être l’échec que certains redoutaient, et tend vers le côté lumineux de la série, mais le tout est fragile et peut encore basculer du côté obscur qui fera fuir les fans et les amateurs. La réponse dans le prochain épisode…

Etienne Meyer-Vacherand

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