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Attentats : le Bataclan, c'est l'échec de l'État

En pleine tournée médiatique, le général Vincent Desportes s’est exprimé fin novembre à Sciences Po sur les attentats et leurs conséquences.

En pleine tournée médiatique, le général Vincent Desportes s’est exprimé fin novembre sur les attentats et leurs conséquences, dans un des TD du cours « Espace Mondial » à Sciences Po. Ancien directeur de l’École de guerre et désormais professeur associé à Sciences Po, il prône une réponse interventionniste de l’État. Mais pas que.

Alors que le général est entré dans la salle de cours, un des élèves s’apprête à le présenter brièvement. Mais ce dernier n’a pas même pas le temps de finir sa première phrase que le général le coupe : « Je n’ai que 35 minutes, je vais me présenter moi-même. […] Je suis soldat ! ».

Son discours commence.

« LA GUERRE N’EST PAS MORTE »

Forte de soixante-dix ans de paix, l’Europe a l’illusion d’avoir tué la guerre, affirme le général. Non seulement « la guerre n’est pas morte », mais « elle vient là où on est faible ». Déplorant le « désarmement de l’Europe », qui a confié sa sécurité aux États-Unis, le général s’exclame : il faut désormais « sortir de notre rêve et raisonner nos problèmes moraux autrement ».

Pour lui, l’État n’a plus de moyens. En cause ? La « déresponsabilisation politique », qui a conduit les élus à penser d’abord à la future élection, avant de penser à l’avenir du pays. « Si on avait suivi la pente de dégradation des moyens de l’armée – dégradation arrêtée aujourd’hui —, il n’y aurait plus eu d’armée en 2040. »

Déclarant que « les démocraties ne sont pas capables de sentir le futur quand il est difficile », le général Desportes espère que des hommes d’État tels que de Gaulle, Churchill ou Roosevelt seront aujourd’hui prêts à faire les réformes et les sacrifices nécessaires pour rétablir l’État régalien, et les dépenses en matière de sécurité. En 1940, Churchill avait en l’occurrence promis « du sang, de la sueur et des larmes ». Quant au Président Roosevelt, il avait su préparer les États-Unis à entrer en guerre en 1942, alors qu’ils n’avaient qu’un semblant d’armée en 1938.

« LA GUERRE EST UN OUTIL MINEUR. DERRIÈRE, IL FAUT RECONSTRUIRE. »

Pour le général, les bombardements sur Daech, « on s’en fout. On peut faire ça des années ». L’important, c’est de savoir ce qu’on l’on veut après Daech. Il s’agit selon lui de ne pas répéter les erreurs de l’intervention militaire en Libye en 2011 : terminée dès la chute du dictateur Kadhafi, elle avait laissé le pays dans le chaos.

« Le problème des moyens est secondaire. Il faut bâtir une stratégie intégrale capable de réunir les acteurs autour d’un objectif commun ». Pour cela, six acteurs sont incontournables : les États-Unis et la Russie, mais aussi l’Iran et Israël. Le général mentionne également deux pays accusés de financer Daech : l’Arabie saoudite et la Turquie. « 40 % du financement de Daech provient de la contrebande de pétrole, à travers la frontière Syro-irako-turque. » Ajoute-t-il.

Ignorant la Grande-Bretagne et la France, pourtant impliquées dans les frappes aériennes contre Daech en Irak et aussi en Syrie pour la France, le général les qualifie de puissances « secondaires » dans la lutte contre l’État islamique. Il conclut : « Hitler a été vaincu à partir du moment où Staline et Roosevelt se sont mis d’accord sur un intérêt commun. »

Toutefois, selon Vincent Desportes, une fois une stratégie contre Daech déterminée, le combat au sol est inévitable. Aujourd’hui, les deux grandes victoires terrestres contre Daech sont l’œuvre des Peshmergas kurdes : à Kobane et à Sinjar. Mais Rakka, fief de l’État islamique, ne fait pas partie des territoires revendiqués par les Kurdes. Alors, qui ira libérer ces territoires ?

Sur ce point de vue là, le général se montre particulièrement pessimiste. « L’armée française n’en est pas capable, la Grande-Bretagne et l’Allemagne non plus. » Quant aux Russes, ils gardent toujours en tête le souvenir de l’échec soviétique lors de la guerre d’Afghanistan (1979-1989), tandis qu’ils sont déjà engagés en Ukraine. On ne pourrait pas non plus compter sur l’Arabie saoudite, impliquée depuis le 26 mars dans la guerre au Yémen, ou bien sur les États-Unis, « fatigués de la guerre ».

Pour Vincent Desportes, notre génération sera celle qui devra relever le défi de l’obscurantisme djihadiste. « Nos valeurs et notre sécurité ne sont pas une donnée. On doit se battre pour les préserver ».

Ce combat ne se joue pas qu’à l’extérieur de nos frontières. Selon le général, « il faut assécher le marais » de volontaires qui rejoignent les rangs de Daech. Le professeur Badie le rappelait le 15 novembre sur France Inter : nous ne sommes pas face à une troisième guerre mondiale, mais face « à une nouvelle conflictualité internationale, qui mêle intimement le social et le politique. […] Daech est un entrepreneur de misère : il mise sur la décomposition sociale pour se faire une clientèle ».

Gaëlle Lebourg.

La rédaction

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