On’

Le rat d'expo #1 : Fragonard Amoureux

Redécouvrir Fragonard au musée du Luxembourg, avis d’une amatrice d’exposition parisienne.

En arrivant ce vendredi de novembre au palais du Luxembourg, plus pressée de rentrer à cause du temps grisâtre que par impatience de me concentrer sur une cinquantaine d’œuvres, je me demande encore si j’ai bien fait de venir. J’ai pu visiter juste avant l’exposition Hey Act III, un bijou de nouveautés, d’étrangetés et de créations et me plonger dans l’univers de l’artiste rococo qu’est Fragonard, m’apparaît comme un choc. Je me sens d’avance comme à l’exposition de Rubens à Van Dyck, où je nageais au milieu de grands-parents de jeunes qui avaient bien fait de ne pas venir.

Je rentre donc, je donne mon manteau au vestiaire (je salue par ailleurs les hôtesses d’accueil, très aimables) et j’arrive dans la salle. Ambiance feutrée et calme, consciencieuse et studieuse, comme se veut toute exposition. De mon côté, mes idées reçues se limitaient à une connaissance imprécise des seuls Hasards Heureux de l’Escarpolette ou d’ Artémis et Callisto, alors j’essaye de partir dans l’état d’esprit d’une découverte. Mais le faire totalement est impossible : le rococo et ses cadres lourds où se mêlent fleurs et coquillages sont bien là.

Fragonard (1732-1806) est ici vu dans son volet amoureux, et transcrit les oppositions et tiraillements de l’époque des Lumières. L’artiste vogue entre érotisme explicite et galanterie élégante, tout autant qu’entre huiles et eau forte. Alors, on peut s’amuser à retrouver les histoires des mythes grecs peints sur de grandes toiles comme les aventures amoureuses de Zeus, et on peut chercher à comprendre si certaines chutes de jolies bergères sont, ou non, de plein gré et de pleines intentions pour le berger derrière l’arbre. Ici, les histoires d’amour sont au grand jour, et tous les volets y sont illustrés. L’amour galant et poli, l’amour dans l’éthique et l’esthétique des Lumières, la figure de la jolie bergère aux mœurs légères, mais aussi des scènes qu’on soupçonne aisément comme ayant fait naître à l’époque protestations, airs pincés pour la bourgeoise et sourire en coin pour les messieurs. Ces estampes sont d’ailleurs pour moi, l’intérêt véritable de l’exposition. Non parce que l’érotisme est ce qui semble dans l’exposition le moins scolaire (en effet, les tableaux présentés mettent au grand jour la maîtrise de la lumière et des couleurs de l’artiste, et également son talent polisson), mais parce que ces estampes ou gravures, marient élégance du trait à la folie de l’idée, à la liberté de l’image et à l’insolence de l’acte.

Je conseille cette exposition chaudement à qui s’intéresse à l’art et à la société du XVIIIe, car vous pourrez ainsi en découvrir quelques aspects culturels. Je vous conseille quand même d’y aller à deux, parce qu’il y a toujours quelques commentaires drôles qui risquent de vous venir et qui seraient frustrés de ne pas rencontrer d’oreilles attentives !

Pour les détails pratiques, j’ajouterais que pour les étudiants, du lundi au vendredi à partir de 17 h un billet acheté= un billet offert, soit un total à payer de 7euros 50 pour deux, ce qui est toujours appréciable ! L’exposition est ouverte jusqu’au 24 janvier tous les jours de 10 h à 19 h, et les lundis et vendredi jusqu’à 21 h 30.

Bonne expo !

Marion Joinct de Boves

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .