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Made In France

Made In France risque de faire du bruit à sa sortie, le 18 novembre prochain. Sorb’on était à l’avant-première.

[EDIT de l’article paru le 9 novembre] La date de sortie du film Made in France a été annulée par la société de distribution du long-métrage de Nicolas Boukhrief, en raison des attentats de Paris du 13 novembre. Initialement prévu en salle le 18 novembre, le film devrait tout de même être projeté a une date ultérieure.

Annoncé comme un film-choc dans le paysage du cinéma français, Made In France risque de faire du bruit à sa sortie, prévue le 18 novembre prochain. Mais contrairement à ce que son sujet pourrait laisser penser, le dernier film de Nicolas Boukhrief n’est en aucun cas opportuniste, c’est un véritable thriller qui donne à voir notre société sans tomber dans des amalgames. Nous étions à l’avant-première en présence de l’équipe du film.

Un projet ambitieux dans le cinéma français

Dès 2012, Nicolas Boukhrief travaille sur l’écriture d’un film sur le terrorisme en France, après l’affaire Merah. Le tournage ne commence que deux ans plus tard et dès début 2015, le film est prêt. Mais suite aux tragiques évènements de janvier 2015, le distributeur refuse de diffuser « un polar qui est devenu un film politique ». Il aura fallu plusieurs mois et un distributeur anglais pour que le film puisse enfin être diffusé en France. Avant cela, le réalisateur confie qu’il avait même été forcé d’écrire un faux scénario pour obtenir des autorisations sur des lieux de tournage. Avec un tel sujet, Nicolas Boukhrief sait qu’il évolue sur un terrain miné. Made In France raconte comment un journaliste de culture musulmane infiltre une cellule terroriste en France. Rapidement, il est dépassé par les évènements et se trouve entraîné dans une spirale de violence, au cœur même de l’organisation d’un attentat meurtrier. En utilisant tous les codes du thriller, Made In France porte un regard sur la société française et n’est certainement pas un film opportuniste ou islamophobe. Au contraire, il pose les bonnes questions plutôt que de livrer des conclusions trop hâtives.

« On a eu le sentiment angoissant d’être rattrapés par la réalité. »

Si l’équipe du film n’avait pas prévu que Made In France s’inscrirait à ce point dans l’actualité, le film n’échappera pas à ce lien très trouble entre réalité et fiction. Comme le réalisateur l’explique, il a vu tout au long du processus de création du film des éléments devenir la triste réalité : les attentats à Paris, les exécutions filmées, un djihadiste breton, etc.

Mais malgré ce « sentiment angoissant », l’équipe du film assume sa volonté de vouloir faire ce long-métrage, et même de faire évoluer le cinéma en parlant d’un sujet qui fâche. Les acteurs l’ont bien compris, « il fallait faire ce film » comme l’explique Dimitri Storoge, bluffant dans son rôle de leader de cellule incontrôlable. Le réalisateur insiste sur le fait que le message du film ne prétend pas dépasser le genre dans lequel il s’inscrit. On aura tendance à l’oublier un peu rapidement, mais Made In France n’est pas qu’un film de société, ce n’est pas un documentaire ou un support de message idéologique, c’est avant tout un thriller maîtrisé :

Nicolas Boukhrief nous invite premièrement à suivre au plus près l’évolution de ses personnages, grâce par exemple au très peu de découpages de la plupart des scènes, offrant un cachet réaliste à l’ensemble. Deuxièmement, et c’est là que la mise à contribution du genre prend tout son intérêt, il opère à une distanciation  vis à vis des horreurs commises par ces mêmes personnages, en les mettant en scène par l’intermédiaire de séquences plus esthétisées, à l’ambiance travaillée. Les scènes d’action brutes, plutôt réussies, possèdent entre autres une musique et un mixage particulier. L’ambiance sonore du film est fonction de sa tension et prend le parti d’être de plus en plus assourdissante à mesure que cette dernière monte. Des scènes de violence inouïe paraissent donc, elle, surréalistes, parfois presque planantes; et divertissent pour raconter des personnages complexes et leurs tristes destins, mais aussi transmettre un propos sain sur un sujet polémique. Une rareté dans le paysage cinématographique français actuel.

Paul Decherf

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