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L’expérience de soi et une rencontre originale : Burning Man

Burning Man, utopie temporaire ou fête païenne ? Sorb’on revient sur cette rencontre artistique annuelle dans le Nevada.

Aujourd’hui, nous nous engageons bien loin du tumulte parisien, dans le désert de Black Rock au Nevada, pour parler d’un événement annuel artistique et spirituel, entre des milliers de personnes de tous horizons.
Burning Man est organisé pour la première fois en 1986 par un certain Larry Harvey, sur la plage de Baker Beach à San Francisco. Ils sont une vingtaine à y participer. Larry Harvey vient de divorcer et il décide de faire de cette déception sentimentale, un renouveau, symbolisé par la crémation d’un homme de bois : le Man.
Cette cérémonie rituelle attire, en 2015, 70 000 participants autour de ce même Man. Si l’augmentation des participants à Burning Man suscite la crainte et la critique, on peut néanmoins suggérer que la croissance de la communauté des burners, favorise l’esprit de partage et de vivre ensemble à une plus grande échelle. La volonté et l’état d’esprit des participants sont déterminants pour Burning Man. Mais, pour en parler sincèrement et comprendre le désert de Black Rock en plein mois d’août, faudrait-il encore s’y rendre. Floriane, alias Smoothie, nous raconte son vécu de burneuse comme une expérience sensorielle et physique unique.

Bman

Combien de fois es-tu allée à Burning Man ?

J’y suis allée trois fois, en 2012, en 2013 et en 2015.

 

Avec qui t’es-tu rendue à Burning Man pour la première fois ?

Avec mon père, ma sœur et son parrain. On était tous les quatre. C’était donc en 2012, le thème était Fertility 2.0. J’avais 17 ans.

 

Comment se décide-t-on à partir pour Burning Man ?

Il y a beaucoup de gens qui vont à Burning Man parce qu’ils se disent : il faut que j’y aille une fois dans ma vie. Mon état d’esprit était complètement différent parce que c’était un événement auquel mon père rêvait de participer depuis des années. Il avait peur d’y aller et d’avoir du mal à revenir après. Il a attendu que ma sœur et moi soyons grandes. Quand mon père est revenu, il avait complètement changé, et quelque part j’avais envie de ce changement.

 

Comment s’organise l’arrivée à Burning Man ?

La première fois que je suis allée à Burning Man, c’était en Early Arrival . Les burners sont des participants et non des spectateurs. Sans les burners, Burning Man ne pourrait pas prendre forme. Je suis arrivée sur la playa, cinq jours en avance, il n’y avait rien du tout, juste le Man. Tu dois prévoir ton transport, ta tente doit être suffisamment costaud pour supporter des vents qui soufflent à plus de 120 km/h, tu dois aussi prévoir ton matériel : comment tu te déplaces sur la playa ? En vélo ? En art car  ? A pied ? La lumière aussi est très importante : la nuit, dans le désert, tu ne vois rien du tout, excepté les lumières des structures artistiques.

 

Exemple d'art car
Burning Man

Puisqu’il n’y a pas de monnaie, peut-on dire que le Burning Man fonctionne sur la base de l’échange ?

Non justement, les gens pensent que c’est une sorte de troc, mais c’est vraiment du don : tu donnes un sourire, un massage, de la nourriture, un regard… Tu offres, tu reçois des cadeaux toute la journée, c’est le plaisir de donner, il n’y a pas d’optique de retour. Ta simple présence est un don.

 

Qu’est-ce qui, dans le contact avec les gens, rend l’événement si particulier ?

Ton rapport aux autres dépend de l’état d’esprit dans lequel tu es. On réalise qu’on est 50 000, puis 70 000 personnes, tout le monde est là pour le même événement, mais avec des attentes différentes. On est tous des humains, mais notre unité se ressent dans notre contact avec l’autre. Ce qui est génial c’est qu’il n’y a aucun jugement négatif, car il y a une grande ouverture d’esprit, on va te considérer comme tu as envie d’être. On est dans une bulle de tolérance. Par contre, tes émotions sont décuplées.

 

Qu’entends-tu par « émotions décuplées » ?

Pendant Burning Man, tu es déconnecté de tout. Du coup, tu te remets beaucoup en question, et c’est dur à gérer. Dans ta vie quotidienne tu as forcément un impératif, quelque chose à faire, à dire. Alors dans le désert, parfois, tu es perdu : je fais quoi ? Je vais où ? A gauche ou à droite ? J’ai faim ou pas ? J’ai chaud ou pas ? C’est très étrange. Tu apprends à apprécier l’instant présent, c’est l’unique instant qui compte.

 

Ton surnom sur la playa est « Smoothie », est-ce que chacun a un surnom attribué ou choisi ?

Il y a un camp qui s’occupe de ça, on discute avec toi, on cherche un peu à te connaître, puis on t’attribue ton surnom. Mais tu peux aussi le choisir toi même, c’est ton playa name.

 

On associe souvent Burning Man à un festival où tout est permis : drogues, alcool, sexe. Est-ce qu’un état d’esprit « no limit » est vraiment présent dans cet événement ?

Beaucoup de gens y vont avec l’idée de pouvoir expérimenter l’interdit, chercher la pratique sexuelle et l’usage de psychotropes. En plus, on est dans le don, donc tu ne paies pas pour ça. Mais en général, ce sont des personnes qui ne s’y rendent qu’une seule fois et ne restent pas toute la semaine : une fois qu’ils ont eu leur expérience, ils ne reviennent plus. Burning Man est un endroit où tu trouves bien plus que de la drogue ou du sexe, tu t’y trouves « toi ». Et tu n’as pas besoin de substances pour vivre l’intensité de la rencontre et de la découverte, tout est tellement fou et incroyable que tu as la sensation d’être un peu droguée tout le temps.

Mansb
foule

L’événement, on le sait, est devenu plus populaire, il attire des gens du monde entier. As-tu vu une évolution entre la première fois où tu t’y es rendue et la dernière ?

Fatalement, Burning Man est un endroit tellement inspirant et extraordinaire que beaucoup de gens rêvent de s’y rendre. Les dimensions ont changé, le Man fait aujourd’hui près de 35 mètres, il en faisait 2 en 1986. Il y a des structures incroyables. Ma plus grande déception se trouve dans le domaine artistique. Dans un premier temps, tout était dans la subtilité, c’était pensé de manière ludique, on participait vraiment à l’œuvre. Et en l’espace de quatre ans, ça a changé. J’ai été très déçue par l’art cette année, c’était bien plus de l’observation. Burning Man, c’est la participation et pas l’observation. Et il manquait un élément essentiel : le feu, il y en avait toujours eu jusque là dans les œuvres d’art, et cette année il y avait vraiment très peu d’œuvres autour de cet élément.

Burning Man

À ce propos, tu n’es pas effrayée par l’impact écologique que supposent toutes les infrastructures ?

C’est sûr qu’on ne peut pas vraiment considérer Burning Man comme un événement écologique. On a l’idée du respect de la nature, dans le sens où on fait attention pour nettoyer, ne pas laisser de traces, mais toute l’énergie dépensée, ce n’est pas écologique.

 

Que te racontent les vétérans burners sur l’évolution de Burning Man ?

J’ai un très bon exemple : Joël Martin, un Français installé à San Francisco depuis 25 ans, qui a vécu le premier Burning Man. Pour lui, au début de Burning Man, il y avait plus un aspect sexe et drogue, et il a estimé, contrairement à ce que l’on peut penser, que l’afflux de gens avait alimenté l’aspect spirituel. Mais il a quand même décidé de ne plus y aller ces cinq dernières années à cause justement du changement, et de l’arrivée des curieux qui ont tendance à casser un peu l’esprit de « maison », pour faire de Burning Man, un lieu de « visite ».

 

Penses-tu que tu retourneras encore longtemps à Burning Man ?

Burning Man est comme une drogue, tu en as besoin par rapport aux effets positifs que tu retrouves dans ta vie de tous les jours. Ce que j’apprécie, c’est de retrouver une communauté de gens vraiment sincères, un esprit qui se prolonge en dehors de l’événement. On a toujours peur que les belles choses s’arrêtent, mais ça reste un événement dans lequel chaque participant désire conserver l’esprit de Burning man, conserver l’art, conserver le partage et la découverte de soi.

 

Burning Man

 

Crédits photos : Floriane Fonzes

Anaïs Delmas

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