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Hitler, Wall-Street et omissions 1/2

On parle beaucoup de la réédition de « Mein Kampf » et des enjeux historiques qu’elle soulève. Il est question ici des nombreuses autres zones d’ombre qui persistent sur l’épopée nazie.

Alors que la réédition du manifeste de Hitler « Mein Kampf » (« mon combat » en allemand) aux éditions Fayard prévue pour janvier 2016 défraye actuellement la chronique, il est regrettable d’observer que de nombreuses zones d’ombre concernant la sinistre épopée nazie restent encore prisonnières des abysses de l’histoire.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un documentaire sur Adolf Hitler et l’horreur nazie ne soit diffusé à la télévision – j’invite le lecteur à taper « Hitler » dans son moteur de recherche favori.

Un devoir de mémoire nécessaire

Le devoir de mémoire est nécessaire ne serait-ce que pour avoir connaissance du pourquoi et du comment des horreurs commises dans le passé. Se souvenir des heures les plus sombres de notre histoire, c’est lutter pour éviter que ces mêmes horreurs ne soient réitérées à l’avenir. Cependant, force est de constater qu’avec la barbarie nazie, nous avons trop souvent affaire à un devoir de mémoire sélectif. Or, qui dit sélectif dit forcément omission, nous allons donc voir de quelles omissions il est question avec les nazis.

S’il est louable que la réédition de « Mein Kampf » ait pour but de permettre à des historiens de démonter point par point l’idéologie nazie, la persistance de beaucoup de non-dits à propos des collusions entre le régime nazi et certaines sommités de Wall Street, temple de la haute finance mondiale, est regrettable. Nos manuels d’histoire font encore l’impasse sur ces faits graves qui devraient être de notoriété publique. Il faudrait savoir pourquoi, lorsqu’ils traitent de la question nazie, les milieux académiques et les médias  ignorent ces faits de collaboration.
En attendant d’avoir des réponses à ces questions, « les faits ne cessent pas d’exister parce qu’on les ignore » comme l’énonce brillamment le célèbre écrivain britannique Aldous Huxley. Aussi, nous faut-il prendre connaissance de cette vérité qui reste encore aujourd’hui enterrée dans les archives. Il le faut en effet, en mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi et surtout pour comprendre les troubles qui bouleversent notre époque. Étant donné qu’il est impossible d’évoquer en un seul article, dans les détails, tous les tenants et aboutissants de la collaboration entre des milieux d’affaires new-yorkais et l’Allemagne nazie, les éléments présentés ici sont ceux qui semblent être les plus pertinents. Les faits qui sont développés dans cet article sont traités avec une quasi-exhaustivité par Antony Cyril Sutton (économiste et historien britannique naturalisé américain, chercheur à Stanford au sein de la fondation Hoover) dans un ouvrage publié en 1974 intitulé Wall Street et l’Ascension de Hitler. Le lecteur pourra s’il le souhaite à aller plus loin dans l’analyse en lisant cet ouvrage.

« Qui veut la paix prépare la guerre »

« Ces prêts pour la reconstruction devinrent un véhicule pour des arrangements qui firent plus pour promouvoir la Seconde Guerre mondiale que pour établir la paix après la Première Guerre mondiale. » 1

« Les sociétés nord-américaines associées aux banquiers d’investissement internationaux Morgan-Rockefeller – et non pas, devrait-il être noté, la grande majorité des industriels indépendants – étaient intimement liées à la croissance de l’industrie nazie. » 2

À l’issue de la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles (traité de paix signé le 28 juin 1919) contraint l’Allemagne vaincue à de lourdes réparations économiques. Le « Diktat » imposé par les Alliés est considéré par de nombreux historiens comme l’une des principales causes – si ce n’est la principale cause – de la vindicte du peuple allemand dont Adolf Hitler profita pour atteindre les sommets du pouvoir et lui faire accepter l’idéologie nazie. À la suite du traité de Versailles, les Américains élaborèrent deux arrangements successifs, le Plan Dawes de 1924 et plus tard le Plan Young de 1929. Ces deux plans avaient pour objectif d’alléger le poids des astreintes imposées à l’Allemagne. Bien que ces deux plans se soldèrent par des échecs en ce qui concerne leurs objectifs officiels (le premier n’ayant pas réussi à lutter contre l’hyperinflation qui mettait à mal la survie de la République de Weimar et le second n’ayant même pas été appliqué en raison de la crise de 1929), ils permirent néanmoins à Wall Street d’offrir des emprunts lucratifs qui ont été à l’origine de la création des gigantesques consortiums chimiques et sidérurgiques que furent IG Farben et Vereinigte Stahlwerke. Ces cartels industriels ont financé les campagnes politiques d’Adolf Hitler et ont été les piliers de la puissante machine de guerre nazie.

Il est intéressant d’observer que les membres et les conseillers qui composaient les commissions Dawes et Young furent non seulement associés aux banques new-yorkaises, mais administrèrent aussi les filiales américaines de ces cartels qui aidèrent Hitler à accéder au pouvoir. À titre d’exemple, nous pouvons citer comme administrateur de American IG Farben Paul Warburg. Ce banquier était membre de la Banque de Réserve Fédérale de New York à l’époque et président de la Bank of Manhattan Company, et était lui même de confession juive.

Note de bas de page

(1) James Stewart Martin (chef de la section économique de guerre du ministère de la Justice américain chargée d’enquêter sur le complexe militaro-industriel nazi), All Honorable Men, p.70, Little Brown and Company, 1950 Non traduit en français, disponible en anglais en format pdf au lien suivant : http://spitfirelist.com/books/honorable01.pdf – Texte originel en anglais : « Theseloans for reconstruction became a vehicle for arrangements that did more to promote World War II than to establish peace after World War I.
(2) Antony Cyril Sutton, Wall-Street et l’Ascension de Hitler, 1974 p.43, disponible en français aux éditions Le retour aux sources
Crédit photo : Wikipédia 

Nordine Khattout

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