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Les vendeurs de rêves

Les vendeurs de rêves, un nom bien poétique pour désigner des personnes dont le « commerce » entraîne la mort de milliers de migrants.

Dessin de Falco, 23 avril 2015, Courrier International.
 
C’est d’un American Dream à l’européenne dont rêvent des milliers de réfugiés venus du Moyen-Orient et de l’Afrique. Ces derniers, fuyant une vie de misère, de persécution ou encore la guerre, tentent de se construire un nouvel avenir. Pourtant, ce continent peine à les accueillir. Si bien que pour l’instant les dirigeants européens ne font que des promesses avec peu d’actes. Il y a quelques jours, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel faisaient volte-face et acceptaient les quotas de répartition des migrants au sein de l’Union européenne. Alors que le nombre de personnes voulant se réfugier en Europe ne cesse de croître, l’UE reste très divisée quant à la question des réfugiés. Ceci, pour le plus grand bonheur des trafiquants d’êtres humains. En effet, l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) estimait en 2014 à environ 7 milliards de dollars par an le bénéfice engrangé par les réseaux de passeurs dans le monde.

Qui sont-ils ?

Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’existe pas de portrait type. Les passeurs sont généralement les sous-fifres de grands réseaux internationaux de criminalité organisée. Néanmoins il existe aussi des « passeurs-migrants ». C’est-à-dire des migrants qui savent manier un bateau et qui en profitent pour faire traverser d’autres migrants. Les raisons pour lesquelles ces trafiquants continuent leurs activités sont diverses. La plus évidente correspond au profit qui découle de ce commerce. En dehors de toute considération humaine, le passeur peut gagner jusqu’à 4,8 millions de dollars de bénéfice net sur la traversée d’un cargo. De plus, les risques qu’ils encourent sont minimes. En effet, les passeurs sont très souvent armés et corrompent les autorités locales. C’est notamment le cas en Libye, plaque tournante de ce trafic. Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’IOM, Organisation internationale des migrations, expliquait que : « Certains migrants qui ont fui les persécutions de leur pays d’origine changent d’avis quand ils arrivent sur la plage, alors les trafiquants les forcent à monter à bords à l’aide de couteaux et d’armes à feu ».

Comment procèdent-ils ?

La structure de cette organisation criminelle ressemble à celui d’une agence de voyages. D’une part, il y a la publicité. Elle apparaît par exemple sur des réseaux sociaux tels que Facebook ou encore à travers des annonces dans des journaux. Le reste se passe de bouche à oreille. Les journalistes de rue89 ou encore de Slate nous montrent dans des articles à quel point cela est simple de rentrer en contact avec des passeurs via les réseaux sociaux. D’autre part, ils soumettent une offre de base qui varie énormément selon les personnes. Par exemple, un Syrien payera plus cher qu’un réfugié provenant de la Corne de l’Afrique. Pour finir, il y a les options. Il peut s’agir de l’élaboration de faux papiers ou d’un gilet de sauvetage sur un bateau. Certaines organisations vont même jusqu’à proposer des mariages blancs. Le paiement se fait généralement en liquide ainsi que par transferts d’argent via Moneygram ou Western Union pour éviter toute traçabilité.

Quels sont les moyens pour lutter contre ce trafic ?

Au mois d’avril, Monsieur François Hollande qualifiait de « terroristes » les passeurs et parlait de prendre des mesures pour les arrêter. Cependant, les actions à ce jour ne suffisent pas à mettre fin à ce trafic mortuaire. Premièrement, il y a la mission Mare Nostrum (2013/2014) menée par l’Italie, avec pour objectif le sauvetage des migrants et l’arrêt des passeurs. En une année, 170 000 migrants ont été sauvés de la Méditerranée. Deuxièmement, il y a eu la mise en place de l’opération Triton menée par l’Agence européenne aux frontières extérieures, Frontex. Différente de Mare Nostrum, cette mission a pour but de contrôler les frontières sur les eaux territoriales européennes. Enfin, l’opération EUNAVFOR Med décidée en juin 2015. Cette dernière vise spécifiquement les passeurs. Elle consiste entre autres à fouiller les navires suspects, à détruire les navires-fantômes au large de la Libye, en plus de mener des opérations de renseignements.
Malheureusement, les passeurs continuent à mener leurs activités sans états d’âme. Depuis le commencement de l’année jusqu’au mois d’août le nombre de migrants morts en traversant la Méditerranée s’élève à 2373.

Dahlia Girgis

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